Tariquet : une famille d’Armagnac devenue maison de vins blancs
Tariquet évoque aujourd’hui le blanc de Gascogne, mais son histoire commence avec l’armagnac. À Eauze, une famille a changé la destination de ses raisins sans abandonner ses racines. Nous aimons ce cheminement : derrière un blanc facile à partager se cachent une transmission, des choix de cave et plusieurs façons de laisser parler le fruit.
D’un montreur d’ours aux vignes d’Eauze
En 1912, Pierre Artaud et son fils Jean-Pierre réunissent leurs économies pour acheter le Domaine Tariquet, dans le Gers. Pierre a quitté les montagnes ariégeoises pour les États-Unis, où il exerce le métier de montreur d’ours ; Jean-Pierre travaille comme barman à New York. Leurs économies deviennent une maison à restaurer, des terres agricoles et sept hectares de vignes. Cette histoire d’émigration précède donc celle des blancs que l’on connaît aujourd’hui.
L’armagnac était déjà produit sur la propriété au XVIIe siècle. La vigne s’inscrit alors dans une ferme où cohabitent élevage et polyculture. En 1946, Hélène Artaud et Pierre Grassa se marient et reprennent ensemble le domaine. Ils développent la production d’armagnac tout en conservant les autres activités agricoles. Le nom Grassa rejoint ainsi celui des Artaud dans l’histoire de la maison.
Leurs enfants Maïté et Yves prennent le relais en 1972. L’armagnac, jusque-là vendu en barriques aux négociants, commence à être mis en bouteille au domaine. Maïté parcourt la France pour le présenter aux cavistes et aux restaurateurs. La famille ne change pas seulement de taille : elle choisit de porter elle-même son nom jusqu’à celui qui ouvrira la bouteille.
1982 : l’ugni blanc prend un autre chemin
Le tournant arrive en 1982. Yves Grassa décide de vinifier un blanc sec et frais avec l’ugni blanc, cépage historiquement destiné à l’armagnac. La cuvée Classic naît de ce pari. Une même variété peut servir de base à une eau-de-vie ou devenir un vin à boire à table : ce sont la conduite de la vigne, la récolte et le travail au chai qui changent la destination du raisin.
Pour garder les arômes du fruit, le domaine réduit les contacts avec l’air pendant la récolte et conserve ensuite les vins au froid. Ce travail cherche à limiter l’oxydation, qui peut émousser les parfums délicats. Nous y voyons une explication concrète du style Tariquet : la fraîcheur n’est pas seulement une impression donnée par l’étiquette ou la température de service, elle se prépare bien avant l’ouverture.
Yves introduit aussi sauvignon, chardonnay et chenin, tout en donnant une place aux gros et petit mansengs. La gamme s’élargit sans abandonner l’armagnac. Ses fils Armin et Rémy rejoignent l’exploitation en 1999, puis prennent le relais en 2005. Les vins et les Bas-Armagnacs restent issus des vignes de la propriété familiale. Cette continuité relie deux métiers différents, celui du vin frais et celui de l’eau-de-vie patiemment vieillie.
Côté : l’assemblage né d’une cuve mise à part
En 1995, du chardonnay et du sauvignon sont assemblés par accident pendant les vendanges. La cuve est mise de côté, puis le mariage se révèle suffisamment intéressant pour devenir une cuvée. Le nom Côté garde la trace de cet épisode. Aujourd’hui, l’assemblage réunit les deux cépages à parts égales : moitié chardonnay, moitié sauvignon, dans un blanc sec des Côtes de Gascogne.
Le chardonnay apporte de la rondeur, tandis que le sauvignon donne un relief floral et une sensation de vivacité. Le registre aromatique associe agrumes, mangue et pamplemousse rose. À table, nous irions vers des langoustines, un tartare de thon, une raie au beurre blanc ou des falafels. Le gras de la sauce et la fraîcheur du vin se répondent mieux qu’une recherche de puissance.
Nous le servirions autour de 9 à 10 °C, puis laisserions le verre se réchauffer légèrement. Trop froid, le vin perdrait une partie de son parfum. Pour les blancs secs de ce style, l’intérêt se trouve d’abord dans la jeunesse : un à deux ans après la récolte constituent un repère simple, avec une préférence pour le fruit des premières années plutôt qu’une longue attente en cave.
Les grives accompagnent deux vendanges d’automne
Avec Premières Grives, la douceur entre dans la gamme sans faire disparaître la fraîcheur. Cette cuvée vient du gros manseng récolté bien mûr à l’automne. Elle garde un registre d’agrumes et de fruits exotiques, notamment ananas et mangue, qui évolue vers les fruits confits. La bouche légèrement moelleuse convient à une volaille à la crème, des crevettes au lait de coco ou un curry peu pimenté. Nous pensons aussi à une Fourme d’Ambert : le sel du fromage donne une bonne raison à cette douceur.
Dernières Grives prend un autre chemin. Le petit manseng reste sur la vigne jusqu’à une maturité plus avancée, en fin d’automne. Le vin doux fermente puis séjourne en fûts de chêne un peu plus d’un an, avant plusieurs mois en cuve inox. Les parfums vont vers l’abricot sec, les fruits confits, le pain grillé et les épices, avec une note de truffe blanche qui peut se développer avec l’âge.
Pour ces deux vins, 8 à 10 °C donnent un départ frais sans effacer la texture. Premières Grives se prête à une consommation dans les trois à quatre ans ; Dernières Grives possède un horizon de cinq à dix ans dans une cave stable. Une tarte Tatin, des figues rôties ou un morceau de roquefort conviennent au second. Nous réserverions le blanc sec au poisson et garderions le vin doux pour le moment où le plat appelle vraiment cette richesse.
Les Tariquet que nous référençons
Notre catalogue porte exactement les libellés « IGP Côtes de Gascogne "Côté" - Domaine Tariquet », « IGP Côtes de Gascogne "Premières Grives" - Domaine Tariquet » et « IGP Côtes de Gascogne Moelleux "Dernières Grives" - Domaine Tariquet ». Ils donnent trois entrées dans une même histoire familiale : l’assemblage sec, la douceur du gros manseng et le petit manseng plus tardif.
Chez nous, le conseil commencerait par le menu. Un poisson au beurre blanc nous ferait regarder Côté ; une volaille à la crème ou un plat doucement épicé orienterait vers Premières Grives ; un bleu ou un dessert aux fruits cuits donnerait sa place à Dernières Grives. Ce choix est plus parlant que l’idée d’un seul « vin de Gascogne » censé convenir à tout.
La disponibilité de ces cuvées évolue dans nos boutiques de Ferney-Voltaire et de Saint-Genis-Pouilly ; dites-nous le repas que vous préparez, nous vous répondrons franchement.
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