Histoires de vignerons

Domaine de la Marfée : trois voix de Saint-Georges-d’Orques

Publié le 2026-10-10 · 6 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

À quinze kilomètres de Montpellier, le Domaine de la Marfée travaille une mosaïque de petites parcelles entourées de garrigue et de bois. Les rouges naissent du même paysage, mais ils n’en donnent pas la même lecture : Les Gamines assemble trois cépages, Les Vignes qu’On Abat rend la parole au carignan, Les Champs Murmurés réunit syrah et mourvèdre à parts égales. Nous aimons cette progression parce qu’elle montre un Languedoc précis, où la chaleur méditerranéenne ne fait jamais oublier la fraîcheur ni le temps nécessaire à l’élevage.

Une mosaïque de parcelles depuis 1997

Thierry et Françoise Hasard ont créé la Marfée en 1997, autour de Murviel-lès-Montpellier. Le vignoble ne forme pas un seul bloc : il rassemble de petites parcelles disséminées sur le terroir historique de Saint-Georges-d’Orques. Cette géographie oblige à regarder chaque lieu séparément, avec son sol, son exposition et la manière dont la vigne y réagit.

Le domaine cultive ses vignes en agriculture biologique et s’est tourné vers la biodynamie en 2003. Il est labellisé Biodyvin depuis 2009. L’enherbement naturel est conservé une partie de l’année, puis des labours modérés limitent la concurrence pour l’eau au printemps. La flore n’est donc pas un décor : elle participe à une conduite qui cherche à préserver la vie du sol sans laisser la vigne manquer d’eau sous le climat méditerranéen.

La même patience se retrouve dans le chai. Les parcelles sont vinifiées et élevées séparément. Les assemblages arrivent après de longs élevages, parfois vingt-quatre à vingt-sept mois en barriques. Nous sommes loin d’un rouge fabriqué pour donner tout son effet au premier nez : le domaine laisse le temps aux tanins, au fruit et aux épices de se rejoindre avant la mise en bouteille.

Saint-Georges-d’Orques, la fraîcheur sous le soleil

Saint-Georges-d’Orques se trouve à l’ouest de Montpellier. Son aire réunit cinq communes, dont Murviel-lès-Montpellier. Les vignes occupent des terrasses caillouteuses, des sols argilo-calcaires, des calcaires durs, des grès et des marnes. À la Marfée, certaines parcelles reposent aussi sur des chailles, des pierres riches en silice. Cette diversité évite de résumer le terroir à une seule roche.

La Méditerranée n’est qu’à une dizaine de kilomètres à vol d’oiseau. Ses influences tempèrent un climat chaud et sec. Le syndicat de l’AOC décrit ainsi des rouges à la fois charpentés, concentrés en arômes et frais. Cette tension est le fil utile pour comprendre les vins du domaine : de la matière, oui, mais tenue par un élan qui empêche le fruit de paraître lourd.

Grenache, syrah, mourvèdre, carignan et cinsault composent le vocabulaire rouge de la dénomination. La Marfée ne les emploie pas comme des ingrédients interchangeables. Selon la cuvée, l’un devient le centre du récit, les autres apportent profondeur, parfum ou structure. Le terroir commun reste lisible, mais chaque assemblage choisit son propre rythme.

Les Gamines, l’assemblage qui sait attendre

Les Gamines réunit 50 % de mourvèdre, 40 % de syrah et 10 % de grenache. Les raisins viennent d’une douzaine de petites parcelles de Murviel-lès-Montpellier, sur des sols caillouteux, argilo-calcaires et siliceux. Le nom est un clin d’œil à Sophie et Justine, qui avaient neuf et douze ans à la création du domaine et ont ensuite participé aux travaux de la vigne et de la cave. Il rappelle aussi les jeunes vignes qui entraient majoritairement dans les premiers assemblages ; leur âge moyen atteint désormais environ trente-cinq ans.

Après égrappage et vinification douce, l’élevage dure vingt-sept mois. Le mourvèdre donne la profondeur et une trame faite pour le temps, la syrah apporte son relief épicé, le grenache assouplit l’ensemble. Nous le servons à 16 °C, dans un verre assez large, après une heure d’ouverture lorsque le vin est jeune. Une carafe courte convient si la bouche paraît encore serrée.

