Histoires de vignerons

Luigi Pira : trois parcelles, trois visages de Serralunga d’Alba

Publié le 2026-09-07 · 6 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

À Serralunga d’Alba, trois parcelles presque voisines suffisent à changer la voix du nebbiolo. Margheria tend vers l’élégance, Marenca vers la puissance, Vignarionda vers une profondeur plus complexe. La famille Pira les vinifie séparément pour que ces nuances restent lisibles. Nous aimons cette approche parce qu’elle ramène le Barolo à quelque chose de concret : un lieu, une matière de tanins, un temps de cave et une place précise à table.

Cinq générations sur les collines de Serralunga

La famille Pira est liée aux collines de Serralunga d’Alba depuis la fin du XIXe siècle. Dans les années 1950, Luigi Pira et son épouse Rosa transforment l’exploitation en domaine viticole. Une nouvelle étape arrive au début des années 1990 : leurs fils Gianpaolo, Romolo et Claudio commencent à mettre les vins en bouteille sous le nom familial. Aujourd’hui, Gianpaolo travaille avec son épouse Tiziana et leurs filles Annalisa et Elena, de la vigne aux dégustations au domaine.

Cette continuité donne du sens à la gamme. Il ne s’agit pas seulement de produire plusieurs Barolos, mais de conserver l’identité de vignes que la famille connaît dans le détail. Le village de Serralunga d’Alba appartient aux onze communes de l’aire du Barolo. Ses coteaux portent notamment les formations de Lequio, une géologie associant marnes et grès qui favorise des rouges structurés, fermes dans leur jeunesse et capables de vieillir.

Le Barolo est toujours issu à 100 % de nebbiolo. Son cahier des charges impose au moins trois années d’élevage à compter du 1er novembre suivant la récolte, dont dix-huit mois sous bois ; la mention Riserva demande cinq années. Ce temps minimum ne rend pas tous les vins identiques. Le relief, l’exposition, l’âge des vignes et le choix des contenants continuent de dessiner des expressions très différentes.

Margheria, Marenca et Vignarionda : trois lieux proches, trois matières

Les trois crus se trouvent sur le versant occidental de Serralunga. Leur proximité pourrait laisser croire à une seule signature. Pourtant, les pentes, les expositions et les microclimats changent assez pour que la famille réserve une cuvée à chacun. Margheria occupe un coteau doux exposé au sud, à environ 340 mètres. Marenca s’étend dans un bassin plus raide, orienté au sud et au sud-ouest, autour de 350 mètres. Vignarionda regarde davantage le sud-ouest, à environ 330 mètres.

Les sols de ces trois parcelles sont décrits comme calcaires et argileux. Ce socle commun donne un fil conducteur : couleur grenat, tanins présents, profondeur aromatique et longue finale. Les différences apparaissent dans la forme du vin. Margheria se montre plus souple et élégant ; Marenca possède davantage d’extrait et d’énergie ; Vignarionda réunit ampleur, harmonie et persistance.

Nous ne lisons donc pas ces noms comme une échelle automatique du moins bon au meilleur. Ce sont trois façons de servir le nebbiolo. Margheria peut convenir à celui qui cherche un Barolo déjà ouvert sur le parfum. Marenca demande une assiette plus généreuse et souvent davantage de patience. Vignarionda se place entre force et précision, avec une complexité qui gagne à se déployer lentement dans le verre.

Margheria, l’élégance dans un grand foudre

La parcelle de Margheria couvre 1,5 hectare. Ses vignes, plantées en 1959, approchent aujourd’hui les soixante-dix ans. Après dix-huit à vingt jours de vinification en cuve inox à température contrôlée, le vin passe vingt-quatre mois dans des foudres de chêne de Slavonie de 25 hectolitres. Le grand contenant limite l’empreinte aromatique du bois et laisse le nebbiolo occuper le premier plan.

Le profil associe fruit, fleurs, foin frais et cuir, sur des tanins présents mais plus accessibles que ne le suggère parfois la réputation austère de Serralunga. Nous le servons autour de 16 °C, jamais à la température d’une pièce trop chauffée. Une heure d’ouverture dans la bouteille suffit souvent pour un vin déjà assagi ; une cuvée jeune peut demander une carafe large, goûtée régulièrement plutôt qu’oubliée tout un après-midi.

