Terroirs et savoir-faire

Azelia : trois Barolo, de Bricco Fiasco aux coteaux de Serralunga

Publié le 2026-09-14 · 7 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

Un même cépage peut changer d’accent en quelques kilomètres. Azelia le montre avec trois Barolo issus de coteaux bien identifiés : Bricco Fiasco à Castiglione Falletto, puis Margheria et San Rocco à Serralunga d’Alba. Le nebbiolo garde partout ses fleurs, ses fruits et ses tanins, mais le sol, l’exposition et le relief déplacent l’équilibre. Nous aimons lire ces trois vins ensemble : non pour établir un classement, mais pour comprendre ce que chaque colline apporte au verre.

Cinq générations à Castiglione Falletto

L’histoire d’Azelia commence en 1920, lorsque Lorenzo Scavino vinifie une partie des raisins de la propriété familiale à Castiglione Falletto, au cœur des Langhe. Son fils Alfonso développe la mise en bouteille, puis les générations suivantes font connaître les vins au-delà du Piémont. Aujourd’hui, Luigi Scavino travaille avec son épouse Lorella et leur fils Lorenzo, cinquième génération de la famille. Le domaine cultive seize hectares consacrés aux trois cépages traditionnels de la maison : dolcetto, barbera et surtout nebbiolo.

Cette continuité n’a rien d’une histoire figée. Les raisins sont vendangés à la main dans de petites caisses, puis triés avant la cuve. Les fermentations démarrent avec les levures présentes naturellement sur les raisins et dans le chai. Pour les Barolo, la maison reste fidèle au chapeau immergé : après la fermentation, les peaux demeurent sous le vin afin de poursuivre une extraction lente, sans mouvement brutal. L’élevage se fait ensuite durant deux à trois ans dans de grands contenants de bois.

Nous retenons surtout la cohérence du geste. Il ne cherche ni à maquiller les différences entre les parcelles ni à donner à tous les vins la même carrure. Dans un nebbiolo, cette retenue compte : le parfum peut être délicat alors que les tanins sont fermes. La vinification doit préserver les fleurs et le fruit tout en donnant au vin le temps d’assouplir sa structure.

Bricco Fiasco, la lumière de Castiglione Falletto

Bricco Fiasco occupe un coteau raide exposé au sud, à environ 285 mètres d’altitude, sur un sol calcaire blanc. Les vignes ont été replantées dans les années 1940 par Lorenzo Scavino ; leur âge moyen atteint aujourd’hui environ quatre-vingt-cinq ans. La famille sépare cette parcelle depuis 1978. Le mot « bricco » désigne le sommet de la colline, tandis que « fiasco » évoque sa forme arrondie, comparable à l’ancienne bouteille ventrue italienne.

Dans le verre, ce Barolo porte volontiers la rose, la violette et le fruit rouge. La cerise, la framboise mûre et une note d’épice douce précèdent des tanins présents, mais moins sévères que ne le laisserait imaginer la jeunesse d’un grand nebbiolo. Le coteau chaud donne de l’ampleur ; le calcaire et l’altitude maintiennent une sensation fraîche. C’est ce jeu entre chaleur et élan qui rend Bricco Fiasco lisible, même lorsque le vin demande encore du temps.

Nous le servons autour de 16 °C. Sur un vin jeune, une ouverture une heure et demie avant le repas lui permet de délier ses parfums ; la carafe reste réservée à une bouteille réellement fermée. Un millésime évolué demande le geste inverse : bouteille debout quelques heures, ouverture douce et service sans agitation. À table, Bricco Fiasco convient à un risotto aux cèpes, un pigeon rôti ou une pièce de veau aux sucs courts. Sa finesse se perdrait derrière une sauce très sucrée ou fortement pimentée.

Margheria et San Rocco, deux forces de Serralunga

À Serralunga d’Alba, les coteaux donnent souvent des Barolo plus droits et plus fermes dans leur jeunesse. Margheria se trouve au centre du village, sous le château, entre 250 et 360 mètres d’altitude. Son exposition va du sud au sud-ouest. L’argile et les marnes tufacées donnent de la profondeur au vin, tandis qu’une finale saline prolonge le fruit noir, la réglisse et les épices. Son élevage de trente mois en grands foudres accompagne cette densité sans couvrir le relief.

San Rocco se tient sur un coteau exposé au sud, à environ 320 mètres, face à la chapelle qui lui donne son nom. Le sol argilo-calcaire et la maturité régulière du site composent un Barolo charnu, profond, marqué par la cerise noire, le cassis, la myrtille, la réglisse et les épices. Les tanins sont plus enveloppants, mais la puissance n’efface pas la précision. La cuvée passe vingt-quatre mois en grands foudres avant de poursuivre son repos en bouteille.

