Histoires de vignerons

Chez les Gerin, une Côte-Rôtie construite en famille

Publié le 2026-10-24 · 5 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

Six générations à Ampuis ne font pas disparaître le besoin de recommencer. Chez les Gerin, l’histoire du domaine actuel s’ouvre avec une parcelle achetée en 1983, puis se construit par étapes : reprendre les vignes familiales, distinguer certains lieux, planter, bâtir une cave et transmettre. Nous aimons cette histoire parce qu’elle montre une Côte-Rôtie en mouvement, loin de l’image d’un vignoble qui n’aurait plus rien à inventer.

1983 puis 1987 : créer une maison, reprendre les vignes

La famille Gerin est installée à Ampuis depuis six générations. Jean-Michel crée son domaine en 1983 avec l’achat d’une parcelle en Côte-Rôtie. Les premières bouteilles arrivent en 1987, après l’intégration des vignes de son grand-père Marcel et de son père Alfred. Ces deux dates racontent deux gestes complémentaires : ouvrir son propre chemin et lui donner la profondeur d’un héritage familial.

La suite n’est pas une simple accumulation d’hectares. En 1988, Les Grandes Places est vinifié séparément ; La Landonne suit en 1996. Nommer un lieu sur une bouteille suppose de lui réserver une attention distincte dans la cave. On ne cherche plus seulement la cohérence d’un ensemble : on accepte qu’une parcelle puisse raconter une autre histoire que sa voisine.

Nous voyons là un fil conducteur plus intéressant qu’un palmarès. Le domaine grandit, mais son récit devient aussi plus précis. L’ancrage familial n’empêche pas les choix nouveaux ; il leur donne un point de départ. C’est une bonne manière de comprendre une maison de vin sans la réduire à la réputation de son appellation.

La Viallière : six années entre la plantation et le premier vin

La plantation de La Viallière commence en 2003. Sur ce lieu-dit de Côte-Rôtie, les pentes vont de 40 % à presque 60 %. Les premières bouteilles naissent avec le millésime 2009. Entre les deux, il faut installer les vignes, les accompagner et attendre qu’elles donnent une récolte capable de porter le projet. Le temps du vigneron commence donc bien avant celui de l’élevage.

Une pente exprimée en pourcentage se comprend mieux avec une image simple : à 60 %, le terrain monte de soixante mètres pour cent mètres parcourus à l’horizontale. Ce n’est pas une pente de 60 degrés, mais c’est déjà un relief qui transforme chaque déplacement et chaque intervention. Dans l’appellation, les terrasses, appelées chaillées, reposent sur des murs en pierres sèches qui retiennent la terre.

Les vendanges de Côte-Rôtie sont manuelles. Seaux et hottes permettent de sortir les raisins de ces coteaux étroits. Derrière la beauté du paysage, il y a ainsi un travail concret, répété, que la photographie rend mal. La Viallière donne à l’histoire des Gerin cette dimension très physique : développer un domaine peut aussi vouloir dire planter là où chaque geste demande davantage d’effort.

Des bâtiments pour accompagner les décisions de vigne

Au début des années 1990, Jean-Michel Gerin fait construire un cuvage et un chai à barriques. Un bâtiment de stockage des bouteilles suit en 2000, puis un nouveau lieu de vinification en 2014. Ces étapes sont moins souvent racontées que les parcelles, alors qu’elles font pleinement partie de la vie d’un domaine.

La vigne impose sa saison ; la cave doit pouvoir recevoir et accompagner la récolte. Séparer un lieu-dit, accueillir des volumes nouveaux ou laisser aux vins leur temps d’élevage demande de la place et une organisation. Construire n’est donc pas seulement agrandir : c’est donner un outil aux décisions prises dans les vignes.

En 2018, Côte-Bodin est à son tour vinifié séparément, à partir de vignes plantées par Jean-Michel une trentaine d’années auparavant. Cette longue distance entre plantation et nouvelle lecture parcellaire nous plaît : un vignoble hérité ou créé n’est pas un objet terminé. Il continue de livrer des possibilités à ceux qui le travaillent.

Michaël et Alexis : transmettre aussi la manière de cultiver

Michaël et Alexis Gerin dirigent aujourd’hui le domaine. La transmission ne se limite pas à garder les noms des cuvées ou à reprendre les bâtiments : elle concerne aussi les décisions de culture. En 2020, la famille engage l’ensemble du domaine vers l’agriculture biologique. La certification est acquise depuis le millésime 2023.

Ce repère a son importance, sans devenir une explication universelle du goût. Une certification décrit un cadre de travail à la vigne ; elle ne remplace ni le lieu, ni la maturité des raisins, ni les choix de cave. Nous préférons comprendre ensemble ces différentes dimensions plutôt que de demander à un seul mot de résumer le vin.

La Côte-Rôtie reste une terre de syrah, où le viognier peut aussi entrer dans l’assemblage. Mais cette identité commune laisse beaucoup de place aux personnalités. La façon de vinifier puis d’élever les vins participe à leur style, autant que la volonté de distinguer certains lieux-dits. Chez les Gerin, la continuité familiale accompagne ainsi des transformations bien réelles.

À table, donner de l’espace aux tanins plutôt que chercher la puissance

Pour aborder ces rouges, nous partons de leur matière : des tanins présents, une texture qui peut devenir soyeuse et la profondeur de la syrah. La force seule n’est pas le sujet. Un vin peut avoir de l’ampleur tout en gardant de l’élan ; le repas doit lui permettre de montrer les deux.

Notre conseil est de servir autour de 16 à 17 °C. Une salle chauffée n’est pas une température de service : le verre se réchauffe vite sur la table. Nous proposerions une épaule d’agneau lentement rôtie, une viande braisée ou un plat de champignons pour accompagner cette structure. La sauce et la cuisson comptent souvent davantage que le prestige du morceau. Une préparation douce et savoureuse laisse plus de place au vin qu’une sauce très piquante.

Pour la cave, nous ne fixerions pas une échéance commune à toutes les cuvées. Côte-Rôtie a une réelle aptitude au vieillissement, mais le choix entre boire et attendre se fait avec la référence et l’année. Sur un vin jeune, nous commencerions par un premier verre avant de décider d’une aération. Sur une bouteille évoluée, nous chercherions d’abord à préserver sa finesse, plutôt qu’à lui imposer une longue carafe.

Les Côte-Rôtie Gerin que nous référençons

Notre catalogue porte exactement « Côte Rôtie "Champin le Seigneur" - Domaine Gerin », « Côte Rôtie "La Landonne" - Domaine Gerin » et « Côte Rôtie "La Viallière" - Domaine Gerin ». Ces trois libellés donnent un prolongement concret au portrait : une maison familiale et des lieux dont l’histoire s’est construite à des moments différents.

À Ferney-Voltaire comme à Saint-Genis-Pouilly, nous pouvons partir de votre repas, d’une envie de découverte ou d’un projet de cave pour vous orienter. La disponibilité des cuvées et des années se vérifie avec nous au moment de votre demande.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

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