À table, il appelle une épaule d’agneau, un canard aux champignons, une côte de bœuf ou un civet sans excès de sucre. Le domaine le construit pour être bu jeune tout en vieillissant tranquillement une dizaine d’années. Dans une cave fraîche et stable, cinq à dix ans constituent donc un repère clair ; une bouteille plus âgée mérite une ouverture douce pour préserver ses nuances.

Les Vignes qu’On Abat, le carignan debout

Les Vignes qu’On Abat vient d’une seule parcelle de Murviel-lès-Montpellier et ne contient que du carignan issu de vieilles vignes conduites en gobelet. Le nom répond à l’arrachage massif de ce cépage, longtemps tenu pour trop productif ou incapable de donner de grands vins. Ici, il devient au contraire le sujet principal. La référence au livre de Malraux et au vers de Victor Hugo ajoute une deuxième lecture au nom, sans détourner l’attention de ce geste viticole : garder les ceps et leur laisser prouver leur valeur.

La vinification est douce, puis le vin passe vingt-sept mois en élevage. Le domaine le décrit comme riche et puissant, avec une grande fraîcheur. C’est précisément ce contraste qui nous intéresse : le carignan mûr peut donner du fruit sombre, des herbes sèches, du poivre et une texture dense, mais son acidité garde la finale droite.

Nous le servons à 16 °C et lui donnons une à deux heures d’ouverture dans sa jeunesse. Il accompagne un gigot rôti aux herbes, une joue de bœuf, un tajine d’agneau peu sucré, des aubergines fumées ou un vieux cantal. Le domaine annonce un potentiel d’une vingtaine d’années. Pour conserver davantage de fruit, huit à quinze ans offrent déjà une belle fenêtre ; au-delà, la qualité de la cave et du bouchon devient décisive.

Les Champs Murmurés, deux cépages à parts égales

Les Champs Murmurés assemble 50 % de syrah et 50 % de mourvèdre provenant de deux vieilles parcelles. Les sols sont caillouteux, argilo-calcaires et marqués par les chailles. La cuvée porte la dénomination Languedoc Saint-Georges-d’Orques. Son nom évoque les pierres retirées des vignes génération après génération, accumulées en murs et en murets, puis la capacité du vin à parler doucement du lieu dont il vient.

L’élevage varie de quinze à vingt-quatre mois selon l’année. Ce choix laisse davantage de souplesse que la recette fixe d’un long séjour en cave : une vendange plus ouverte n’a pas besoin du même temps qu’une matière serrée. La syrah apporte le parfum et l’énergie ; le mourvèdre installe la profondeur et la longueur. Le résultat vise moins la masse qu’un équilibre entre concentration et finesse.

Nous partons de 16 °C et ouvrons la bouteille une heure avant le repas. Une selle d’agneau, un pigeon rôti, des cèpes, une daube provençale ou des lentilles aux épices douces lui donnent assez de relief. Six à douze ans de garde permettent aux notes fruitées et poivrées de se fondre sans perdre toute leur netteté ; les années les plus structurées peuvent patienter davantage dans de bonnes conditions.

Les trois La Marfée que nous référençons

Notre catalogue cite exactement « IGP Pays d'Hérault "Les Vignes Qu'on Abat" - Domaine de la Marfée », « Languedoc "Les Gamines" - Domaine de la Marfée » et « Languedoc St Georges d'Orques "Les Champs Murmurés" - Domaine de la Marfée ». Ces trois libellés donnent un parcours cohérent : le carignan seul, l’assemblage à dominante de mourvèdre, puis le dialogue à parts égales entre syrah et mourvèdre.

Nous choisissons Les Gamines pour un rouge profond mais accueillant, Les Vignes qu’On Abat pour comprendre la force du vieux carignan, et Les Champs Murmurés pour une table où la finesse doit rester au premier plan. Leur présence en boutique varie selon les arrivages ; dites-nous le plat et le temps de cave envisagé, nous vous répondrons franchement.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

Une question reste en suspens ?

Dites-nous ce que vous préparez, ce que vous aimez et le budget que vous souhaitez garder. Un caviste de Ferney-Voltaire ou de Saint-Genis-Pouilly vous répond simplement.

Écrire à un caviste

À lire aussi

Sources vérifiées :