Histoires de vignerons

Chez les Clavel, les vignes partagent la ferme avec les abeilles

Publié le 2026-10-15 · 5 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

Au Mas de Périé, à Assas, les vignes ne prennent pas toute la place. Elles voisinent avec des oliviers, des truffières, du maraîchage et des jachères fleuries qui nourrissent les abeilles. Ce paysage raconte un choix de Pierre et Estelle Clavel : construire une ferme où vivre et travailler, plutôt qu’un vignoble isolé de tout le reste. Nous aimons cette porte d’entrée dans leur histoire. Avant les noms d’appellations et les cuvées, elle parle de terre partagée, de travail quotidien et de la place laissée au vivant.

À Assas, le projet agricole déborde les rangs de vigne

Pierre Clavel commence à faire du vin en 1986. Son père Jean, historien du vignoble languedocien, lui a transmis une vision ambitieuse des vins de la région. Le premier millésime de Copa Santa arrive en 1992. Deux ans plus tard, Pierre et Estelle s’installent à Saint-Bauzille-de-Montmel, au nord de Montpellier, avant de chercher un lieu capable de réunir leur vie de famille et leur métier.

Le Mas de Périé, à la sortie d’Assas, leur offre cet espace. Il y a du potentiel, mais aussi beaucoup à reprendre. Leur installation demande deux années de préparation. Pendant cette attente, Pierre s’occupe notamment d’élevage et Estelle développe le jardin. Le projet comprend donc d’emblée autre chose que des rangs de ceps et une cave.

Cette origine donne sa cohérence à la ferme. Les prairies, les cultures et les oliveraies ne sont pas une décoration ajoutée après coup autour d’un chai. Elles appartiennent à la façon dont les Clavel ont voulu habiter les lieux. Nous y voyons une différence importante entre posséder plusieurs parcelles et faire vivre un domaine : il faut aussi penser les espaces qui les entourent et les personnes qui y travaillent.

Les jachères fleuries ont leurs propres habitantes

Au Mas de Périé, les fleurs ont une fonction très concrète : elles nourrissent les abeilles des ruches de la ferme. Les jachères côtoient des cultures de blé tendre de variétés anciennes, des oliviers, des truffières et des parcelles maraîchères. Le terrain ne porte pas partout la même culture et ne suit pas partout le même calendrier.

C’est ce qui nous intéresse dans ce paysage. Une jachère fleurie n’est pas une parcelle oubliée ; elle laisse une autre végétation occuper le sol et fournir de la nourriture aux insectes. Les vignes deviennent une composante de la ferme, au lieu d’en être l’unique horizon. Il serait pourtant bien rapide d’attribuer un parfum de miel au vin parce que des ruches se trouvent près du chai. La présence des abeilles raconte ici un milieu et une attention, pas un arôme promis dans la bouteille.

Le mas rassemble aussi les lieux de vinification et d’élevage, les bureaux, l’accueil des visiteurs et le matériel agricole. La vie de l’équipe s’y croise avec celle des cultures. Cette proximité compte : la ferme n’est pas un décor contemplé de loin, c’est le lieu où se prennent les décisions, où arrivent les raisins et où les vins sont suivis au fil des mois.

À Saint-Jean-de-Cuculles, cultiver aussi l’hiver

Les Clavel reprennent en 2009 un vignoble à Saint-Jean-de-Cuculles, dans le Pic Saint-Loup. Les parcelles s’inscrivent dans un environnement de pins d’Alep, de thym et de romarin. Le travail en mode biologique accompagne leur reprise ; des haies vives prennent place et l’entretien des sols évolue.

Entre les rangs, la moutarde, les pois et le triticale occupent la saison hivernale. Ces couverts sont ensuite écrasés pour former un paillage protecteur temporaire, avant leur incorporation au sol. On comprend mieux ainsi ce que signifie travailler un vignoble toute l’année : la vendange se prépare aussi lorsque la vigne ne porte pas encore de feuilles et que le regard se tourne vers ce qui pousse à ses pieds.

Les sols changent entre le haut et le bas des parcelles : éboulis et colluvions calcaires d’un côté, argiles à petits galets de l’autre. La syrah y trouve plusieurs expressions, plus florales, plus épicées ou plus fermes selon le terrain. Chez nous, ce détail aide à expliquer le vin sans enfermer tout le Pic Saint-Loup dans une seule idée de puissance. La maturité du fruit et la finesse de texture peuvent aller ensemble.

Dans la cave d’Estelle, observer plutôt qu’appliquer une recette

Le travail d’Estelle à la cave prolonge cette attention aux différences. La dégustation des raisins, des jus et des moûts guide la vinification. La qualité de la récolte et son volume changent chaque année ; l’élevage demande ensuite un suivi régulier. La précision ne consiste donc pas à reproduire un geste à date fixe, mais à comprendre ce dont le vin a besoin.

Pour mettre des sensations derrière cette histoire, les rouges de la famille offrent de bons repères. La syrah peut amener violette, fruit noir et poivre ; le grenache donne une autre rondeur de fruit. Dans Bonne Pioche, le registre floral et les herbes de garrigue accompagnent une texture qui cherche davantage l’allonge que la masse. Avec l’âge, le fruit de jeunesse laisse davantage de place à la profondeur et aux épices.

Nous conseillons un service autour de 16 °C et une ouverture environ une heure avant le repas pour un rouge encore jeune. Le canard aux olives, le lapin au romarin ou une épaule d’agneau répondent bien à ce caractère. Pour une table végétale, des lentilles aux champignons et des aubergines rôties apportent suffisamment de relief. Sur une bouteille évoluée, nous préférons une aération douce, dans le verre, à une longue carafe systématique. L’objectif reste de garder le fruit et les nuances, pas seulement d’assouplir les tanins.

Les Clavel que nous référençons à la Vinothèque

Notre catalogue cite exactement « Languedoc "Copa Santa" - Domaine Clavel », « Pic Saint Loup "Bonne Pioche" - Domaine Clavel » et « Pic Saint Loup "Liura" - Domaine Clavel ». Ces noms nous ramènent au travail de la famille, mais la découverte peut commencer par la ferme autant que par une étiquette. C’est aussi cela, le métier de caviste : relier une cuvée à des gens et à des gestes sans perdre de vue ce que l’on va servir à table.

Pour un repas, nous cherchons d’abord la fraîcheur du fruit, la place des épices et le degré d’évolution souhaité. Pour une cave, nous discutons de la cuvée et de l’année plutôt que d’attribuer la même durée à tous les rouges du domaine. Le paysage explique une démarche ; le choix de la bouteille se fait ensuite avec précision, selon votre goût et votre menu.

La disponibilité se vérifie avec nous à Ferney-Voltaire ou à Saint-Genis-Pouilly ; dites-nous le repas envisagé, nous vous répondrons franchement.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

Une question reste en suspens ?

Dites-nous ce que vous préparez, ce que vous aimez et le budget que vous souhaitez garder. Un caviste de Ferney-Voltaire ou de Saint-Genis-Pouilly vous répond simplement.

Écrire à un caviste

À lire aussi

Sources vérifiées :