Histoires de vignerons

Famille Mitjavile : de Castillon aux coteaux de Bourg

Publié le 2026-10-07 · 6 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

À quelques dizaines de kilomètres l’un de l’autre, le Domaine de l’Aurage et le Château Roc de Cambes donnent deux lectures de la rive droite bordelaise. Le premier s’ancre à Saint-Genès-de-Castillon autour de Louis et Caroline Mitjavile ; le second regarde l’estuaire depuis les coteaux de Bourg, où François et Émilie Mitjavile se sont installés en 1988. Nous aimons ce fil familial parce qu’il permet de comparer des lieux sans les réduire à une hiérarchie : même goût du raisin mûr et de l’élevage précis, mais sols, assemblages et rythmes de dégustation bien distincts.

Deux coteaux, deux générations

Le Château Roc de Cambes entre dans l’histoire de la famille en 1988. François et Émilie Mitjavile reprennent alors une propriété ancienne de Bourg-sur-Gironde : douze hectares de vignes disposés en amphithéâtre sur le coteau, au-dessus d’une cave du XIVe siècle. Le lieu n’est pas un simple décor. La pente, l’exposition et les sols argilo-calcaires donnent le cadre d’un rouge où le merlot reste majoritaire, accompagné de cabernet sauvignon et d’un peu de malbec.

À Saint-Genès-de-Castillon, Louis Mitjavile, fils de François, conduit le Domaine de l’Aurage avec son épouse Caroline. La première récolte du domaine date de 2007. Le vignoble se situe dans la partie haute de la commune, dans le prolongement des reliefs calcaires de Saint-Émilion. Ici, le merlot occupe presque tout l’espace, avec une petite part de cabernet franc. L’élevage long en barriques neuves cherche moins à ajouter un goût de bois qu’à accompagner la texture et la maturité du fruit.

Cette transmission n’a rien d’une photocopie. Roc de Cambes assemble trois cépages sur un coteau de Bourg ; L’Aurage pousse beaucoup plus loin l’expression du merlot à Castillon. Nous retrouvons une manière de chercher la chair et la profondeur, mais chaque domaine garde sa géographie. C’est cette différence qui rend la comparaison utile : un nom de famille peut former un fil, jamais remplacer le lieu.

Castillon : le merlot sur les hauteurs calcaires

Castillon-Côtes de Bordeaux s’étend à l’est de Saint-Émilion, près de la Dordogne. Le plateau calcaire domine un paysage plus varié qu’on ne l’imagine : argiles, calcaires et secteurs plus graveleux se succèdent avec un dénivelé marqué. Le merlot couvre environ les trois quarts du vignoble de l’appellation ; le cabernet franc et le cabernet sauvignon complètent l’assemblage. Cette base explique un profil souvent généreux, porté par les fruits rouges et noirs, mais la fraîcheur du calcaire et les cabernets peuvent garder le vin droit.

L’Aurage se place dans le versant le plus ample de ce registre. Le merlot presque seul donne une matière ronde, des parfums de mûre, de prune et d’épices douces, puis l’élevage apporte des nuances de cacao, de cèdre et de toast quand le vin est jeune. Le bon service consiste à préserver cette richesse sans la laisser devenir pesante. Nous le servons à 16 °C, dans un verre assez large, avec une heure d’ouverture pour une bouteille jeune. Une carafe est utile si le nez reste serré ; elle n’est pas obligatoire quand le vin a déjà quelques années.

À table, ce style appelle une viande tendre plutôt qu’une cuisson brûlée : filet de bœuf, veau rôti aux cèpes, canard aux navets ou poitrine de porc confite. Un gratin de champignons et de lentilles fonctionne aussi, car le fond terreux du plat rejoint le merlot sans durcir les tanins. Pour la garde, cinq à dix ans donnent un repère raisonnable : le fruit noir évolue vers la prune, le cuir fin et le sous-bois, tandis que le bois s’intègre. Une grande année peut aller plus loin, mais l’année et les conditions de cave comptent davantage qu’un chiffre spectaculaire.

