Charlotte Sonjon : construire un domaine entre lac du Bourget et Chautagne
Un petit domaine ne tient pas nécessairement d’un seul tenant. Chez Charlotte Sonjon, les vignes se répartissent entre les rives du lac du Bourget et la Chautagne. Nous aimons cette porte d’entrée : avant de comparer les cépages, regarder ce que signifie construire une exploitation avec des coteaux et des parcelles dispersées. Son parcours d’agronome, ses années en Provence et son retour en Savoie éclairent une façon de travailler où l’observation compte autant que le geste.
Revenir en Savoie avec un métier appris ailleurs
Charlotte Sonjon est agronome de formation. Avant son installation savoyarde en 2020, elle passe plusieurs années en Provence et y fait ses premiers pas dans la vigne. Son retour n’est donc pas seulement celui d’une enfant de la montagne : il associe un ancrage personnel à un apprentissage du travail viticole. Le domaine est établi à Brison-Saint-Innocent, sur la rive orientale du lac du Bourget.
Nous préférons raconter ce chemin plutôt que présenter toute jeune exploitation comme une révélation soudaine. Une formation permet de comprendre les plantes, les sols et leurs interactions ; le travail dans les vignes donne à ces connaissances une échelle concrète. Il faut ensuite trouver comment les appliquer à des lieux qui ne se ressemblent pas toujours.
Cette histoire n’est pas celle d’un grand vignoble familial repris d’un bloc. Le domaine se construit autour d’une petite surface, de parcelles en coteaux et d’une approche paysanne revendiquée. Ce sont ces contraintes de terrain qui donnent sa cohérence au portrait, bien davantage qu’une formule générale sur les vins de montagne.
Quatre hectares qui ne forment pas un seul jardin
L’exploitation réunit environ quatre hectares entre Brison-Saint-Innocent et Ruffieux, en Chautagne. Les parcelles sont petites, morcelées et travaillées manuellement. Pour comprendre cette échelle, il faut distinguer la surface totale et l’organisation du vignoble : quelques hectares dispersés ne se conduisent pas comme un carré de vignes autour d’une cave.
Le mot morcellement dit quelque chose de très simple. Chaque lieu doit être observé pour lui-même. L’exposition, la pente et la nature du terrain entrent dans les décisions de culture ; une manière de faire ne se transporte pas automatiquement d’un bout de l’exploitation à l’autre. Chez Charlotte Sonjon, l’agriculture biologique et l’attention au vivant sont au centre de cette conduite.
Nous y voyons un bon rappel pour le conseil en boutique. La taille d’un domaine ne suffit pas à définir le goût de ses vins. En revanche, savoir comment ses vignes sont réparties aide à comprendre pourquoi une petite gamme peut contenir plusieurs expressions et pourquoi le travail commence bien avant les vendanges.
Le lac, les sols et la lumière du soir
Les vignes décrites par Charlotte Sonjon regardent le soleil couchant. Leurs terrains sont variés : moraines glaciaires, molasse et éboulis composent notamment ce paysage à dominante calcaire. À proximité, le lac joue un rôle de tampon thermique et contribue au microclimat local. Il n’est pas un simple arrière-plan pour une photographie de bouteille.
Cela ne veut pas dire qu’un vin goûte directement la pierre sur laquelle sa vigne pousse. Le sol intervient dans les conditions de vie de la plante, tandis que l’exposition et le voisinage du lac participent à son environnement. Le raisin, puis la vinification, font le lien avec le verre. Nous tenons à cette distinction : elle permet de parler du paysage sans transformer chaque sensation en explication géologique.
Le domaine travaille plusieurs cépages, parmi lesquels jacquère, altesse, chardonnay, pinot noir, gamay et mondeuse. Cette diversité ne sert pas ici à dresser un classement des variétés savoyardes. Elle accompagne une exploitation faite de lieux distincts et laisse plusieurs chemins pour traduire le fruit récolté.
Au chai, laisser une place au travail des lies
Les fermentations reposent sur les levures indigènes. Les vins ne sont pas filtrés et l’élevage se fait sur lies totales, avec un peu de soufre à la mise en bouteille. Ce dernier point mérite d’être dit simplement : une vinification peu interventionniste n’est pas nécessairement une vinification sans soufre. Nous ne confondons pas un choix de cave et une promesse absolue.
Les lies sont les particules qui se déposent après la fermentation, notamment les levures. Les conserver pendant l’élevage fait partie d’un travail sur la texture et l’évolution du vin. Ce choix ne donne pas à lui seul une saveur unique : le cépage, la récolte et la durée de l’élevage gardent leur rôle.
L’ensemble dessine une ligne lisible : beaucoup d’attention dans les vignes, puis des gestes mesurés au chai. Ce qui nous intéresse, ce n’est pas d’opposer une cave technique à une cave qui ne ferait rien. Observer une fermentation, accompagner un élevage et décider du moment de la mise sont déjà des décisions de vigneronne.
Trois portes d’entrée pour la table, sans recette unique
Dans la gamme, Haut les Cœurs repose sur la jacquère, L’Innocente sur l’altesse et La Traverse associe pinot noir et gamay. Pour les aborder à table, nous proposons trois directions plutôt qu’une fiche de dégustation imaginée : fraîcheur pour la jacquère, place à la texture pour l’altesse, fruit et souplesse pour l’assemblage rouge. Le caractère précis se juge ensuite sur la cuvée et l’année.
Notre point de départ de service serait 10 à 12 °C pour les blancs et autour de 14 °C pour La Traverse. Un blanc trop glacé laisse peu de place aux nuances ; un rouge servi trop chaud peut perdre son élan. Une truite simplement cuisinée, des légumes rôtis ou une volaille offrent de meilleurs points de départ qu’une sauce très puissante. Nous ajustons l’accord au vin ouvert, pas seulement au nom du cépage.
Pour la garde, nous privilégions ici un projet de repas plutôt qu’une longue attente décidée d’avance. La durée se discute à partir de l’année et de l’état de la bouteille ; nous ne donnerions pas le même horizon à toute la gamme.
Les Charlotte Sonjon que nous référençons
Notre catalogue cite exactement « Roussette de Savoie "L'Innocente" - Domaine Charlotte Sonjon », « Savoie "Haut les Cœurs" - Domaine Charlotte Sonjon » et « Savoie "La Traverse" - Domaine Charlotte Sonjon ». Ces trois libellés relient le portrait à ce que nous suivons réellement, sans réduire le domaine à une seule bouteille.
Entre le blanc de jacquère, la roussette d’altesse et le rouge de pinot noir et gamay, nous pouvons partir du plat et de vos goûts pour chercher une première rencontre avec ce travail. Leur disponibilité dans nos boutiques de Ferney-Voltaire et Saint-Genis-Pouilly se vérifie au moment de votre demande ; nous vous répondrons franchement.
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