À table, une volaille rôtie aux champignons, un filet de veau, des tajarin au ragù ou un risotto aux cèpes respectent sa finesse. Les sauces très sucrées brouillent les tanins ; une cuisson rôtie et un jus réduit les rendent au contraire plus soyeux. Huit à quinze ans de cave constituent un repère utile, avec une évolution du fruit rouge et de la rose vers le tabac doux, le cuir fin et les herbes sèches.

Marenca et Vignarionda, deux chemins vers la profondeur

Marenca couvre deux hectares sur une pente marquée. Le vin fermente lui aussi dix-huit à vingt jours en inox, puis passe sa première année dans des tonneaux français de 500 litres et la seconde dans de grands foudres de Slavonie. Cette combinaison accompagne une matière plus dense sans réduire le cru à un goût de bois. Fruits sauvages, herbes aromatiques, cacao et tanins énergiques forment un Barolo vigoureux, construit pour une longue évolution.

Vignarionda vient d’un hectare planté en 1994. Son élevage change encore : un an en barriques françaises de 225 litres, puis un an en grands foudres. Le registre va des baies sauvages au tabac doux et aux nuances balsamiques. La bouche reste riche, mais sa persistance et son équilibre évitent l’effet massif. C’est le plus utile des trois pour comprendre qu’un grand vin puissant n’a pas besoin de peser.

Nous ouvrons volontiers Marenca avec une joue de bœuf braisée, un lièvre ou un plat de cèpes. Vignarionda aime une côte de veau, un pigeon rôti ou un parmesan longuement affiné. Tous deux se servent autour de 16 °C dans un verre ample. Dix à vingt ans sont un horizon raisonnable dans une cave sombre et stable ; les grandes années peuvent aller au-delà. Sur une bouteille ancienne, nous préférons une ouverture calme et un service lent à une décantation brutale qui ferait disparaître les parfums les plus fragiles.

Le bon geste : laisser les tanins rencontrer l’assiette

Le nebbiolo peut sembler sévère lorsqu’il est servi trop chaud, dans un petit verre ou sans nourriture. À 16 °C, l’alcool reste en retrait et le fruit garde sa netteté. Un verre à large base puis resserré au bord laisse entrer l’air tout en concentrant la rose, la cerise, les épices et les notes balsamiques. Nous versons peu à la fois : le vin évolue plus clairement et reste frais.

L’accord ne demande pas forcément une viande puissante. Il demande surtout du relief, du gras ou de l’umami pour répondre aux tanins. Une polenta aux champignons, un risotto au parmesan, une volaille rôtie ou un plat de lentilles aux herbes peuvent suffire. Margheria accompagne la délicatesse ; Marenca supporte une cuisson longue ; Vignarionda se plaît avec une chair fine et un jus concentré.

La garde transforme le toucher autant que les arômes. Les tanins se fondent, la rose devient fleur séchée, le fruit frais évolue vers la cerise à l’eau-de-vie, puis viennent le tabac, le cuir et le sous-bois. Nous ne gardons pourtant pas chaque Barolo par principe. Le millésime, le stockage antérieur et le plaisir recherché comptent : un vin jeune et énergique à table n’est pas une bouteille ouverte trop tôt lorsque son équilibre est déjà là.

Les Luigi Pira que nous référençons

Notre catalogue cite exactement Barolo "Margheria" - Azienda Agricola Luigi Pira, Barolo "Marenca" - Azienda Agricola Luigi Pira et Barolo "Vignarionda" - Azienda Agricola Luigi Pira. Les trois libellés réunis permettent de comparer les parcelles sans réduire Serralunga à une seule idée de puissance.

Nous référençons aussi Barolo del Commune di Serralunga d'Alba - Azienda Agricola Luigi Pira, Langhe Nebbiolo - Azienda Agricola Luigi Pira et Barbera d'Alba Superiore - Azienda Agricola Luigi Pira. Le premier offre une lecture plus large du village ; le Langhe Nebbiolo garde le parfum du cépage dans un format plus direct ; la barbera apporte un fruit plus juteux et une acidité vive.

Leur disponibilité dans nos deux boutiques évolue avec les arrivages ; dites-nous le repas et le temps de garde envisagé, nous vous répondrons franchement — y compris quand la réponse est non.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

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