Roc de Cambes : l’amphithéâtre de Bourg

Roc de Cambes change le décor. Le vignoble forme un amphithéâtre sur les coteaux de Bourg, face à l’influence de l’estuaire de la Gironde. Les douze hectares reposent sur des sols argilo-calcaires. L’assemblage annoncé par l’appellation réunit 75 % de merlot, 20 % de cabernet sauvignon et 5 % de malbec. Le merlot apporte le volume et le fruit ; le cabernet sauvignon donne une colonne tannique ; le malbec renforce la couleur et le relief épicé.

Le profil des Côtes de Bourg marie volontiers fruits rouges et noirs mûrs, épices et texture veloutée. À Roc de Cambes, la présence du cabernet sauvignon et du malbec conduit vers un vin plus ferme que ne le laisserait croire la seule majorité de merlot. Nous cherchons donc un service qui ouvre le bouquet tout en gardant la précision : 16 °C, puis une à deux heures d’air dans la jeunesse. Un verre haut et assez large aide les notes de cassis, de mûre, d’épices et de terre fraîche à se déployer sans réchauffer trop vite le vin.

Un carré d’agneau, un magret de canard, une joue de bœuf braisée, un pigeon rôti ou des cèpes poêlés lui donnent la profondeur nécessaire. Les sauces très sucrées sont moins heureuses : elles font ressortir l’alcool et raccourcissent la finale. Nous donnons huit à quinze ans comme fenêtre de cave pratique pour un rouge construit de cette manière. Avant huit ans, l’air l’aide à délier sa structure ; après, les arômes gagnent en tabac blond, sous-bois et épices sèches. Là encore, le millésime et la conservation de la bouteille décident du rythme réel.

Choisir le rythme du repas plutôt que le prestige

Mettre Castillon et Bourg côte à côte n’a de sens que si la table reste au centre. Pour un dîner où le plat doit arriver vite, nous ouvrons le rouge de Castillon en premier : sa rondeur de merlot et son fruit généreux trouvent facilement leur place avec un rôti, une volaille brune ou un plat de champignons. Une température trop élevée l’alourdit ; mieux vaut partir à 16 °C et laisser le verre faire le reste.

Roc de Cambes demande davantage de temps. Le cabernet sauvignon et le malbec donnent plus de prise au vin, surtout jeune. Nous l’ouvrons avant de cuisiner, puis nous goûtons au moment de passer à table. S’il reste compact, une carafe large pendant quarante-cinq minutes suffit souvent. Avec un vin plus âgé, nous évitons au contraire les gestes brusques : bouteille debout, ouverture attentive et service direct permettent de séparer un éventuel dépôt sans fatiguer le bouquet.

La garde n’est donc pas une compétition. Un rouge de Castillon encore fruité peut être le meilleur choix pour le repas de ce soir ; un Roc de Cambes plus patient peut accompagner une pièce rôtie et poursuivre son évolution en cave. Dans les deux cas, nous préférons une bouteille ouverte au bon moment à une longue attente décidée par principe. Le plaisir vient du rapport entre le vin, son âge et le plat, pas du nombre d’années inscrit sur une fiche.

Ce que nous référençons de la famille Mitjavile

Notre catalogue cite exactement trois libellés : « Castillon Côtes de Bordeaux - L’Aurage - Famille Mitjavile », « Castillon Côtes de Bordeaux - Le Pic du Versant - Famille Mitjavile » et « Côtes de Bourg - Roc de Cambes - Famille Mitjavile ». Ils dessinent deux portes d’entrée. L’Aurage et Le Pic du Versant regardent Castillon ; Roc de Cambes porte le relief et l’assemblage de Bourg.

Pour un plat fondant, des champignons ou une viande rôtie sans sauce lourde, nous allons volontiers vers le registre généreux de Castillon. Pour un carré d’agneau, un pigeon ou un rouge destiné à évoluer plus longtemps, la structure de Roc de Cambes donne un autre tempo. Dites-nous le plat, l’année que vous avez en cave et le moment où vous souhaitez ouvrir la bouteille : nous vous répondrons franchement. La disponibilité de ces cuvées varie selon les arrivages dans nos boutiques de Ferney-Voltaire et de Saint-Genis-Pouilly.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

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