Accords et gestes utiles

Domaine Paccot–La Colombe : du chasselas de Féchy au pinot noir à table

Publié le 2026-09-04 · 6 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

À Féchy, les vignes descendent doucement vers le Léman et le chasselas porte souvent le nom du lieu plutôt que celui du cépage. La famille Paccot travaille ce paysage depuis quatre générations au Domaine La Colombe. Son vin blanc traditionnel vient de plusieurs parchets de Féchy ; ses pinots noirs donnent un autre visage de La Côte vaudoise, plus floral, plus terrien et bâti pour la table. Nous aimons réunir ces vins dans un même article parce qu’ils répondent à une vraie question de caviste : que servir avec la cuisine de notre région quand on veut rester fin, frais et précis, sans réduire le vin vaudois à la seule fondue ?

À Féchy, quatre générations face au Léman

L’histoire commence avec Jules Paccot, fils d’un saisonnier savoyard, qui achète ses premiers parchets à Féchy. Son fils Roger lui succède et crée la cave La Colombe en 1961. Raymond, fils aîné de Roger, choisit ensuite de revenir au village comme vigneron et œnologue. Aujourd’hui, Laura représente la quatrième génération, entourée de Raymond, de Violaine et de l’équipe du domaine. Cette continuité n’a rien d’un décor : elle relie des parcelles, une cave et une manière de regarder la vigne sur plusieurs décennies.

Féchy appartient à La Côte, cette longue bande viticole du canton de Vaud qui accompagne le Léman entre Genève et Lausanne. Le chasselas y occupe une place centrale. Son caractère n’est pas celui d’un cépage démonstratif : il donne des vins fins, retenus, capables de laisser parler un sol, une pente et un élevage. Dans le canton, les noms de villages et de lieux — Féchy, Yvorne ou Dézaley, par exemple — comptent souvent davantage dans la conversation que le mot « chasselas » lui-même.

La biodynamie a été introduite progressivement au domaine à partir de 1999 et concerne aujourd’hui l’ensemble du vignoble. Les sols sont entretenus mécaniquement, sans désherbant chimique ; le marc est composté avec du fumier avant de revenir à la vigne ; les vendanges sont manuelles et les raisins arrivent au pressoir en petites cagettes. Nous retenons surtout la cohérence de l’ensemble : la culture, le tri, le pressurage lent et les fermentations avec les levures présentes sur les raisins cherchent tous à préserver l’identité de chaque vin.

Le chasselas de Féchy parle avec retenue

« La Colombe » est la cuvée traditionnelle du domaine. Elle réunit plusieurs parchets de Féchy, vinifiés séparément puis élevés sur lies avant l’assemblage au printemps. Cette façon de faire garde la nuance de chaque parcelle pendant l’élevage, puis recherche une expression commune du village. Dans le verre, le chasselas avance sans grand effet de manche : pomme fraîche, poire, agrumes doux, fleurs blanches et une finale qui peut prendre un relief crayeux ou légèrement salin.

Nous le servons entre 10 et 12 °C, jamais glacé. À 6 ou 7 °C, sa discrétion devient mutisme ; autour de 11 °C, le fruit, les fleurs et la texture des lies retrouvent leur place. Un verre blanc de taille moyenne suffit, avec une ouverture une vingtaine de minutes avant le repas. La carafe n’est pas nécessaire pour une cuvée jeune, mais un chasselas ayant passé quelques années en cave gagne parfois à respirer doucement dans le verre.

Sa garde utile se situe, pour notre conseil, autour de deux à quatre ans pour profiter de l’éclat du fruit. Une bouteille bien née peut aller plus loin et développer des notes de cire fine, de fruits secs et d’herbes séchées. Nous ne recherchons pas l’âge pour lui-même : le charme du chasselas tient souvent à cet équilibre entre une matière légère, une acidité paisible et une finale qui donne envie de revenir au verre.

