Terroirs et savoir-faire

Claire Naudin : des noms de fleurs pour une autre façon de vinifier

Publié le 2026-10-15 · 5 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

Orchis Mascula, Myosotis Arvensis, Viola Odorata : chez Claire Naudin, certains vins portent des noms de fleurs. Nous aimons leur poésie, mais ce qui nous intéresse surtout se passe avant l’étiquette. À Magny-lès-Villers, entre Beaune et Nuits-Saint-Georges, cette famille de cuvées accompagne une recherche précise : laisser davantage de place au raisin entier et limiter les interventions, sans renoncer à surveiller le vin. Les fleurs ouvrent la conversation ; le tri, la fermentation et l’élevage lui donnent son contenu.

À Magny-lès-Villers, une agronome choisit son propre chemin

Claire Naudin revient au domaine familial en 1991 avec son diplôme d’ingénieur agronome. Elle en prend la direction en 1994. Le nom Henri Naudin-Ferrand reste celui de la propriété : derrière la signature Claire Naudin que l’on rencontre sur les vins, il y a donc une même histoire familiale, et non deux maisons concurrentes.

Les Hautes-Côtes occupent une place centrale dans cette histoire. Le domaine s’est développé avec la naissance de leur appellation en 1961 ; aujourd’hui encore, elles représentent une grande part de son vignoble. Claire ne construit pas sa démarche uniquement autour des noms les plus célèbres de Bourgogne. Elle cherche aussi ce que peuvent donner ces vignes lorsque leur travail et leur vinification reçoivent la même attention.

Son parcours n’est pas celui d’un refus de la technique par principe. Après avoir essayé différents outils œnologiques, elle choisit de concentrer l’effort sur la qualité du raisin et l’observation des lots. Nous trouvons cette nuance essentielle : connaître les moyens existants, puis décider de ne pas tous les employer, demande autant de réflexion que de les utiliser.

Les cuvées florales voisinent avec les vins classiques

La gamme conserve des Hautes-Côtes et un Côte de Nuits-Villages classiques à côté des noms botaniques. Orchis Mascula appartient aux Hautes-Côtes de Beaune rouges ; Myosotis Arvensis aux Hautes-Côtes de Nuits rouges ; Viola Odorata au Côte de Nuits-Villages. Cette coexistence permet de comprendre la recherche du domaine sans opposer un vin supposé moderne à un vin qui ne le serait pas.

Le point commun des cuvées florales rouges est une fermentation menée sans ajout de sulfites, avec des grappes entières. Cela ne signifie pas que les vins ne reçoivent jamais de soufre ensuite : l’élevage ou la préparation de la mise peuvent comporter des apports mesurés. La distinction compte davantage que le mot « nature », souvent trop large pour expliquer les gestes.

Un nom de fleur n’est pas non plus une recette aromatique. Viola Odorata ne promet pas que chaque bouteille sentira uniquement la violette, ni Orchis Mascula un parfum d’orchidée. Le cépage, les parcelles, la récolte et la manière de travailler restent déterminants. Chez nous, ces noms servent de point de départ à une explication du vin, pas de raccourci pour le décrire.

Le tri fait le travail avant que la cuve ne commence

Le raisin entier garde sa rafle, cette petite charpente végétale qui porte les baies. Pour vinifier ainsi sans soufrer à l’encuvage, la sélection doit être sévère. Les baies abîmées ou insuffisamment mûres sont écartées ; l’équipe cherche une matière saine avant de la laisser fermenter. La discrétion au chai commence donc par un travail très actif autour de la vendange.

La cuverie a été repensée en 1999 pour supprimer les pompages de raisins. Les tapis permettent de déplacer la récolte en l’écrasant moins, et de conserver l’option des grappes entières. Le domaine réalise aussi cette année-là une première vinification rouge sans ajout de SO2. Ce sont des changements d’organisation autant que des choix de goût : il faut du matériel adapté, du temps et une équipe qui partage la démarche.

Pendant l’élevage, le suivi continue fût par fût. Les vins restent sur leurs lies et les interventions ne répondent pas à un calendrier identique pour tous les lots. Moins intervenir ne veut donc pas dire laisser faire sans regarder. C’est déplacer l’effort : préparer plus soigneusement la matière, puis observer assez précisément pour savoir quand agir.

Dans le verre, le fruit compte davantage que la couleur

Deux récoltes donnent des repères concrets sans enfermer tout le domaine dans un portrait unique. Orchis 2024 présente une robe légère, un fruit encore discret et des tanins relativement tendres, qui demandent de la patience. Une couleur peu profonde n’empêche donc pas le vin d’avoir une trame et un avenir. Nous préférons parler de texture et d’équilibre plutôt que de mesurer un pinot noir à son opacité.

Viola 2023 va vers la cerise croquante, la griotte, une touche florale et une petite note de feuille de coriandre. La bouche associe fraîcheur et chair, avec des tanins enrobés ; l’élevage apporte aussi des nuances de torréfaction. Ce registre montre ce que la vendange entière peut accompagner, mais il ne constitue pas une promesse identique pour toutes les années.

Pour Orchis 2024, un service autour de 13 °C et une ouverture une à deux heures avant le repas sont de bons repères. Une pintade aux pommes reinettes ou une cuisine asiatique délicate lui donnent une place naturelle. Viola 2023 se sert plutôt à 15–16 °C, dans un grand verre ; nous l’imaginons avec un gigot, puis, lorsqu’il aura évolué, une viande de gibier. Côté garde, les fenêtres sont distinctes : 2028–2032 pour laisser évoluer Orchis 2024, 2028–2035 pour Viola 2023. Ces indications concernent bien ces récoltes et supposent une cave fraîche et stable, pas toutes les bouteilles portant le même nom.

Les vins de Claire Naudin que nous référençons

Notre catalogue porte trois libellés exacts : « Hautes Côtes de Beaune "Orchis Mascula" - Domaine Claire Naudin », « Hautes Côtes de Nuits "Myosotis Arvensis" - Domaine Claire Naudin » et « Côtes de Nuits Villages "Viola Odorata" - Domaine Claire Naudin ». Ils permettent de suivre cette famille florale à travers plusieurs origines bourguignonnes, sans réduire son histoire à une seule cuvée.

À Ferney-Voltaire comme à Saint-Genis-Pouilly, nous pouvons partir du repas ou du moment d’ouverture envisagé pour en parler. L’intérêt n’est pas de choisir entre une belle étiquette et une fiche technique : c’est de comprendre comment les gestes derrière la première donnent du sens à la seconde. La disponibilité se vérifie avec nous au moment de votre demande.

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