Terroirs et savoir-faire

Famille Bourgeois : le sauvignon de Chavignol à Marlborough

Publié le 2026-10-14 · 5 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

On peut emporter un savoir-faire à l’autre bout du monde ; on n’emporte pas un coteau. C’est ce qui nous intéresse dans le parcours des Bourgeois : une famille enracinée à Chavignol, au cœur de Sancerre, qui a choisi la vallée de Wairau, à Marlborough, pour écrire une autre histoire de sauvignon blanc. Le lien entre les deux ne tient pas à un goût identique, mais à une même attention aux lieux.

À Chavignol, deux hectares deviennent un point de départ

Dans les années 1950, Henri Bourgeois cultive deux hectares sur les collines de Chavignol et choisit de se consacrer à la vigne. Ses fils Jean-Marie et Rémi le rejoignent dans les années 1960. L’histoire familiale ne se résume pas à une succession de noms sur une étiquette : elle passe par des terres acquises, des coteaux appris et une maison qui se construit progressivement autour du vin.

Aujourd’hui, Arnaud, Lionel et Jean-Christophe poursuivent cette aventure. Le domaine sancerrois travaille le sauvignon blanc et le pinot noir, avec des parcelles vinifiées séparément. Ce choix est essentiel : avant de chercher un style commun, il permet de conserver les différences entre les lieux. Nous aimons cette manière de partir du détail, parce qu’elle explique mieux une gamme qu’une promesse générale de qualité.

Notre article sur Sancerre, le sauvignon et le pinot noir présente les repères de l’appellation. Ici, le fil est différent : comment cette expérience de vignerons s’est-elle transportée sans devenir une recette à reproduire ?

L’an 2000 ouvre une seconde terre en vallée de Wairau

Jean-Marie et Rémi cherchent pendant douze ans une implantation hors de France. En 2000, leur parcours les conduit à Marlborough, en Nouvelle-Zélande. Ils y achètent 98 hectares dans la vallée de Wairau et nomment le domaine Clos Henri, en hommage à leur père. Ce n’est pas une simple étiquette créée pour un vin lointain : le projet commence par un terrain où installer un vignoble.

Le sauvignon blanc et le pinot noir constituent le lien avec Sancerre. Mais Clos Henri n’a pas pour ambition de fabriquer un sancerre néo-zélandais. L’intérêt est précisément inverse : employer une expérience familière pour comprendre une terre différente. Les mêmes cépages deviennent des outils de lecture, pas la garantie d’un résultat identique.

Plutôt que de demander lequel des deux pays ferait le meilleur sauvignon, nous préférons regarder ce que chaque lieu lui donne à exprimer. Un cépage connu peut devenir un point d’appui pour découvrir un paysage, au lieu de servir d’étiquette de goût définitive.

Des marnes de Chavignol aux pierres et argiles de Clos Henri

À Chavignol, les marnes kimméridgiennes mêlent argile et calcaire. Dans le vignoble sancerrois de la famille, elles voisinent avec des argiles calcaires pierreuses et des sols de silex. La séparation des parcelles à la cave prolonge cette mosaïque : les raisins de lieux différents ne perdent pas immédiatement leur identité dans un assemblage.

À Clos Henri, le décor géologique change. La faille de Wairau traverse le domaine, où se rencontrent des pierres d’origine glaciaire et deux ensembles d’argiles de Waimaunga, Broadbridge et Wither. Les sols pierreux donnent des vins orientés vers la finesse et l’équilibre ; les argiles apportent davantage de générosité et de texture. Ce contraste existe à l’intérieur du domaine, pas seulement entre la France et la Nouvelle-Zélande.

Voilà pourquoi l’opposition entre un sauvignon français forcément discret et un sauvignon néo-zélandais forcément exubérant est trop courte. À Chavignol comme à Wairau, il faut descendre à l’échelle du lieu. La matière en bouche, la longueur et la sensation de fraîcheur comptent autant que le premier parfum. Le pays donne un cadre ; il ne décrit pas à lui seul chaque verre.

Planter serré plutôt qu’acheter un vignoble déjà dessiné

Le transfert du savoir-faire se voit dans les décisions de plantation. À Clos Henri, les vignes sont installées à une densité de 5 500 pieds par hectare. La famille a choisi un terrain non planté pour organiser le vignoble selon son projet, plutôt que reprendre sans changement un dispositif existant.

La taille en double Guyot, l’ébourgeonnage et le travail du sol sous le rang font partie des pratiques du domaine. La gestion de l’eau vise à réduire l’irrigation, avec un travail progressif vers une culture sans irrigation. Cela décrit une direction de travail, non une situation identique dans toutes les parcelles.

Nous retenons surtout le lien entre observation et décision : la densité, la taille et le sol ne sont pas des détails séparés du vin. Transporter une expérience ne veut pas dire tout faire exactement comme en Loire ; cela veut dire se donner les moyens de répondre au nouveau terrain.

Au verre, chercher la texture après les agrumes

Du côté sancerrois, le sauvignon de la maison peut associer agrumes, fleurs blanches et fruits à chair blanche. Certaines expressions sur silex ajoutent une finale fumée. D’Antan montre aussi qu’un sauvignon peut prendre de l’ampleur, avec des notes exotiques et un boisé présent, tout en gardant une bouche précise. La fraîcheur n’oblige donc pas à choisir un vin maigre.

À table, nous préférons raisonner avec cette matière. Un blanc tendu et citronné accompagne volontiers un poisson simplement grillé ou un fromage de chèvre ; une expression plus ample trouve sa place avec un poisson rôti et une sauce crémée. Le plat permet de comprendre pourquoi la texture change le choix, même quand le cépage reste le même.

Pour un sauvignon ample comme d’Antan, nous conseillons un service autour de 12 à 13 °C, afin de laisser apparaître ses nuances plutôt que les enfermer dans le froid. Un verre suffisamment ouvert aide aussi à suivre le passage des agrumes aux notes plus enveloppantes. Il n’est pas nécessaire de chercher tous les parfums à la première seconde : le vin peut évoluer tranquillement dans le verre pendant le repas.

Les références Bourgeois que nous suivons en Loire

Notre catalogue réunit les libellés « Quincy - Domaine Henri Bourgeois », « Sancerre "Grande Réserve" - Domaine Henri Bourgeois » et « Sancerre "Sancerre d'Antan" - Domaine Henri Bourgeois ». Ils donnent une entrée concrète dans la maison, depuis un autre nom du Centre-Loire jusqu’à deux expressions sancerroises. Le détour par Clos Henri éclaire l’histoire de leurs vignerons ; il n’ajoute pas une référence néo-zélandaise à notre sélection.

Nous pouvons partir de ces vins pour discuter d’un poisson, d’une sauce ou de votre goût pour des blancs plus tendus ou plus enveloppants. Notre catalogue prolonge la découverte, et un échange avec nos cavistes à Ferney-Voltaire ou à Saint-Genis-Pouilly permet d’affiner le choix. Pour la disponibilité et l’année, nous vous répondons directement en boutique.

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