Girarde et Colombe Noire, deux rythmes de pinot noir

La Girarde vient d’un coteau de Féchy planté en terrasse, avec une pente de 40 à 50 % dessinant un amphithéâtre. Le sol argilo-calcaire repose sur une moraine et le lieu connaît des journées chaudes suivies de nuits fraîches. Planté en 1988, ce parchet a d’abord donné un rosé, puis a rejoint l’assemblage de La Colombe Noire avant d’être isolé. Son pinot noir cherche la fraîcheur, le fruit rouge et une trame minérale plutôt que la force.

La Colombe Noire prend davantage de temps. Elle vient de vignes de pinot noir âgées de cinquante ans et plus. La macération dépasse vingt jours, puis l’élevage dure de douze à dix-huit mois en barriques ou en foudres selon l’année. Les petits fruits rouges, la cerise et le pétale de rose composent son registre. Le vin reste délicat, mais sa profondeur et son élevage lui donnent une carrure plus patiente.

Nous servons ces deux rouges entre 14 et 16 °C. Girarde peut accompagner une volaille rôtie, un filet de veau ou des champignons dès ses premières années ; une garde de quatre à sept ans laisse son toucher se fondre. La Colombe Noire appelle volontiers un canard rosé, un pigeon ou une viande mijotée sans sauce trop sucrée. Nous lui donnons plutôt six à douze ans dans une cave fraîche et stable. Sur une bouteille jeune, une heure d’ouverture suffit souvent ; sur une année plus ancienne, nous préférons un service calme sans carafage énergique.

Un repas lémanique du poisson au fromage

Le chasselas de Féchy trouve d’abord sa place avec les poissons du Léman. Une féra simplement poêlée, une perche meunière peu beurrée ou un omble chevalier aux herbes demandent de la fraîcheur, pas un blanc marqué par le bois. La Colombe suit le poisson sans couvrir sa chair et rejoint naturellement le citron, le persil ou une sauce légère. Avec une préparation plus crémée, nous le laissons remonter d’un degré dans le verre pour que sa texture réponde au plat.

Il fonctionne aussi avec un fromage à pâte pressée peu affiné, une tarte fine aux poireaux ou une volaille à la crème. La fondue reste un accord possible, mais elle n’épuise pas le sujet. Ce qui compte est la combinaison entre le sel, le gras fondu et la fraîcheur du vin. Nous évitons simplement de servir le chasselas trop froid : le fromage semblerait alors plus lourd et le vin plus maigre.

Le passage au pinot noir permet de poursuivre le repas sans changer brutalement de registre. Girarde garde assez d’élan pour une volaille et assez de finesse pour des légumes rôtis. La Colombe Noire convient mieux lorsque le plat gagne en profondeur. Nous construisons ainsi un ordre simple : chasselas avec l’entrée ou le poisson, Girarde avec la volaille, puis Colombe Noire avec une viande plus goûteuse. Les températures proches rendent l’enchaînement naturel et laissent chaque vin parler à son rythme.

Ce que nous référençons chez les Paccot

Notre catalogue cite exactement « La Colombe - Domaine Paccot, Féchy Vaud », le chasselas traditionnel qui réunit plusieurs parchets du village. Il cite aussi « Girarde "Réserve" - Domaine Paccot, Vaud », un pinot noir issu d’un coteau pentu que la famille a choisi d’isoler pour sa personnalité.

Nous référençons également « La Colombe Noire Réserve - Domaine Paccot, Vaud ». Ces trois libellés tracent un chemin lisible entre le blanc emblématique de Féchy et deux expressions de pinot noir. Dans nos boutiques de Ferney-Voltaire et de Saint-Genis-Pouilly, nous pouvons les replacer dans un repas, une température de service et un horizon de garde plutôt que de les réduire à une origine sur l’étiquette.

La présence de ces cuvées dans nos deux boutiques varie avec les arrivages.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

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