Histoires de vignerons

Ca’ del Baio : quatre générations sur les collines de Barbaresco

Publié le 2026-08-26 · 7 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

À Treiso, dans les Langhe piémontaises, l’histoire de Ca’ del Baio se lit à la fois dans un arbre généalogique et sur une carte de collines. La famille Grasso raconte quatre générations de vignerons, des premières terres acquises en 1870 jusqu’au travail aujourd’hui partagé par Giulio, Luciana et leurs trois filles. Entre Treiso et le village voisin de Barbaresco, cette continuité familiale aide surtout à comprendre une chose simple : le nom d’un domaine ouvre la porte, mais le lieu précis reste indispensable pour lire le vin.

Une histoire familiale commencée à Treiso

La chronologie officielle de Ca’ del Baio débute en 1870. Giuseppe Grasso quitte Calosso, dans la province d’Asti, pour s’installer à Treiso di Barbaresco avec ses quatre enfants. Il y achète la ferme Cascina Vallegranda et des terres. Le domaine rattache ainsi son histoire à un lieu agricole précis, bien avant que Barbaresco ne devienne une appellation telle que nous la connaissons aujourd’hui.

En 1921, son fils Luigi, surnommé « Vigin », plante les premières vignes greffées de la ferme. Trois ans plus tard, la famille récolte ses premiers raisins pour produire un peu de vin destiné à la maison et à la vente sur place. Ce détail donne une juste mesure au récit : il ne s’agit pas encore d’une gamme construite pour voyager dans le monde, mais d’une activité paysanne qui prend progressivement sa place dans la famille.

Un autre lien se noue en 1955 lorsque Ernesto Grasso épouse Fiorentina, originaire du secteur d’Asili, à Barbaresco, où sa famille possède des terres sur les coteaux d’Asili et de Pora. La géographie du domaine s’élargit alors par une histoire de famille. Treiso et Barbaresco ne sont plus seulement deux communes voisines : leurs vignes se retrouvent dans la même maison.

Quatre générations, puis trois sœurs dans la continuité

Ca’ del Baio présente aujourd’hui Giulio et Luciana Grasso aux côtés de leurs filles Paola, Valentina et Federica. Le site du domaine précise qu’ils se partagent les différentes dimensions du travail, de la culture des raisins et de la vinification jusqu’à l’accueil et à la vente. La transmission ne se résume donc pas à un nom conservé sur l’étiquette : elle passe par des responsabilités concrètes distribuées au sein de la famille.

Le domaine situe un tournant en 1982, au moment où Giulio épouse Luciana. Tous deux commencent à sélectionner de nouvelles terres, à observer des raisins d’autres origines et à les vinifier séparément pour en comprendre le potentiel. En 1988, les raisins d’Asili sont isolés pour la première fois dans une vinification propre. Pora suit en 2004. Ces dates montrent comment une maison familiale peut évoluer : la continuité n’interdit ni l’essai, ni le choix plus précis des parcelles.

Aujourd’hui, Ca’ del Baio annonce 31 hectares de vignes répartis entre Barbaresco, Treiso et Trezzo Tinella. Les deux premières communes appartiennent à l’aire du Barbaresco ; la troisième se trouve dans l’Alta Langa. Cette surface et cette diversité ne disent pas que toutes les bouteilles ont le même statut ou le même style. Elles expliquent plutôt pourquoi il faut toujours lire ensemble le producteur, l’origine, le cépage et le nom complet de la cuvée.

Barbaresco et Treiso : une appellation, plusieurs lieux

Le Consorzio di tutela Barolo Barbaresco Alba Langhe e Dogliani situe l’aire du Barbaresco DOCG sur les communes de Barbaresco, Treiso, Neive et une partie d’Alba. Il précise aussi que le vin est issu uniquement du nebbiolo. Ces règles dessinent un cadre commun ; elles n’effacent pas les différences entre les collines, les expositions ou les choix de chaque vigneron.

Le cœur de Ca’ del Baio se trouve à Treiso, près de Barbaresco et de Neive. Le domaine distingue quatre mentions géographiques liées à ses nebbiolos : Vallegrande et Marcarini autour de la propriété à Treiso, puis Asili et Pora sur la commune de Barbaresco. Ces noms servent à situer plus finement l’origine des raisins. Ils ne sont pas de simples noms poétiques ajoutés à une étiquette.

