Histoires de vignerons

Jobard-Morey : deux familles et une relève à Meursault

Publié le 2026-10-14 · 6 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

Un nom de domaine peut contenir toute une histoire. À Meursault, Jobard-Morey réunit deux familles de vignerons, puis une nouvelle génération qui a choisi d’apprendre ailleurs avant de revenir. Nous aimons regarder la transmission sous cet angle : elle concerne autant les personnes que les pieds de vigne, les gestes de cave et le goût que l’on cherche à préserver.

1949 : les Jobard et les Morey réunissent leurs vignes

Le Domaine Jobard-Morey naît en 1949 de l’union de deux familles déjà liées à la vigne. Les Jobard cultivent à Meursault depuis plusieurs générations ; les Morey possèdent eux aussi des parcelles dans le village. Le domaine rassemble donc un patrimoine existant, avec des terres et un savoir-faire familial, plutôt qu’un vignoble créé de toutes pièces.

Installée rue de la Barre, au cœur de Meursault, la maison travaille aujourd’hui six hectares, principalement autour du village. Sa gamme ne se résume pas aux blancs les plus célèbres : elle comprend aussi des rouges, des Hautes-Côtes de Beaune, de l’Auxey-Duresses, du Bourgogne Chardonnay et de l’Aligoté. Ce sont plusieurs façons de faire vivre une petite exploitation bourguignonne, avec des origines et des occasions de table différentes.

Nous tenons à cette dimension familiale sans en faire une légende. Un nom double raconte ici le rapprochement de deux patrimoines. Il aide à comprendre pourquoi la continuité du domaine se joue dans des parcelles précises, et pourquoi reprendre la maison demande davantage que de conserver une étiquette. La terre reste ; chaque génération doit apprendre à la travailler et à prendre ses propres décisions.

Valentin apprend à Beaune, à Rully et en Côte de Nuits

Valentin, petit-fils des fondateurs, reprend les rênes du domaine en 2016. Son parcours commence à la Viti de Beaune, où il prépare un BTS de viticulture et d’œnologie. Pendant cette formation, il effectue son alternance au Domaine Dureuil-Janthial. Il rejoint ensuite l’équipe du Domaine Bernard Bouvier en Côte de Nuits, avant que la reprise familiale devienne possible.

Le retour à Meursault vient ainsi après deux expériences hors de la cave familiale. C’est une belle manière de regarder une relève : connaître les lieux où l’on a grandi, puis découvrir d’autres organisations, d’autres raisins et d’autres façons de conduire un élevage. Nous n’attribuons pas pour autant à Jobard-Morey les recettes des domaines où Valentin s’est formé. Son apprentissage éclaire son parcours ; ses vins restent ceux de ses propres vignes.

Son projet garde trois points d’attache : le travail des sols, l’expression des crus et le caractère de chaque année. Il s’agit de prolonger le domaine sans demander au vin de répéter exactement le millésime précédent. Pour nous, la transmission prend du sens à cet endroit : les gestes hérités servent de point de départ, mais la vigne impose de regarder ce qui se passe aujourd’hui.

La sélection massale transmet aussi les pieds de vigne

La mémoire familiale ne reste pas seulement dans les murs de la cave. Jobard-Morey conserve des vieilles vignes, dont certaines dépassent soixante-dix ans, issues d’une sélection massale engagée par le grand-père. Ce travail consiste à choisir des pieds du vignoble pour en assurer la descendance. La démarche se poursuit dans les plantations récentes : une part du patrimoine passe ainsi d’une génération de vignes à la suivante.

Cette continuité nous intéresse davantage qu’un âge affiché comme un argument de prestige. Elle met en jeu l’observation des ceps et la diversité conservée au sein du domaine. Une vieille vigne n’est pas automatiquement supérieure à une jeune ; ici, elle représente aussi un matériau vivant que la famille a choisi de transmettre.

À la cave, le domaine vinifie ses parcelles séparément. Même à l’intérieur d’un climat, les variations de sol, de sous-sol et d’exposition peuvent dessiner des nuances. Garder les lots distincts permet de les suivre pendant la fermentation et l’élevage. Cette manière de travailler prolonge le soin donné à la vigne : le raisin arrive avec son origine, et cette origine reste lisible dans l’organisation de la cave.

Une année en fût, sans laisser le bois prendre toute la place

Les blancs de Jobard-Morey sont issus du chardonnay, à l’exception du Bourgogne Aligoté. Le domaine pratique des pressurages doux et un élevage sur lies fines, qui accompagne la texture du vin. Pour le Meursault village comme pour Poruzot, la fermentation se déroule en fût et l’élevage dure une année, avec quinze pour cent de fûts neufs. Ce repère donne une idée concrète de la place du bois, sans réduire le vin à cette seule proportion.

Meursault possède un registre généreux : agrumes, fleurs, amande et noisette, parfois beurre et miel au fil de l’évolution. La bouche associe du volume à une fraîcheur qui tient la finale. Nous cherchons cet équilibre plutôt qu’un blanc simplement large ou boisé. Un élevage réussi accompagne la matière ; il ne doit pas faire oublier le fruit.

Le temps d’élevage et le temps de garde sont deux choses différentes. Une année passée en fût ne fixe pas une date d’ouverture après la mise en bouteille. Meursault peut évoluer en cave et gagner en complexité, mais nous raisonnons ensuite sur la cuvée et le millésime, plutôt que de promettre la même durée à tous les vins du domaine.

À 12 °C, la texture trouve sa place dans le repas

Nous commençons le service d’un Meursault blanc à 12 °C, dans un verre assez ample. Il se réchauffe doucement à table et développe ses arômes sans que l’alcool domine. Le servir glacé ferait perdre une partie de l’intérêt de ces blancs : leur toucher, leur relief et cette rencontre entre chair et fraîcheur.

Une volaille en sauce blanche, un veau délicat ou un poisson à chair fine donnent au vin un appui naturel. Avec un homard grillé ou des crustacés en sauce, la texture du plat répond à celle du chardonnay, tandis que l’acidité remet du mouvement dans l’accord. Nous choisissons donc le plat autant par sa sauce et sa cuisson que par son ingrédient principal.

C’est là que le récit du domaine rejoint le métier de caviste. L’histoire familiale rend la cuvée plus compréhensible ; le service et l’assiette permettent ensuite d’en profiter. Il n’est pas nécessaire de transformer le repas en leçon de Bourgogne pour laisser un vin exprimer son origine.

Les trois Jobard-Morey que nous référençons

Notre catalogue cite exactement « Meursault - Domaine Jobard-Morey », « Meursault 1er Cru "Charmes" - Domaine Jobard-Morey » et « Meursault 1er Cru "Poruzot" - Domaine Jobard-Morey ». Ces trois libellés nous relient concrètement au travail de cette famille : un village et deux premiers crus, plutôt qu’une idée abstraite du grand blanc bourguignon.

Dites-nous le repas prévu et si la cuvée doit être ouverte bientôt ou poursuivre sa garde ; nous vous aiderons à choisir celle qui convient à ce moment. Leur disponibilité à Ferney-Voltaire et à Saint-Genis-Pouilly se vérifie au moment de votre demande, et nous vous répondrons franchement.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

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Dites-nous ce que vous préparez, ce que vous aimez et le budget que vous souhaitez garder. Un caviste de Ferney-Voltaire ou de Saint-Genis-Pouilly vous répond simplement.

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