Torre a Cona : le sangiovese change de sol sur les hauteurs de Florence
Au sud-est de Florence, Torre a Cona permet de suivre un même cépage à quelques dizaines de mètres d’altitude près. Badia a Corte, Terre di Cino et Molino degli Innocenti sont trois parcelles de sangiovese, trois vins rouges et trois textures de sol. Le domaine les vinifie séparément, sans chercher à gommer leurs différences. Nous aimons cette lecture très concrète du Chianti Colli Fiorentini : le nom de l’appellation donne le cadre, puis la pente, le galestro, l’argile et la taille de la parcelle font changer le vin.
Une propriété ancienne remise en mouvement en 1882
Torre a Cona se trouve à Rignano sull’Arno, dans la province de Florence. La propriété existait bien avant son entrée dans la famille Padoa, mais 1882 marque un tournant lisible : Leone Emilio Padoa l’achète, puis entreprend dès l’année suivante de rénover la cave et les bâtiments agricoles. L’objectif était déjà de moderniser le travail de la terre et du vin. Cette histoire n’est pas restée figée dans les murs de la villa. Elle se poursuit aujourd’hui avec Ludovica, Niccolò et Leonardo, nouvelle génération de la famille Rossi di Montelera.
Le domaine a notamment choisi des sélections de sangiovese adaptées à ses sols et à son microclimat. Sa gamme ne se limite pourtant pas à ce cépage : colorino, merlot, vermentino et vin santo font aussi partie du paysage. Pour comprendre le lieu sans s’éparpiller, nous préférons commencer par les rouges de parcelle. Ils gardent le même fil conducteur, le sangiovese, et font apparaître ce que changent l’altitude, l’exposition et la proportion de cailloux dans le sol.
Cette manière de séparer les lieux évite une idée trop simple du Chianti. Derrière un nom connu se trouvent des coteaux distincts. Le vin peut gagner en finesse florale, en toucher tannique ou en profondeur selon l’endroit précis où pousse la vigne. À Torre a Cona, quelques centaines de mètres entre deux rangs suffisent à déplacer l’accent.
Badia a Corte, l’argile sableuse et le gravier à 350 mètres
Badia a Corte couvre environ 3,5 hectares à 350 mètres d’altitude. Le sol mêle sable, limon et argile, avec beaucoup de gravier. Les vignes de sangiovese ont en moyenne vingt à vingt-cinq ans. Le domaine en tire un Chianti Colli Fiorentini Riserva pur sangiovese, élevé vingt-quatre mois dans de grands foudres de chêne de Slavonie de 25 hectolitres, puis au moins un an en bouteille. Le bois sert ici à accompagner le vin, pas à lui donner un goût de planche neuve.
Dans le verre, Badia a Corte réunit les fleurs, les fruits rouges et les épices. L’acidité reste vive, mais les tanins ont un toucher soyeux. Voilà un sangiovese qui garde du nerf tout en restant accueillant à table. Nous le servons à 16 °C, dans un verre assez ample pour laisser monter la violette et le fruit. Une heure d’ouverture convient à un vin jeune ; une carafe courte peut l’aider s’il demeure serré, sans chercher à l’oxyder à tout prix.
Sa place naturelle est auprès d’une côte de veau, d’un rôti de bœuf, d’un pigeon ou d’un pecorino affiné. Une sauce tomate très acide lui ferait concurrence ; un jus de viande court, des herbes et quelques champignons prolongent mieux son équilibre. Pour la garde, cinq à dix ans après la récolte forment un repère raisonnable. Une bonne année, conservée dans une cave fraîche et stable, peut aller plus loin en gagnant des notes de cuir fin, de feuilles sèches et d’épices.
Terre di Cino, le galestro affleure à 380 mètres
Terre di Cino monte à 380 mètres sur un coteau exposé au sud. Sa parcelle de 1,5 hectare laisse affleurer le galestro, cette roche feuilletée où l’argile métamorphique se mêle au sable et au calcaire. Le drainage y est plus marqué qu’à Badia a Corte. Le vin reste un Chianti Colli Fiorentini Riserva issu à 100 % de sangiovese, avec le même passage de vingt-quatre mois en grands foudres de Slavonie et au moins une année de repos en bouteille.
