Histoires de vignerons

Les Vins de Vienne : trois vignerons à la reconquête de Seyssuel

Publié le 2026-10-06 · 5 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

Sur la rive gauche du Rhône, face aux grands coteaux du Rhône septentrional, Seyssuel a longtemps gardé ses pentes sans garder son vignoble. En 1996, Yves Cuilleron, Pierre Gaillard et François Villard décident de remettre la vigne dans des friches où peu de monde l’attend encore. Les Vins de Vienne naissent de ce pari commun. Leur projet ne cherche pas à copier Côte-Rôtie ou Condrieu de l’autre côté du fleuve : il remet en lumière des schistes, des expositions et des noms propres à Seyssuel. Nous aimons cette histoire parce qu’elle parle autant d’amitié que de terroir. Sotanum, Taburnum et Heluicum permettent aujourd’hui de lire le lieu en rouge et en blanc, avec la syrah et le viognier comme interprètes.

En 1996, trois vignerons retournent sur les pentes de Seyssuel

Yves Cuilleron, Pierre Gaillard et François Villard font partie de la génération qui a redonné de l’élan au Rhône nord dans les années 1980 et 1990. Chacun possède déjà son domaine, son expérience et sa manière de travailler. Leur association ne naît donc pas d’un manque de savoir-faire, mais d’une intuition partagée : les coteaux abandonnés de Seyssuel peuvent de nouveau porter de grands vins. En 1995, la question est posée entre eux ; l’année suivante, Les Vins de Vienne sont créés et les premières parcelles sont plantées ou remises en culture.

Le premier vin rouge, Sotanum, paraît avec le millésime 1998. Taburnum, le blanc, suit en 2000, puis Heluicum en 2004. Ces dates racontent une progression prudente. Le trio commence par la syrah, poursuit avec le viognier et ajoute un second rouge issu de parcelles plantées plus tard. Les trois noms font écho à la mémoire ancienne des vins de Vienne, mais les bouteilles appartiennent bien à un projet contemporain, conduit depuis Chavanay.

Nous voyons dans cette chronologie une leçon de vigneron : un vignoble ne renaît pas dans un discours. Il faut défricher, planter, attendre les premiers raisins, comprendre les parcelles puis donner à chaque vin une place distincte. La force du projet tient à cette patience et au fait que trois personnalités reconnues ont choisi de travailler ensemble plutôt que de signer chacune sa propre cuvée de Seyssuel.

Des schistes, une exposition sud-sud-ouest et des pentes jusqu’à 60 %

Seyssuel se trouve sur la rive gauche du Rhône, au nord de Vienne. Les coteaux regardent le sud et le sud-ouest ; ils reçoivent la lumière de l’après-midi et dominent le couloir du fleuve. Sous les vignes, les schistes quartziteux et micacés se fragmentent en feuillets et se réchauffent vite. Taburnum repose plus précisément sur des micaschistes, tandis que Sotanum et Heluicum viennent de schistes mêlant quartz et mica.

La pente donne du relief au paysage, mais surtout du travail. Certaines parcelles atteignent 60 %. Les terrasses et leurs murets doivent résister à l’érosion, les passages de machines restent limités et une grande partie des gestes se fait à la main. Les vignes sont conduites sur échalas ou en cordon de Royat selon les parcelles, avec un enherbement maîtrisé et un travail mécanique du sol. Ce cadre explique pourquoi la renaissance de Seyssuel a demandé plus qu’une bonne idée : il fallait reconstruire un outil viticole sur un relief exigeant.

Le secteur relève de l’IGP Collines Rhodaniennes. Ce statut n’enlève rien à la précision du lieu ; il permet de nommer les cépages et de travailler ces coteaux en dehors des appellations voisines. Dans le verre, la syrah garde son registre de fruits noirs ou rouges, de violette et d’épices, tandis que le viognier apporte fleurs, fruits jaunes et ampleur. Nous retrouvons la famille aromatique du Rhône nord, mais avec la voix propre de Seyssuel.

Sotanum et Heluicum : deux lectures de la syrah

Sotanum vient de sept parcelles en propriété, dont les premières vignes ont été plantées en 1996. La syrah est vendangée puis vinifiée sur plusieurs semaines avant un élevage de seize mois en fûts de chêne français. Le style est ample, structuré et épicé, avec un fruit sombre qui s’élargit en bouche. Nous le servons à 16 ou 17 °C, jamais à température d’une pièce trop chauffée. Un magret aux cèpes, un tournedos ou une côte de bœuf lui donnent assez de matière sans couvrir ses nuances.

Heluicum naît de parcelles plantées en 2001 et suit un élevage plus court, de douze mois. La syrah y paraît plus immédiate : fruits rouges, épices, tanins soyeux et mouvement gourmand. À table, un tajine d’agneau, un lapin aux pruneaux ou une épaule rôtie accompagnent naturellement ce mélange de fruit et de poivre. La même température de 16 à 17 °C lui convient ; sur un vin jeune, une heure en carafe peut assouplir l’ensemble et libérer les arômes.

Les deux rouges ne forment pas une hiérarchie. Sotanum porte davantage de profondeur et peut évoluer dix à quinze ans dans de bonnes conditions de cave. Heluicum s’apprécie plus tôt tout en pouvant se garder sept à huit ans. Ces repères viennent du style des cuvées, pas d’une obligation d’attendre. Nous choisissons Sotanum pour une table qui appelle de la structure et Heluicum lorsque le fruit, les épices et des tanins plus souples doivent rester au premier plan.

Taburnum : le viognier ample qui garde sa table

Taburnum est issu de deux parcelles en propriété, plantées à partir de 1999. Le viognier pousse sur les micaschistes de Seyssuel et fermente en fûts à basse température avec les levures indigènes. L’élevage se poursuit sur lies en fûts de chêne français. Ce travail donne un blanc ample et floral, marqué par le fruit et les épices, mais construit pour garder de l’équilibre plutôt que pour rechercher le parfum seul.

Nous le servons entre 14 et 15 °C dans un verre à blanc assez large. Plus froid, le viognier se referme et l’élevage prend le dessus ; plus chaud, l’ampleur peut paraître lourde. Un filet mignon au thym, une volaille rôtie, un picodon ou des ravioles aux champignons mettent en valeur sa texture. Sur une cuisine légèrement épicée, il vaut mieux rester sur des sauces parfumées que brûlantes afin de préserver le fruit du vin.

Sa garde annoncée de cinq à sept ans permet de choisir entre deux visages. Dans sa jeunesse, Taburnum montre davantage les fleurs, le fruit jaune et la fraîcheur. Avec quelques années, la texture s’arrondit et les notes épicées prennent plus de place. Nous n’en faisons pas un blanc d’apéritif servi glacé : sa température, son volume et son élevage l’installent plus naturellement au début ou au cœur du repas.

Ce que nous référençons des Vins de Vienne

Notre catalogue suit trois libellés exacts qui racontent ensemble Seyssuel : « IGP Collines Rhodaniennes "Heluicum" - Les Vins de Vienne », « IGP Collines Rhodaniennes "Sotanum" - Les Vins de Vienne » et « IGP Collines Rhodaniennes "Taburnum" - Les Vins de Vienne ». Deux syrahs et un viognier permettent de comparer la profondeur de Sotanum, le fruit épicé d’Heluicum et l’ampleur florale de Taburnum sans quitter les mêmes coteaux.

À Ferney-Voltaire comme à Saint-Genis-Pouilly, nous pouvons vous aider à choisir selon le plat, le temps de garde et le style recherché. Leur disponibilité se vérifie en boutique au moment de votre demande.

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