Nous distinguons donc les deux Serralunga par leur mouvement plutôt que par une simple échelle de force. Margheria avance avec une tension terrienne et saline ; San Rocco paraît plus large, plus sombre et plus charnu. Tous deux demandent un plat de même profondeur : un bœuf braisé, un agneau longuement rôti, des pâtes au ragù ou une polenta aux champignons. Margheria aime particulièrement les saveurs de cèpe et de truffe ; San Rocco tient mieux la sauce réduite et la chair confite.

Le temps long du nebbiolo et du chapeau immergé

Le nebbiolo associe une couleur souvent plus claire qu’attendu à une structure tannique sérieuse. Son parfum peut aller de la cerise et de la rose, dans la jeunesse, vers les épices, la feuille sèche, le cuir fin et le sous-bois avec le temps. Le Barolo est issu entièrement de ce cépage et doit vieillir au moins trois ans avant sa mise sur le marché, dont dix-huit mois sous bois. La mention Riserva suppose cinq ans d’élevage au total. Cette durée légale donne un socle ; elle ne signifie pas que chaque bouteille arrive à son apogée le jour de sa sortie.

Chez Azelia, le chapeau immergé prolonge le contact entre le jus et les peaux. L’extraction se fait lentement, puis les grands foudres laissent les tanins s’arrondir sans imposer un goût de bois neuf. Dans un jeune Bricco Fiasco, cette structure apparaît derrière un fruit rouge lumineux. À Margheria et San Rocco, elle porte davantage le fruit noir, la réglisse et les notes de terre. Nous ne cherchons pas à effacer ces tanins : ils sont l’ossature qui permet au vin de tenir dans le temps et à table.

Pour la cave, nous donnons un repère simple : huit à quinze ans après la récolte pour un Barolo de la maison que l’on veut encore fruité, dix à vingt ans ou davantage pour les trois crus lorsque l’année et la conservation le permettent. Une cave stable, sombre et proche de 12 °C compte plus qu’une date théorique. À partir de dix ans, nous goûtons une bouteille avant d’attendre tout un lot : le vin lui-même reste le meilleur calendrier.

À table, servir ces Barolo sans les brusquer

Un Barolo ne demande pas forcément un repas solennel. Il demande surtout de la chaleur dans le plat, une texture assez profonde et peu de sucre. Bricco Fiasco, plus floral, accompagne un veau rôti, un canard rosé ou un risotto aux champignons. Margheria trouve sa place avec des pâtes aux cèpes, une joue de bœuf ou un fromage piémontais affiné. San Rocco peut suivre un agneau confit, une daube ou une viande grillée servie avec son jus. Les trois fonctionnent aussi avec une cuisine végétale construite autour de champignons rôtis, de lentilles brunes et d’un jus réduit.

Nous gardons les bouteilles à 16 ou 17 °C, jamais à la température d’une pièce trop chauffée. Un grand verre resserré vers le haut aide les parfums à se rassembler, mais nul besoin d’un verre réservé au seul nebbiolo. Nous versons peu, puis laissons le vin évoluer. Sur une jeune bouteille, l’air révèle progressivement la rose, la cerise et les épices ; sur une bouteille ancienne, il peut au contraire fatiguer le fruit en quelques minutes.

La garde et le service se répondent. Un vin jeune peut attendre ou être bu avec un plat riche après une ouverture anticipée. Un vin à maturité mérite moins d’air et une cuisine plus simple, afin que ses nuances de sous-bois et de fleurs séchées ne disparaissent pas. Dans les deux cas, nous évitons les sauces pimentées, très vinaigrées ou sucrées : elles rendent les tanins plus durs et brouillent la finesse du nebbiolo.

Les six cuvées Azelia que nous référençons

Notre catalogue nomme exactement « Barbera d'Alba "Punta" - Azelia », « Barolo "Bricco Fiasco" - Azelia », « Barolo "Margheria" - Azelia », « Barolo "San Rocco" - Azelia », « Barolo - Azelia » et « Langhe Nebbiolo - Azelia ». Cette sélection permet d’approcher la maison avant les crus, puis de comparer Castiglione Falletto et Serralunga d’Alba avec les mêmes repères de service.

Pour découvrir le style, le Langhe Nebbiolo donne le parfum du cépage dans une forme plus immédiate. Le Barolo de la maison pose l’équilibre général. Bricco Fiasco met en avant les fleurs, le fruit rouge et l’élan ; Margheria apporte une trame plus terrienne et saline ; San Rocco pousse plus loin le fruit noir et la profondeur. La Barbera Punta ouvre un autre chemin, avec l’acidité vive et le fruit propres à la barbera. Nous préférons partir du plat et du temps prévu en cave plutôt que du prestige du nom.

La disponibilité de ces cuvées varie entre nos boutiques de Ferney-Voltaire et Saint-Genis-Pouilly ; dites-nous celle qui vous intéresse et nous vous répondrons franchement.

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