Le caractère change pourtant nettement. Terre di Cino va vers le cuir, le tabac, les épices et le sous-bois, avec une finale savoureuse et des tanins précis. Nous y cherchons moins la séduction immédiate du fruit que la profondeur et l’allonge. À 16 °C, le relief reste net ; au-dessus de 18 °C, l’alcool et les notes chaudes risqueraient de prendre trop de place. Un vin jeune peut passer une heure en carafe. Pour une bouteille déjà évoluée, nous préférons une ouverture douce et un service direct afin de préserver les arômes les plus fragiles.
Un canard rôti, une épaule d’agneau, un plat de cèpes ou un vieux parmesan lui donnent assez de répondant. Le sangiovese garde une acidité qui allège les chairs et les fromages, tandis que ses notes terriennes rejoignent les champignons et les jus réduits. Six à douze ans de cave permettent généralement de réunir le fruit, les tanins assagis et les premiers arômes d’évolution. Le millésime et la conservation comptent davantage qu’un chiffre gravé dans le marbre.
Molino degli Innocenti, la parcelle la plus haute
Molino degli Innocenti occupe seulement 9 000 mètres carrés, soit moins d’un hectare, à plus de 400 mètres d’altitude. C’est la parcelle la plus haute de Torre a Cona. Elle regarde le sud et repose sur un sol mince, très drainant, composé de galestro et de grès. Le sangiovese y pousse donc dans un cadre plus pierreux, où l’eau s’évacue vite et où la vigne doit explorer le sous-sol.
L’élevage distingue aussi ce vin. Après la fermentation et la macération, une partie passe douze mois en foudres de Slavonie ; une autre poursuit jusqu’à vingt-quatre mois dans des tonneaux de chêne français de second passage. Le vin repose ensuite au moins un an en bouteille. Cette combinaison cherche une matière plus détaillée sans couvrir le fruit de bois neuf. Dans le verre, nous attendons la fraîcheur du sangiovese, ses fruits rouges, ses épices et une trame tannique qui demande du temps pour se fondre. Nous le servons lui aussi à 16 °C.
Le domaine l’associe aux viandes rouges, aux rôtis, au tartare, mais aussi à l’agneau, au lapin et au canard. Nous retenons surtout cette polyvalence : la finesse permet une viande délicate, tandis que l’acidité et les tanins supportent un jus plus concentré. Pour la cave, sept à quinze ans donnent une fenêtre prudente. Avant de carafer un exemplaire âgé, nous le gardons debout quelques heures, l’ouvrons et goûtons un premier verre. Un vieux sangiovese peut se livrer doucement puis se fatiguer dans une grande carafe.
Ce que nous référençons de Torre a Cona
Notre catalogue nomme exactement « Chianti Colli Fiorentini Riserva "Badia a Corte" - Torre a Cona », « Chianti Colli Fiorentini Riserva "Terre di Cino " - Torre a Cona », « Chianti Riserva "Badia a Corte" - Torre a Cona » et « Chianti Riserva "Molino Degli Innocenti" - Torre a Cona ». Deux libellés de Badia a Corte apparaissent parce que nos catalogues ont enregistré des formulations différentes ; nous ne les transformons pas artificiellement en deux histoires.
Pour choisir, nous regardons d’abord le repas et le temps laissé au vin. Badia a Corte ouvre la porte avec son fruit, ses fleurs et ses tanins souples. Terre di Cino va vers un registre plus terrien, savoureux et profond. Molino degli Innocenti ajoute l’altitude, le sol le plus mince et un élevage différent. Les trois gagnent à être servis frais plutôt que chambrés, autour de 16 °C, avec une cuisine qui laisse parler l’acidité naturelle du sangiovese.
La disponibilité de ces cuvées varie entre nos boutiques de Ferney-Voltaire et Saint-Genis-Pouilly ; dites-nous celle qui vous intéresse et nous vous répondrons franchement.
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.
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