Histoires de vignerons

De Martino : retrouver les lieux derrière les cépages du Chili

Publié le 2026-10-18 · 5 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

Le Chili ne se résume pas à une rangée de noms de cépages. Chez De Martino, une famille installée à Isla de Maipo a aussi regardé vers les vieux vignobles du sud et les jarres dans lesquelles on faisait autrefois le vin. Nous aimons cette histoire parce qu’elle remet des lieux et des gestes derrière les étiquettes : un carménère de Maipo et un cinsault d’Itata ne racontent pas le même pays.

Isla de Maipo, le point de départ d’une famille italienne

En 1934, Pietro De Martino arrive d’Italie au Chili. La famille prend racine à Isla de Maipo, au sud de Santiago, dans un paysage de sols caillouteux et de climat méditerranéen. Quatre générations ont depuis participé à l’histoire de la maison. Marco Antonio et Sebastián incarnent cette quatrième génération, après Pietro, Marco et Remo.

Ce point de départ compte : De Martino n’est pas une marque créée pour réunir au hasard des raisins venus de partout. C’est une maison ancrée dans Maipo qui a progressivement élargi son regard. La recherche d’autres vignobles vient s’ajouter à cet héritage, pas le remplacer. À travers elle, le Chili cesse d’être une origine uniforme : il devient une succession de paysages agricoles, avec leurs habitudes et leurs façons de travailler.

En 2011, changer le style plutôt que poursuivre la concentration

Au tournant des années 2010, la famille et l’équipe de cave revoient leur manière de faire. Le mouvement prend une forme nette à partir de 2011 : moins chercher la concentration et le poids, davantage la fraîcheur, l’équilibre et le plaisir de boire. Marcelo Retamal, alors œnologue de la maison, participe à cette inflexion et à l’exploration d’Itata.

Le recul du bois neuf fait partie de ce changement. Il ne s’agit pas de décréter qu’une barrique serait mauvaise, mais de ne plus laisser son empreinte devenir le sujet principal du vin. Nous trouvons ce choix intéressant pour comprendre une maison : son identité ne tient pas seulement aux cépages qu’elle travaille. Elle tient aussi à ce qu’elle décide de moins imposer aux raisins. Un changement de cap peut ainsi prolonger une histoire familiale au lieu de la renier.

À Itata, retrouver un paysage viticole longtemps tenu à l’écart

Plus au sud, Itata possède une histoire viticole ancienne, bien antérieure à l’image moderne des grandes vallées exportatrices du Chili. La vigne y accompagne des exploitations paysannes et des traditions de vinification qui ont longtemps vécu loin des projecteurs. Dans les collines de Guarilihue, la proximité du Pacifique apporte une influence maritime ; les sols granitiques peuvent contenir du quartz.

C’est dans ce paysage que De Martino s’intéresse au cinsault et aux vieux vignobles. Les premières explorations de 2011 débouchent sur un travail qui associe le raisin, les cultivateurs et les contenants locaux. Le voyage ne consiste donc pas simplement à ajouter une région à une gamme. Il conduit à prendre au sérieux une autre culture du vin, avec des moyens parfois modestes et une mémoire que la modernisation n’avait pas entièrement effacée.

Les tinajas, des jarres revenues au travail de cave

Les tinajas sont des jarres de terre cuite utilisées pour élaborer le vin. De Martino rassemble d’anciens exemplaires, dont certains ont plus d’un siècle, pour y faire fermenter puis séjourner du cinsault d’Itata. Ce retour au contenant ancien donne naissance au projet Viejas Tinajas. L’important n’est pas l’allure de l’objet, mais le fait qu’il retrouve un usage.

La jarre n’apporte pas le registre aromatique d’un fût neuf. Elle permet ici de travailler sans faire du goût du chêne le fil conducteur. Pour autant, nous ne confondons pas contenant et recette universelle : dans cette histoire précise, les tinajas ont du sens parce qu’elles renouent avec un savoir-faire chilien et accompagnent un raisin venu d’Itata. Le geste est plus intéressant que le mot « amphore », devenu très visible sur les étiquettes.

Dans le verre, chercher le fruit avant la démonstration

Le cinsault du projet Viejas Tinajas permet de comprendre ce virage : du fruit, une sensation rafraîchissante et une manière plus déliée d’aborder le rouge. Ce n’est pas le registre massif que l’on associe parfois trop vite aux vins chiliens. Nous pensons ici au cinsault d’Itata, pas à un portrait valable pour tous les rouges de la maison.

Pour ce type de rouge, nous conseillons un service autour de 14 à 15 °C, puis de le laisser évoluer tranquillement dans le verre. Une température trop élevée ferait perdre le relief recherché. À table, nous l’orienterions vers un poulet rôti, des légumes grillés ou une terrine : des plats qui laissent une place au fruit, sans demander une puissance tannique considérable. La bonne rencontre se joue ici dans la légèreté du geste, pas dans la recherche d’une assiette spectaculaire.

Maipo et Itata ne s’effacent pas derrière un même nom

L’intérêt de cette trajectoire est de conserver plusieurs échelles de lecture. Maipo reste le berceau familial ; Itata ouvre une autre histoire, celle de vignobles anciens et de gestes retrouvés. Le nom De Martino les relie, mais ne les rend pas interchangeables. Avant même de parler d’élevage, l’origine du raisin donne une direction à la conversation.

C’est aussi une bonne façon de parcourir le Chili sans se perdre : partir d’une maison, puis regarder où elle travaille et ce qu’elle choisit d’y faire. Notre portrait d’Errázuriz permet d’aborder un autre ancrage, autour d’Aconcagua ; celui de Valdivieso suit la logique différente de l’assemblage Caballo Loco. Chez De Martino, le fil qui nous retient aujourd’hui est celui d’un retour vers des vignobles et des outils anciens, à l’intérieur d’une entreprise familiale toujours en mouvement.

Les De Martino que nous référençons

Notre catalogue comprend les libellés exacts « Carmenère "Legado" - de Martino, Maipo Valley », « Chardonnay "Legado" - De Martino, Valle de Limari » et « Sauvignon Blanc Estate - De Martino, Valle de Casablanca ». Ils dessinent déjà plusieurs origines derrière une même signature. Le récit des tinajas éclaire le parcours du domaine ; il ne signifie pas que ces trois vins sont élaborés dans ces jarres.

Chez nous, à Ferney-Voltaire ou à Saint-Genis-Pouilly, nous pouvons partir de ce que vous aimez et du plat prévu pour choisir entre ces directions. Les références et les années disponibles se confirment en boutique. L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

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Dites-nous ce que vous préparez, ce que vous aimez et le budget que vous souhaitez garder. Un caviste de Ferney-Voltaire ou de Saint-Genis-Pouilly vous répond simplement.

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