Ca’ del Baio décrit, pour ces parcelles proches de la limite entre les deux communes, des marnes calcaires compactes dites de Sant’Agata Fossili. Il faut garder cette information à sa juste place. Un sol n’est pas une recette de goût, et le mot « calcaire » ne suffit jamais à raconter un vin. L’intérêt de la carte est ailleurs : comprendre que deux Barbaresco du même domaine peuvent venir de coteaux distincts, puis demander ce que le vigneron a choisi d’en faire.

Notre article consacré à Asili, Rabajà et au nebbiolo de Barbaresco donne d’autres repères sur l’appellation. Ici, le fil est différent : il suit la manière dont une famille s’est constituée entre Treiso et Barbaresco, puis a appris à séparer certains lieux au fil des générations.

Ce que les cuvées suivies permettent vraiment de comprendre

La Vinothèque du Léman référence plusieurs libellés de Ca’ del Baio dans sa matière catalogue, notamment Barbaresco « Asili », Barbaresco « Asili Riserva », Barbaresco « Autinbej » et Barbaresco « Vallegrande ». D’autres noms apparaissent aussi dans la gamme suivie, parmi lesquels Langhe Nebbiolo, Barbera d’Alba, Dolcetto d’Alba et Moscato d’Asti. Cette variété confirme que le domaine ne se réduit pas à une seule colline ni à un seul type de vin.

Ces libellés sont utiles pour apprendre à lire. « Barbaresco » indique l’appellation ; « Asili » ou « Vallegrande » resserre l’origine ; « Riserva » répond à des conditions d’élevage définies par l’appellation ; « Autinbej » est le nom choisi par le domaine pour un Barbaresco issu de plusieurs vignobles. Chaque mot apporte une information différente. Aucun ne remplace les autres.

Le Consorzio indique qu’un Barbaresco doit vieillir au moins deux ans, dont neuf mois sous bois, et que la mention Riserva est possible après quatre ans. Ce sont des durées réglementaires, pas une promesse sur le goût d’une bouteille donnée. Le millésime, la parcelle, l’élevage précis et le moment où le vin est ouvert comptent encore. Notre guide pour lire une fiche de vin aide à remettre ces éléments dans le bon ordre.

Le catalogue indique ce que la maison connaît et suit ; il ne vaut jamais confirmation de présence en rayon. Il ne permet pas non plus d’annoncer un millésime ou un prix du jour. Pour une recherche précise, le bon réflexe reste de transmettre à l’équipe le nom complet inscrit sur la bouteille ou sur la fiche.

Comment aborder Ca’ del Baio sans réduire Barbaresco à un seul style

Pour découvrir le domaine, commencez par une question de lieu. S’agit-il d’Asili, de Pora, de Vallegrande, de Marcarini ou d’un assemblage de plusieurs vignobles ? Regardez ensuite le nom de l’appellation et le cépage. Dans le cas du Barbaresco DOCG, le cadre officiel impose le nebbiolo, mais la gamme de Ca’ del Baio comprend aussi d’autres raisins et d’autres dénominations.

Vient ensuite la question du temps. La mention Riserva ne signifie pas automatiquement qu’un vin conviendra mieux à votre repas ou à votre goût. Elle renseigne d’abord sur une durée d’élevage réglementée. Pour choisir, il faut ajouter l’année, le contexte de service et le profil recherché. Un caviste peut alors expliquer les différences sans transformer une hiérarchie administrative en verdict absolu.

L’histoire de Ca’ del Baio apporte enfin un repère humain. Giuseppe, Luigi, Ernesto, Giulio et la génération de Paola, Valentina et Federica forment une continuité, mais chaque période a ajouté quelque chose : des vignes, des liens entre communes, des vinifications séparées, puis une organisation familiale renouvelée. La transmission n’est pas l’immobilité. Elle consiste à garder une mémoire assez solide pour mieux nommer les changements.

Ca’ del Baio fait partie des producteurs réellement suivis par la Vinothèque du Léman. Pour savoir ce qui peut être proposé aujourd’hui à Ferney-Voltaire ou à Saint-Genis-Pouilly, consultez nos catalogues, puis contactez l’équipe avec le nom complet de la cuvée recherchée. Nous vérifierons la situation réelle, sans confondre l’histoire durable d’un domaine avec l’état du rayon à un instant donné.

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