Histoires de vignerons

Terre des Chardons : le souffle de la Camargue dans les Costières de Nîmes

Publié le 2026-10-11 · 5 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

À Terre des Chardons, la vigne n’a pas commencé seule. Elle a trouvé sa place parmi les légumes, les arbres fruitiers et les oliviers d’une ferme de Bellegarde. Nous aimons cette porte d’entrée dans les Costières de Nîmes : un paysage agricole avant une étiquette, du soleil mais aussi de l’air, et des rouges qui se comprennent mieux à table qu’à travers une idée toute faite de puissance méridionale.

Des légumes aux vignes : l’histoire agricole des Chardon

La famille Chardon arrive de Touraine et s’installe à Bellegarde, dans le Gard, en 1983. Son point d’ancrage est le domaine Sainte-Marie des Costières, une exploitation de fruits et légumes conduite en agriculture biologique dès les premières années. Le vin vient ensuite : en 1999, Jérôme rejoint ses parents et développe la polyculture en plantant neuf hectares de vignes. Le domaine est labellisé Demeter depuis sa première récolte, en 2002.

Cette chronologie change la façon de regarder la maison. La vigne prolonge une pratique agricole déjà installée ; elle ne remplace pas tout le reste. Les cultures maraîchères, les arbres et les oliviers composent encore le cadre de Terre des Chardons. Le vignoble compte syrah, grenache noir et cinsault pour les rouges et le rosé, ainsi que de la clairette blanche pour le blanc.

Nous retenons cette diversité plutôt qu’un slogan sur la nature. Le domaine cultive un ensemble vivant, puis choisit ses cépages et ses assemblages. La certification décrit un engagement agricole précis ; le plaisir dans le verre reste, lui, une affaire de fruit, de texture et d’équilibre.

À Bellegarde, les galets rencontrent les brises marines

Les Costières de Nîmes appartiennent à la famille des vignobles de la Vallée du Rhône, à proximité de la Camargue et de la Méditerranée. Leurs terrasses portent des galets roulés déposés par les fleuves. À Terre des Chardons, ces cailloux siliceux sont appelés localement les « gress ». Ils accumulent la chaleur pendant la journée et en restituent une partie durant la nuit.

Ce paysage chaud reçoit aussi des influences marines. Les brises venues de la mer et des étangs de Camargue tempèrent les fortes chaleurs estivales. Le mistral intervient lui aussi dans la vie du vignoble. Pour comprendre ces rouges, il faut donc garder ensemble la maturité méridionale et cette circulation de l’air, plutôt que d’imaginer une vigne immobile sous le soleil.

Dans le verre, l’appellation offre un registre de fruits rouges, de mûre et de sureau, puis des nuances de violette, d’épices ou de garrigue avec l’évolution. Ce sont les repères d’une famille de vins, pas une description identique de chaque bouteille. La part de grenache, la place de la syrah et l’année de récolte déplacent le centre de gravité.

Des petites caissettes à l’affinage en cuve

Les vendanges du domaine se font à la main, dans des caissettes de dix kilos. Les raisins sont refroidis en chambre froide avant leur entrée en cave. La fermentation démarre avec les levures naturellement présentes sur les baies, sous maîtrise des températures ; les vins sont ensuite affinés en cuve. Cette suite de gestes donne des éléments concrets pour comprendre la recherche de fraîcheur et de finesse de Jérôme Chardon.

Le chai raconte lui aussi une manière de construire. Ses pierres viennent des carrières du Pont du Gard ; le liège participe à l’isolation sous la toiture. La cave a été pensée avant la première récolte pour offrir au vin un environnement stable. Il y a ici une continuité entre la ferme, les matériaux et le travail du raisin.

Nous préférons parler de ces choix précis plutôt que d’attribuer un goût à la seule biodynamie. Des raisins préservés pendant le transport, une fermentation suivie et un affinage en cuve sont des gestes de cave. Ils accompagnent le fruit sans faire du bois le sujet principal.

Bien Luné et Marginal : le grenache change de place

Deux assemblages permettent de lire la gamme sans la réduire à une bouteille vedette. Bien Luné met le grenache au premier plan : sa cuvée 2024 associe 60 % de grenache, 35 % de syrah et 5 % de cinsault. Marginal prend le chemin inverse : dans la cuvée 2023, la syrah atteint 85 %, avec 15 % de grenache. Ces proportions concernent ces récoltes précises, pas une recette garantie pour toutes les années.

Le grenache apporte à la famille des Costières sa rondeur et sa générosité de fruit ; la syrah donne un autre relief à l’assemblage. Voilà une comparaison intéressante à table : partir du rôle des cépages plutôt que chercher un classement du meilleur au moins bon. Le nom Marginal ne suffit pas à annoncer un vin plus puissant, pas plus que Bien Luné ne garantit une légèreté absolue.

La Gueule de l’Endroit ouvre encore le jeu : sa cuvée 2024 réunit grenache, syrah, cinsault et clairette blanche. Son nom fait écho à Jacques Puisais, dont les conseils ont accompagné les débuts de la maison. Le fil reste celui du lieu et du vigneron, pas celui d’un cépage isolé.

À 16 °C, avec une cuisine qui garde du relief

Nous conseillons un service autour de 16 °C pour ces rouges méridionaux. Trop chauds, ils perdent de leur netteté et l’alcool prend davantage de place ; trop froids, les tanins semblent plus fermes. Un passage au frais avant le repas vaut mieux qu’une bouteille laissée dans une cuisine chauffée. Un verre assez large permet ensuite au bouquet de se développer tranquillement.

À table, nous les orientons vers un agneau rôti aux herbes, une volaille aux olives ou des aubergines grillées. La générosité du grenache trouve un répondant dans la chair d’une viande et les légumes rôtis ; un assemblage dominé par la syrah invite aussi vers un plat poivré ou légèrement fumé.

La garde n’a pas besoin de devenir une compétition. Pour les rouges de fruit des Costières, trois à cinq ans constituent un repère général cohérent. Nous privilégions les premières années quand le but est de garder le fruit au premier plan. Pour une bouteille déjà plus âgée, le conseil se fait cuvée par cuvée, selon l’année et la cave où elle a vécu.

Les Terre des Chardons que nous référençons

Notre catalogue cite exactement « Costières de Nîmes "Bien Luné" - Domaine Terre des Chardons », « Costières de Nîmes "La Gueule de l'Endroit" - Domaine Terre des Chardons » et « Costières de Nîmes "Marginal" - Domaine Terre des Chardons ». Ensemble, ces libellés donnent trois entrées dans une même maison, entre grenache, syrah et assemblage plus ouvert.

Pour nous, l’intérêt de les suivre est aussi de raconter une ferme : l’arrivée d’une famille tourangelle dans le Gard, la vigne ajoutée à la polyculture, puis un travail de cave attentif. Dites-nous le plat et le style de rouge que vous aimez ; à Ferney-Voltaire comme à Saint-Genis-Pouilly, nous pourrons vous guider dans cette famille de vins. Leur disponibilité se vérifie auprès de nous au moment de votre demande.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

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