Matías Riccitelli : les vieilles vignes de Patagonie, du sémillon au bastardo
La Patagonie viticole ne se résume ni au froid ni à une image de bout du monde. Dans la vallée du Río Negro, l’eau des Andes a fait naître un ruban de cultures au milieu d’un paysage sec. Des vignes anciennes y ont survécu, parfois sur leurs propres racines, avec des cépages que l’Argentine moderne avait laissés au second plan. Matías Riccitelli travaille cette mémoire depuis 2015. Nous y trouvons une manière très concrète de parler de terroir : un lieu, des plantes âgées, des variétés inattendues et des vinifications qui cherchent l’élan plutôt que la puissance.
Río Negro : un vignoble né autour de l’eau
Le Río Negro traverse un territoire aride. À la fin du XIXe siècle, des canaux d’irrigation alimentés par les eaux venues des Andes ont créé une oasis agricole dans la vallée. La vigne s’est installée aux côtés des poiriers et des pommiers, puis le chemin de fer a relié les vins du Sud à Buenos Aires. Cette histoire explique la présence actuelle de parcelles âgées : la viticulture patagonne ne commence pas avec la mode récente des climats frais.
L’Alto Valle se situe autour du 38e parallèle sud, entre le fleuve et les reliefs secs de la steppe. Les vents d’ouest limitent l’humidité, le soleil ne manque pas et les sols alluviaux mêlent, selon les endroits, pierres, sables, argiles et dépôts calcaires. Nous préférons retenir cette combinaison plutôt qu’un slogan sur la fraîcheur : l’eau rend la culture possible, le vent assainit, les nuits étirent la maturation et les vieux ceps portent la mémoire de ce paysage.
Le malbec reste présent, mais Río Negro a aussi conservé du merlot, du pinot noir, du sémillon et du trousseau. Ce dernier prend en Argentine le nom de bastardo, comme au Portugal. Un même cépage relie ainsi le Jura, la péninsule Ibérique et la Patagonie, sans produire le même vin partout. Le lieu, l’âge des vignes et la main du vigneron gardent le dernier mot.
Le projet patagon de Matías Riccitelli
Matías Riccitelli est né à Cafayate, dans le nord de l’Argentine. Après sa formation et plusieurs vendanges à l’étranger, il crée Riccitelli Wines en 2009. Son premier ancrage se trouve à Las Compuertas, dans la zone historique de Luján de Cuyo, à Mendoza. Il développe ensuite des vignobles à Gualtallary, Los Chacayes, San Pablo et La Carrera, des lieux où l’altitude change profondément les équilibres du raisin.
En 2015, le domaine ouvre un second chapitre au bord du Río Negro. Le projet patagon repose sur 17 hectares de vignes plantées dans les années 1950 et sur la remise en lumière de variétés anciennes : sémillon, chenin, pinot noir, bastardo, riesling, torrontés, merlot et malbec. Le mot « ancien » n’est pas ici un décor. Il désigne des plantes réellement installées depuis plusieurs décennies, dans des secteurs viticoles historiques comme Allen et Ingeniero Huergo.
Nous aimons ce projet parce qu’il élargit l’image du vin argentin. Mendoza et le malbec restent essentiels, mais ils ne racontent pas tout le pays. À Río Negro, Riccitelli ne cherche pas à faire une version plus légère d’un rouge de Mendoza. Il travaille une autre latitude, d’autres sols et un patrimoine végétal différent. La Patagonie devient alors un lieu viticole à part entière, pas une simple origine exotique sur l’étiquette.
Sémillon et bastardo : deux mémoires en pied franc
Le sémillon de la gamme Old Vines vient de vignes plantées à la fin des années 1960 à Allen et Ingeniero Huergo. Elles sont franches de pied, c’est-à-dire que la partie qui porte les raisins pousse sur ses propres racines. Les sols sont limoneux et les rendements naturellement faibles. Après égrappage, les peaux restent cinq jours au contact du jus à basse température ; la fermentation se déroule ensuite avec les levures présentes sur place, entre 16 et 18 °C, dans de grands contenants de chêne français.
Cette courte macération donne au blanc davantage de matière sans le transformer en vin orange. Le sémillon garde son registre d’agrumes, de fleurs blanches et de cire fine, avec une texture plus ample et une légère note d’épices. Nous le cherchons pour son équilibre entre volume et allonge : il doit rester net à table, même lorsque le plat possède du gras.
Le bastardo est le trousseau du Jura. À Allen, les vignes datent elles aussi de la fin des années 1960 et poussent en pied franc sur des sols franco-limoneux. Une partie des grappes est égrappée, puis la fermentation se fait dans de petites cuves de bois. L’extraction reste douce avant huit mois d’élevage en barriques de chêne français. Le résultat se place du côté de la cerise rouge, des herbes sèches, du poivre et des fleurs, avec une couleur souvent plus claire que ne le laisserait imaginer son origine argentine.
À table : fraîcheur du blanc, souplesse du rouge
Nous servons ce style de sémillon à 11 ou 12 °C, jamais glacé. Trop froid, il perd sa texture et son parfum ; trop chaud, l’élevage prend le dessus. Un verre assez large lui convient mieux qu’un petit verre étroit. À table, nous l’associons volontiers à une féra du Léman, un omble chevalier, une volaille à la crème légère, des quenelles de brochet ou un fromage à pâte pressée peu affiné. L’accord repose sur la matière du blanc autant que sur sa fraîcheur.
Pour le bastardo, 14 ou 15 °C suffisent. Sa couleur claire ne signifie pas qu’il faille le servir comme un rosé. Une demi-heure dans un verre large détend les notes végétales et épicées sans fatiguer le fruit. Pintade rôtie, veau aux champignons, filet mignon, lentilles aux herbes ou reblochon peu affiné lui donnent une place naturelle. Nous évitons seulement les sauces très sucrées ou très pimentées, qui écraseraient sa finesse.
La garde dépend toujours de l’année et des conditions de conservation, mais nous donnons un repère simple : quatre à sept ans pour le sémillon, trois à six ans pour le bastardo. Le blanc gagne alors des nuances de cire, de fruits jaunes et de fruits secs ; le rouge assouplit son grain et va vers les épices douces et les feuilles sèches. Il n’est pas nécessaire d’attendre : leur intérêt tient aussi à l’énergie du fruit dans les premières années.
Ce que nous référençons chez Matías Riccitelli
Notre catalogue suit plusieurs visages du travail de Matías Riccitelli. Pour la Patagonie, les libellés exacts comprennent Old Vine Bastardo (Trousseau) - Matias Riccitelli, Patagonie et Trousseau « Old Vine From Patagonia » - Matias Riccitelli. Deux écritures, un même cépage : le bastardo est bien le trousseau. Nous référençons aussi Malbec Viejos Vinedos en Pie Franco - Matias Riccitelli, Mendoza, qui permet de comparer le patrimoine de vieilles vignes du Nord avec celui de Río Negro.
La gamme que nous suivons comprend également les libellés « Hey Malbec! » - Matias Riccitelli, Mendoza et Chardonnay « Vinedos de Montana » - Matias Riccitelli, Gualtallary & La Carrera. Ils montrent l’étendue géographique de la maison, des rives patagonnes aux vignobles d’altitude de Mendoza. Nous pouvons ainsi conseiller un style plutôt qu’un simple pays : blanc texturé, rouge fin et épicé, malbec de vieilles vignes ou chardonnay de montagne.
La disponibilité varie avec les arrivages ; dites-nous le libellé et l’année recherchés, nous vous répondrons franchement — y compris quand la réponse est non.
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