Danjou-Banessy : à Espira-de-l’Agly, une autre voie pour les vieux cépages
Une transmission ne consiste pas toujours à refaire le vin de ses grands-parents. À Espira-de-l’Agly, Benoît et Sébastien Danjou ont ouvert une autre voie : garder les vieilles vignes et la mémoire des rancios, tout en faisant une place aux blancs et aux rouges secs. Nous aimons cette façon de faire évoluer un domaine sans effacer ce qui l’a construit.
Un héritage de rancio qui reste vivant
Dans les années 1950, le grand-père de Benoît et Sébastien agrandit le vignoble familial et constitue une collection de rancios. Benoît travaille auprès de lui jusqu’à leur dernière récolte commune, en 2000. La reprise du domaine en 2001 ouvre un nouveau chapitre : les vins secs prennent progressivement de l’importance, sans que disparaissent les vieux rivesaltes et la tradition du rancio. Le changement porte donc sur les vins élaborés, pas sur un abandon de la mémoire familiale.
Cette nuance aide à comprendre le domaine. Il ne s’agit pas de remplacer un passé jugé dépassé par un style à la mode. Une même famille peut entretenir ses vieux vins et chercher une expression différente dans les raisins qu’elle récolte aujourd’hui. Le savoir-faire circule entre les générations, puis chacun en fait quelque chose qui lui ressemble.
Chez nous, cette histoire compte davantage qu’une formule sur la modernité. Elle donne un sens concret au mot transmission : conserver ce qui a de la valeur, mais laisser aux suivants la liberté de travailler. À Espira, au nord de Perpignan et à l’entrée de la vallée de l’Agly, cette liberté passe notamment par des cépages anciens et par des blancs secs qui ne cherchent pas à ressembler aux vins doux du passé.
Conserver les ceps plutôt que recommencer ailleurs
Le vignoble des frères Danjou comprend des grenaches et des carignans très âgés. Les sols changent d’un îlot à l’autre : schistes, calcaire, grès, argiles ou galets roulés. Le travail s’organise autour de ces parcelles, plutôt que d’une recette unique appliquée à tout le domaine. Garder un vieux cep, c’est aussi garder un enracinement, une implantation et une histoire culturale que l’on ne recrée pas en quelques saisons.
Le Clot dels Escounils illustre particulièrement cette continuité. Ce lieu isolé, entouré de bois et de murs de pierre, porte de vieux grenaches blancs, gris et noirs que les frères ont entrepris de faire revivre. L’assemblage vient ici du vignoble lui-même : plusieurs couleurs d’un même cépage cohabitent dans une parcelle destinée à un blanc. Le nom d’un raisin noir ne suffit donc pas, à lui seul, à raconter la couleur finale du vin.
La Truffière blanche ouvre une autre porte avec le carignan gris. On connaît plus volontiers le carignan rouge ; sa forme grise peut pourtant donner un blanc de matière, capable de garder une ligne tendue. Nous trouvons ce détour très utile pour comprendre le Roussillon : son patrimoine ne se résume ni à un seul rouge puissant, ni aux vins doux. Il comprend aussi ces cépages discrets dont les vieilles vignes permettent de poursuivre l’histoire.
Une cave qui accompagne le raisin sans le brusquer
Les vendanges sont manuelles. Pour les rouges, la vinification privilégie une infusion douce plutôt qu’une extraction appuyée : les raisins sont légèrement foulés et mouillés avec leur jus, sans pigeage ni délestage. Le but n’est pas de tirer le maximum de couleur et de tanins à tout prix. Il est de laisser se construire une matière précise, dans laquelle le fruit reste lisible.
L’élevage se fait en bois, avec des contenants et des durées adaptés aux vins. Roboul réunit mourvèdre et grenache noir ; La Truffière blanche repose sur le carignan gris. Les cépages, la parcelle et le chemin en cave ne sont donc pas interchangeables. Le travail des frères se reconnaît dans la recherche de délicatesse, mais cette parenté n’efface pas les différences entre les cuvées.
Nous retenons surtout ce contraste : un paysage méditerranéen et des vins qui peuvent rester déliés. Le soleil n’oblige pas à fabriquer une bouche lourde. Roboul se place dans un registre rouge clair, frais et facile à suivre à table. Les blancs peuvent montrer une matière plus profonde, avec des notes fumées ou grillées dans leur jeunesse. Ces accents ne racontent pas la même chose que les arômes patinés d’un vieux rancio : les deux familles de vins gardent leur identité.
Du blanc de matière au rouge délié, une place au repas
Pour ces blancs secs, nous commencerions autour de 11 à 12 °C, dans un verre de vin blanc assez ouvert. Le froid excessif resserre le parfum et rend leur matière moins lisible. Sur le Clot dels Escounils, le registre peut aller vers une fraîcheur anisée et une bouche ample ; La Truffière peut être plus discrète au départ, derrière des notes grillées et fumées. Quelques minutes dans le verre donnent souvent une meilleure idée du vin que la première impression seule.
À table, nous proposerions un poisson rôti au fenouil, une volaille avec un jus court ou des légumes racines accompagnés d’une sauce légèrement crémeuse. Nous privilégions des assiettes savoureuses, sans sauce trop sucrée ni piment dominant. Le point commun est simple : une texture tendre dans l’assiette répond à la matière du blanc, tandis qu’un assaisonnement mesuré laisse vivre ses nuances.
Roboul appelle une autre cuisine. Servi vers 15 à 16 °C, il peut accompagner une pintade rôtie, une aubergine confite ou une assiette de lentilles aux herbes. Nous chercherions ici la souplesse et la fraîcheur plutôt qu’un accord fondé sur la puissance. Pour la garde, nous préférons garder Roboul sur cet élan de fruit et laisser davantage de patience à une Truffière blanche encore fermée. Dans une cave fraîche et stable, quelques années peuvent aider son expression à se délier ; l’année et l’évolution de la bouteille guident le moment d’ouverture, sans calendrier identique pour toute la gamme.
Les vins Danjou-Banessy que nous référençons
Notre catalogue cite exactement « IGP Côtes Catalanes "Clot dels Escounils" - Domaine Danjou-Banessy », « IGP Côtes Catalanes "Roboul" - Domaine Danjou-Banessy » et « IGP Côtes Catalanes "Truffière" - Domaine Danjou-Banessy ». Ces trois noms permettent de suivre plusieurs facettes du domaine, du patrimoine des vieux cépages au choix d’une cuvée pour le repas. Le nom Truffière existe en blanc et en rouge dans la gamme du producteur : nous faisons donc préciser la couleur quand nous en parlons ensemble.
À Ferney-Voltaire comme à Saint-Genis-Pouilly, nous partons volontiers de ce que vous aimez : un rouge délié, un blanc de texture ou une bouteille à laisser évoluer. Pour connaître la disponibilité de la cuvée et de l’année recherchées, dites-nous simplement ce que vous préparez : nous vous répondrons franchement.
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