Histoires de vignerons

Domaines Ott : de Taradeau au bord de mer, deux paysages du rosé

Publié le 2026-10-12 · 6 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

Une bouteille peut devenir si reconnaissable que l’on oublie les vignes derrière elle. Chez Ott, nous préférons commencer par les lieux : les hauteurs calcaires de Taradeau, puis le bord de mer de La Londe-les-Maures. Entre Château de Selle et Clos Mireille, le rosé provençal change de paysage et de texture. Une même histoire familiale les relie, mais elle ne les rend pas interchangeables.

Marcel Ott, un agronome alsacien qui choisit la Provence

L’histoire commence en 1896. Marcel Ott, jeune ingénieur agronome alsacien, cherche un vignoble où s’établir. Après avoir regardé du côté de l’Algérie, il choisit la Provence avec son épouse Elisabeth. Il n’achète pas immédiatement les propriétés qui feront connaître son nom : Château de Selle entre dans cette histoire en 1912, Clos Mireille en 1936, puis Château Romassan en 1956. Les trois acquisitions dessinent une construction patiente, sur plusieurs décennies, plutôt qu’une collection constituée d’un seul geste.

Le projet repose sur le travail de la vigne, la maîtrise des rendements et l’élaboration de vins capables de représenter leur origine. Le rosé prend une place essentielle, sans effacer les blancs et les rouges. Nous trouvons ce point important : raconter Ott uniquement à travers une couleur reviendrait à oublier une partie du métier et de la diversité de ses terres. À Clos Mireille, notamment, les blancs ont beaucoup compté dans la réputation du domaine.

La silhouette de la bouteille arrive en 1932. Marcel demande à son fils René de dessiner un flacon singulier, inspiré des cyprès provençaux et des amphores. Cette forme devient un signe de reconnaissance, mais le contenant ne résume pas le vin. Depuis 2004, les Domaines Ott appartiennent au groupe Roederer Collection ; Jean-François Ott, arrière-petit-fils du fondateur, dirige les trois domaines. La transmission familiale et l’évolution de l’entreprise avancent ainsi ensemble.

Château de Selle : le rosé des hauteurs calcaires de Taradeau

Château de Selle se trouve à Taradeau, dans le Var, sur des hauteurs calcaires. Nous sommes en Côtes de Provence, à l’intérieur des terres. Ce premier domaine acquis par Marcel Ott donne un point de départ très clair : le rosé n’est pas seulement un vin de plage, il naît aussi de coteaux et d’un travail agricole précis. Le nom de la propriété désigne un lieu avant de désigner une bouteille.

Le calcaire est un repère de géographie, pas un arôme que l’on verserait directement dans le verre. Le cépage, sa maturité, la manière de recueillir le jus et l’assemblage participent eux aussi au résultat. Pour comprendre ce rosé, nous regardons donc surtout son équilibre : un fruit délicat, une texture fine, de la rondeur sans lourdeur et une finale qui conserve de l’allant. L’expression récente de Château de Selle met notamment le cinsault au premier plan.

Cette finesse appelle une cuisine qui lui laisse de la place. Nous penserions à une truite rôtie avec quelques herbes, à une tarte fine aux légumes ou à une volaille accompagnée d’un jus léger. Une sauce très sucrée ou une réduction puissante couvrirait son dessin. À 10 ou 11 °C dans un verre à vin, plutôt que glacé dans un petit verre épais, il garde davantage de relief : la fraîcheur reste présente, mais le parfum et la texture ont le temps de s’ouvrir.

Clos Mireille : les schistes de La Londe face à la Méditerranée

À La Londe-les-Maures, Clos Mireille change le décor. Le domaine s’inscrit sur des schistes, au bord de la Méditerranée. Il partage l’appellation Côtes de Provence avec Château de Selle, mais pas le même paysage. Cette différence est plus instructive qu’une opposition entre un rosé prétendument simple et un rosé prétendument supérieur : deux lieux peuvent poursuivre la même exigence tout en donnant des équilibres différents.

Clos Mireille est aussi connu pour ses blancs associant sémillon et rolle. Cette identité de vignoble côtier permet de comprendre pourquoi la maison ne se limite pas au rosé. Dans son expression rosée récente, le vin possède davantage de chair et un registre agrumé ; le grenache y rencontre notamment une touche de rolle. Nous retenons cette largeur de bouche pour le choix du repas, plutôt qu’une couleur pâle censée annoncer à elle seule la qualité.

Un poisson rôti à l’huile d’olive, un fenouil braisé ou une volaille aux épices douces trouvent ici un compagnon plus enveloppant. Le zeste et les herbes font le lien avec le vin ; le piment brûlant risque au contraire de prendre toute la place. Nous commencerions le service autour de 11 °C et laisserions le verre gagner doucement un degré. Avec un plat chaud, ce petit écart compte : un rosé trop froid paraît plus court et moins expressif qu’il ne l’est réellement.

Comparer les deux lieux sans transformer le rosé en classement

La comparaison la plus utile porte sur la bouche. Château de Selle offre une lecture plus aérienne ; Clos Mireille, une présence plus charnue et agrumée. Aucun de ces caractères ne constitue une victoire. Une entrée délicate n’appelle pas forcément le vin le plus ample ; un plat généreux peut demander davantage de matière. Nous conseillons de partir de cette rencontre entre le vin et l’assiette plutôt que de chercher une hiérarchie automatique.

Deux verres identiques, servis à une température voisine, suffisent pour distinguer la netteté de l’attaque, le volume et la finale. Le parfum évolue aussi avec quelques minutes d’air. Une carafe n’est pas notre premier réflexe pour ces rosés : le verre donne déjà au vin de l’espace, sans compliquer le service. La teinte reste secondaire. Un rosé pâle peut avoir de la profondeur, et une robe plus soutenue ne signifie pas nécessairement davantage de douceur.

Pour la garde, notre conseil ici reste celui d’une découverte sur le fruit. Ces deux rosés peuvent entrer dans un repas prochain sans attendre une longue évolution en cave. Une bouteille déjà plus âgée mérite un conseil adapté à sa cuvée, à son année et à son parcours de conservation ; nous ne lui attribuerions pas une durée universelle. Château Romassan ouvre une autre histoire, celle de Bandol et du mourvèdre : ce n’est pas simplement une troisième version du même paysage.

Les trois libellés Ott que nous suivons au catalogue

Dans notre catalogue, nous référençons exactement « Côtes de Provence "By Ott" - Domaine Ott », « Côtes de Provence "Château de Selle" - Domaine Ott » et « Côtes de Provence "Clos Mireille" - Domaine Ott ». Les deux derniers prolongent directement cette lecture des propriétés. By Ott porte un autre nom dans la gamme : nous gardons la distinction, sans le confondre avec le vin d’un seul des deux domaines.

À Ferney-Voltaire et à Saint-Genis-Pouilly, nous pouvons partir de votre menu pour vous orienter : un poisson délicat, une cuisine de légumes ou un plat plus généreux ne demandent pas la même texture. La disponibilité se confirme auprès de nos équipes ; dites-nous le vin qui vous intéresse, nous vous répondrons simplement.

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