Domaine Alexandre Bonnet : le pinot noir des Riceys, de la bulle au vin tranquille
Aux Riceys, le pinot noir ne suit pas un seul chemin. Il peut devenir un Champagne blanc, un rosé de macération, un Rosé des Riceys tranquille ou un coteaux-champenois rouge. Le Domaine Alexandre Bonnet travaille précisément cette diversité, entre assemblages et parcelles nommées. Nous y voyons une belle manière de comprendre le sud de la Champagne : le cépage reste le même, mais la pente, l’exposition et la vinification déplacent le goût. La bulle n’efface pas le terroir ; elle en propose une lecture parmi d’autres.
Les Riceys : trois appellations autour d’un même coteau
Les Riceys se trouvent dans la Côte des Bar, au sud de la Champagne, près de la Bourgogne. La Laignes traverse ce village de pierre entouré de coteaux. Avec 866 hectares de vignes, la commune porte la plus grande surface viticole de Champagne. Le paysage n’est pourtant pas uniforme : les pentes changent d’orientation, l’altitude varie et le calcaire du Kimmeridgien affleure par endroits sous les marnes.
Ce sous-sol relie Les Riceys à d’autres grands vignobles installés sur des formations jurassiques, mais il ne suffit pas à résumer le vin. Une vigne exposée au levant garde une lumière plus fraîche ; une pente tournée au sud reçoit davantage de chaleur ; une parcelle escarpée draine différemment. Pour le pinot noir, ces écarts comptent : ils déplacent la maturité, la finesse du fruit, la tension et la profondeur de bouche.
Le village réunit trois appellations : Champagne, Coteaux Champenois et Rosé des Riceys. La première donne les vins effervescents que tout le monde connaît. La deuxième couvre des vins tranquilles, rouges, blancs ou rosés. La troisième est un rosé tranquille issu du pinot noir, produit sur les coteaux des Riceys. Nous aimons rappeler cette coexistence, car elle montre que la Champagne est d’abord une région viticole avant d’être une méthode de prise de mousse.
Le pinot noir des Riceys ne se limite pas à la puissance
Le pinot noir de la Côte des Bar est parfois résumé par des mots comme « vineux » ou « charpenté ». Ils peuvent être justes, mais ils deviennent réducteurs lorsqu’ils font oublier les agrumes, les fleurs, le fruit rouge frais et cette finale crayeuse qui donne de l’élan. Chez Alexandre Bonnet, les expressions parcellaires rendent ces nuances très lisibles. Une contrée orientée au levant peut aller vers les épices et une énergie saline ; une exposition au nord garde un dessin plus ciselé, floral et citronné.
Dans un Blanc de Noirs, la peau noire du raisin n’impose pas la couleur : le pressurage sépare rapidement le jus des pellicules. Le vin reste blanc, mais il conserve souvent une matière plus large qu’un Champagne dominé par le chardonnay. Nous cherchons alors un équilibre entre la chair du fruit, la fraîcheur et la longueur. Les bulles doivent soutenir le vin, pas le rendre agressif.
La macération change la perspective. En laissant le jus au contact des peaux, le vigneron extrait couleur, arômes et tanins. Le rosé prend des notes de fraise, de framboise, d’orange sanguine et d’épices, avec une texture plus proche d’un vin de table. Sans prise de mousse, le Rosé des Riceys va encore plus loin dans cette lecture du pinot noir : c’est un vin tranquille, délicat mais construit, qui demande d’être servi comme un rouge léger plutôt que comme un rosé glacé.
Assemblages et contrées : deux échelles pour lire le domaine
Le Domaine Alexandre Bonnet présente d’un côté ses assemblages, de l’autre ses « Contrées ». Le premier travail consiste à réunir plusieurs parcelles et parfois plusieurs années pour obtenir un style cohérent. Un Blanc de Noirs d’assemblage montre alors le visage général du pinot noir des Riceys : fruit, ampleur, fraîcheur et finale saline. C’est souvent la porte d’entrée la plus claire pour découvrir le domaine.
Les Contrées resserrent le regard. Les Vignes Blanches, Hardy ou La Forêt ne sont plus seulement des noms de cuvées : elles désignent des lieux dont l’exposition et la pente orientent le vin. Le même cépage peut ainsi donner un Champagne épicé et énergique, un autre plus floral et tendu, ou un rosé de macération plus profond. Nous ne prétendons pas qu’un coteau se reconnaît à l’aveugle comme on reconnaît un fruit ; nous observons plutôt une famille de textures et de rythmes.
La cuvée issue des sept cépages champenois ajoute une autre dimension. Pinot noir, chardonnay et meunier y côtoient les variétés historiques plus rares que sont l’arbane, le petit meslier, le pinot blanc et le pinot gris. Son intérêt n’est pas la collection pour elle-même. L’assemblage montre comment des acidités, des parfums et des maturités différentes peuvent composer un vin cohérent. C’est une leçon de Champagne particulièrement parlante dans un domaine qui sait aussi isoler ses parcelles.
À table : températures, accords et garde sans compliquer
Nous servons un Blanc de Noirs entre 9 et 10 °C, dans un verre à vin blanc plutôt que dans une flûte étroite. À cette température, les agrumes, les fleurs, la pomme mûre et les petits fruits rouges restent nets, tandis que la bouche conserve sa largeur. À table, ce profil accompagne des gougères, une truite ou une féra du Léman, une volaille rôtie, des champignons ou un comté encore jeune. Une cuvée plus vineuse peut suivre tout le repas.
Pour un rosé de macération effervescent, 10 ou 11 °C donnent davantage de relief au fruit et aux épices. Nous l’aimons avec un thon juste saisi, un canard rosé, une côte de veau ou une cuisine légèrement fumée. Le Rosé des Riceys tranquille mérite 13 ou 14 °C et un verre assez large. Sa fraise mûre, ses herbes sèches et sa trame fine vont bien avec une volaille aux légumes rôtis, un jambon persillé ou un fromage à pâte pressée peu affiné.
La garde dépend de la cuvée, mais quelques repères simples évitent les attentes inutiles. Un Blanc de Noirs d’assemblage peut se boire dans sa jeunesse et évoluer trois à cinq ans dans une cave stable. Une Contrée millésimée plus structurée peut gagner en complexité sur cinq à dix ans : le fruit frais se déplace vers les agrumes confits, la brioche, les épices et les fruits secs. Pour un Rosé des Riceys bien né, nous donnons volontiers un horizon de cinq à huit ans, parfois davantage. Dans tous les cas, la bouteille reste couchée, à l’abri de la lumière et des écarts de température.
Ce que nous référençons du Domaine Alexandre Bonnet
Notre catalogue suit plusieurs visages du domaine. Pour comparer deux Blancs de Noirs de lieu, nous référençons les libellés exacts BLANC DE NOIRS EXTRA BRUT "Hardy" - Domaine Alexandre BONNET et BLANC DE NOIRS EXTRA BRUT "Les Vignes Blanches" - Domaine Alexandre BONNET. Ils permettent de passer d’une idée générale du pinot noir à une lecture plus précise des expositions.
Nous référençons également BRUT NATURE "La Géande" - Domaine Alexandre BONNET, cuvée qui ouvre la porte aux cépages historiques, ainsi que EXTRA BRUT ROSE - Domaine Alexandre BONNET. Le libellé BRUT RESERVE - Domaine Alexandre BONNET montre le travail d’assemblage, tandis que COTEAUX CHAMPENOIS Blanc - Domaine Alexandre BONNET rappelle que la propriété ne se limite pas aux vins effervescents.
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