Histoires de vignerons

David & Nadia : une cave au Paardebosch, des racines dans le Swartland

Publié le 2026-10-25 · 5 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

Une cave peut être le centre d’un domaine sans que toutes ses vignes poussent autour. Chez David et Nadia Sadie, le Paardebosch joue ce rôle : un point d’ancrage sur les pentes du Paardeberg, ouvert sur plusieurs paysages du Swartland. Nous aimons cette manière de raconter un vin par les personnes, les terres et les gestes qui les relient. Le grenache donne ici un bon fil conducteur, mais l’histoire commence bien avant le verre.

Deux formations qui se rejoignent dans les vignes

David et Nadia se sont rencontrés pendant leurs études à Stellenbosch. Lui s’est formé à la viticulture et à l’œnologie ; elle à la science des sols et à la viticulture. Le couple s’est marié en 2009 et a élaboré son premier vin en 2010, alors que chacun travaillait encore pour un autre employeur. Le domaine n’est donc pas né d’un grand changement accompli en une journée : il a pris forme par étapes.

David a quitté son emploi en 2013. Nadia l’a rejoint à plein temps au début de 2016. Entre les deux, en 2014, David a restauré la cave qui avait auparavant accueilli les vinifications d’Andrea et Chris Mullineux. Le travail de Nadia porte notamment sur les vignes louées et leur conduite. Les deux formations se retrouvent ainsi dans une même question : comment accompagner un lieu jusqu’au vin sans le réduire à une recette ?

Nous trouvons ce parcours plus parlant qu’une image de vigneron solitaire. Une bouteille suppose des décisions dans les rangs, au moment de la récolte puis dans la cave. Ici, la connaissance du sol et celle de la fermentation font partie du même projet familial.

Le Paardebosch est une adresse, pas la limite du vignoble

La cave se trouve à la ferme de Paardebosch, sur les pentes du Paardeberg. Le bâtiment ancien restauré donne un foyer au domaine, mais les raisins viennent aussi d’autres fermes du Swartland. Cette distinction évite un raccourci : une adresse de vinification et l’origine des raisins ne sont pas forcément une seule et même chose.

La démarche privilégie des vignes en buisson cultivées sans irrigation, avec une attention particulière aux vieilles plantations. Dans les parcelles dont elle s’occupe, Nadia travaille notamment avec des couverts végétaux et sans herbicides. Ces gestes décrivent une pratique agricole ; nous préférons les nommer plutôt que leur substituer un mot flatteur et vague. Ils ne justifient pas, à eux seuls, de prêter la même certification à toutes les bouteilles et à toutes les années.

Ce projet reste attaché au Swartland tout en faisant circuler le regard entre plusieurs fermes. Pour nous, c’est aussi une bonne entrée dans le métier : l’identité d’une maison peut tenir à la constance de ses choix, sans exiger que tous ses vins aient le même goût.

Le grenache relie granite décomposé et schistes

Le grenache rouge montre concrètement cette géographie. Pour la récolte 2023, quatre vignobles entrent dans sa composition : deux dans le Paardeberg, un sur les schistes du Kasteelberg et un au nord de Malmesbury. Les terrains associent granite décomposé, schistes et sols granitiques riches en fer. Le vin ne se résume donc ni à une seule parcelle ni à un seul type de roche.

L’un des vignobles du Paardeberg a été planté au début des années 2000 ; celui du Kasteelberg date de 2016. Le domaine ne travaille donc pas seulement avec de très vieux ceps. De nouvelles plantations prennent aussi leur place dans cette lecture des lieux. Onze passages de récolte ont permis de cueillir les raisins du grenache 2023 : une manière de répartir le travail plutôt que de traiter toutes les vignes comme un ensemble arrivé à maturité le même matin.

Nous gardons ces chiffres à leur juste échelle : ils racontent une vendange précise, pas une formule immuable. Leur intérêt est de rendre visible le soin apporté aux origines avant même que les raisins entrent en cave.

Quatre semaines avec les peaux, sans chercher la force

En 2023, le jus de grenache est resté quatre semaines au contact des peaux, avant et pendant la fermentation. La vinification a conservé 60 % de grappes entières. Une longue durée de contact n’impose pourtant pas une extraction brutale : les pigeages ont été menés avec douceur, et le travail a recherché une matière fine plutôt qu’une accumulation de puissance.

Le béton et les contenants de bois ancien se partagent ensuite le travail. Une partie du vin a fermenté et mûri en béton ; l’élevage a fait appel à des fûts français neutres de 500 litres et à une cuve de béton de 2 700 litres, pendant douze mois. Le vieux bois offre ici un contenant sans chercher à poser au premier plan un parfum de chêne neuf.

Le profil du grenache 2023 se situe du côté de la framboise, de la fraise des bois et du poivre blanc, avec des nuances florales et des tanins polis. La robe claire et la fraîcheur ne signifient pas absence de matière. Nous parlerions plutôt d’un rouge dont le relief se lit dans la précision du fruit et le toucher, pas dans l’opacité de la couleur.

Un rouge de relief pour une volaille et des légumes rôtis

À table, notre point de départ serait un service autour de 15 à 16 °C. Cette proposition de caviste cherche à préserver le fruit et le côté épicé, sans durcir le vin par un froid excessif. Un verre assez ouvert lui laisse de l’espace ; la carafe n’a pas besoin d’être un passage obligé. Nous préférons commencer par goûter et laisser le vin évoluer tranquillement.

Une volaille rôtie, un filet de porc aux herbes ou des champignons poêlés avec des lentilles nous semblent de bons partenaires. Le jus de cuisson donne un appui au vin, tandis que les herbes rejoignent son registre aromatique. Pour une assiette sans viande, des aubergines rôties et des pois chiches permettent aussi de chercher de la texture sans ajouter une sauce très sucrée.

Pour la cave, nous ne donnerions pas le même horizon à toutes les années et à tous les rouges de la maison. Le choix dépend de la cuvée, de l’année et des conditions dans lesquelles elle a été conservée. Le grenache peut intéresser autant par son fruit que par son évolution : attendre n’est pas une obligation, et nous pouvons aider à choisir le bon moment pour une bouteille précise.

Trois libellés David & Nadia dans notre catalogue

Nous référençons les libellés exacts « "Grenache Noir" - David & Nadia, Swartland », « "Elpidios" - David & Nadia, Swartland » et « Topography Red - David & Nadia, Swartland ». Ils ouvrent trois portes dans notre sélection, sans qu’il faille leur prêter le même assemblage ni le même élevage. Le récit du grenache éclaire une démarche ; il ne remplace pas la connaissance de chacun des autres vins.

À Ferney-Voltaire ou à Saint-Genis-Pouilly, nous pouvons poursuivre cette découverte à partir d’un plat et des textures que vous aimez. Nous vous confirmerons en boutique la disponibilité de la cuvée et de l’année recherchées.

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