Comprendre le vin

Poggiosecco : vignes, oliviers et engrais verts dans le Montalbano

Publié le 2026-11-02 · 6 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

Le vin commence aussi entre les rangs. Chez Poggiosecco, dans les collines du Montalbano, les semis d’engrais verts font partie du travail, au même titre que la taille et les vendanges. Les vignes voisinent avec les oliviers ; en cave, le béton accompagne une partie des vins. Nous aimons entrer dans ce domaine toscan par ces gestes très concrets : ils donnent du contenu à des mots comme agriculture biologique ou biodynamie, avant de revenir au plaisir d’un sangiovese à table.

Entre Cerreto Guidi et Vinci, une ferme plutôt qu’un vignoble isolé

Poggiosecco se trouve dans le Montalbano, autour de Cerreto Guidi et Vinci. Les vignes y rencontrent des terrains calcaires et des roches de grès. Les oliviers font aussi partie de l’exploitation : le raisin n’est pas sa seule récolte. Cette coexistence donne une image plus juste du lieu qu’un paysage réduit aux seules rangées de ceps.

Le domaine est actif depuis 1967. Son chemin vers une autre conduite des cultures se précise au début des années 2000, avec une certification biologique obtenue en 2004, puis une démarche biodynamique à partir de 2009. Ces dates racontent un changement d’organisation dans une ferme déjà installée, et non la naissance soudaine d’un vignoble. Le travail concerne aussi bien les oliviers que les vignes.

Pour nous, ce point compte : parler d’agriculture ne revient pas seulement à décrire ce que l’on verse dans une cuve. La manière de tenir les sols, de conduire les plantes et de récolter appartient pleinement à l’histoire du vin. Chez Poggiosecco, cette histoire se lit à l’échelle de l’exploitation, avant de se décliner dans les différents rouges.

Un rang sur deux, des plantes semées pour travailler le sol

Parmi les pratiques de Poggiosecco figure le semis d’engrais verts dans des rangs alternés. Le mélange réunit notamment des légumineuses et des graminées. L’expression peut surprendre : ici, l’engrais commence par des plantes que l’on fait pousser. Le sol n’est donc pas pensé comme un simple support qu’il faudrait garder nu en permanence.

Le domaine associe ces semis à des apports et préparations utilisés en biodynamie. Nous retenons d’abord le geste observable : réserver une place à d’autres végétaux au sein même de la vigne. Cela demande de décider où semer, quand intervenir et comment faire cohabiter ces cultures avec les ceps. Le travail ne disparaît pas parce qu’il change de forme.

Cette entrée par les gestes évite de transformer le mot biodynamie en explication universelle du goût. On peut comprendre ce qui est pratiqué dans une ferme sans attribuer chaque parfum du vin à un calendrier ou à une préparation. À table, un label ne remplace ni l’équilibre, ni la netteté, ni le plaisir. Il apporte un renseignement sur la conduite du domaine ; le verre pose ensuite ses propres questions.

Récolter à la main, puis accompagner les raisins en béton

Les raisins de Poggiosecco sont récoltés à la main dans les vignes de l’exploitation. Pour le Chianti, ils sont égrappés et foulés doucement avant une fermentation démarrée avec les levures naturellement présentes. Les remontages font circuler le jus pendant le contact avec les peaux. Voilà déjà plusieurs interventions : le choix d’une fermentation spontanée ne signifie pas que le vigneron s’absente.

Le béton occupe une place importante dans le parcours de ce rouge. Le Chianti décrit pour l’export passe douze mois en cuve de ciment, puis six mois en bouteille avant sa sortie. La clarification se fait par décantation, sans produit de collage. Le vin prend donc du temps même lorsque l’élevage ne passe pas par le bois.

Nous trouvons cette distinction utile. Un élevage ne se mesure pas uniquement à la présence d’une barrique ; il désigne aussi le temps donné au vin avant la mise et la commercialisation. Pour prolonger le sujet, notre article sur les fûts, l’inox et le béton explique comment les contenants changent les conditions de ce travail. À Poggiosecco, le béton est un outil de cave, pas un raccourci pour résumer toute la gamme.

Le sangiovese garde le fil, les rouges changent d’accent

Le sangiovese relie le Chianti et Anorà. Le premier dessine un registre de fruits rouges, avec une touche de clou de girofle et un équilibre entre tanins et acidité. Ce dernier mot n’est pas un défaut à corriger : il aide à comprendre pourquoi ce type de rouge trouve facilement sa place au repas. La fraîcheur donne du mouvement au fruit, tandis que les tanins apportent de la tenue.

Anorà ouvre une expression plus appuyée, où les fruits des bois rencontrent des nuances de tabac et une présence tannique marquée. Nous ne lirions pas cette différence comme un concours entre une cuvée simple et une cuvée supérieure. Ce sont deux directions à rapprocher d’un plat, d’une envie de texture et du moment choisi pour ouvrir la bouteille.

Le portrait du domaine reste ainsi plus large qu’une fiche de dégustation. Les engrais verts, les vendanges manuelles et les choix de cave forment le chemin ; les rouges en donnent différentes expressions. Aucun de ces gestes ne permet, à lui seul, de prédire exactement le goût de toutes les récoltes. C’est leur articulation qui rend cette petite ferme du Montalbano intéressante à découvrir.

À table, du relief plutôt qu’un rouge servi trop chaud

Notre point de départ serait un service autour de 16 °C. Le fruit et l’épice y gardent leur place sans laisser la chaleur de l’alcool élargir tout le vin. Un verre à vin de taille moyenne suffit ; une immense carafe n’est pas une étape obligatoire. Sur une bouteille jeune, nous commencerions par laisser le premier verre respirer quelques minutes avant de décider d’aérer davantage.

Avec le Chianti, des pâtes au ragù, des légumes grillés ou un fromage à pâte ferme donnent des pistes faciles à suivre. Pour un rouge plus tannique comme Anorà, nous penserions à une viande rôtie ou à une polenta aux champignons, avec assez de matière pour répondre au vin. Ce sont des conseils d’accord, pas le souvenir d’un repas ou d’une dégustation de l’équipe.

Pour la cave, nous choisirions d’abord selon l’année et l’évolution de la bouteille plutôt qu’à partir du seul mot Riserva. Le temps d’élevage avant la vente et le temps à attendre chez soi sont deux choses différentes. Une cuvée déjà expressive n’a pas besoin de devenir ancienne pour être intéressante ; une bouteille encore serrée peut mériter de la patience. Nous préférons ajuster ce conseil au vin précis.

Les deux libellés Poggiosecco que nous référençons

Notre catalogue des vins du monde comporte « Chianti - Poggiosecco » et « Chianti Riserva "Anorà" - Poggiosecco ». Ils permettent de poursuivre la découverte du domaine en gardant ce fil : une ferme de vignes et d’oliviers, des sols travaillés autrement, puis des expressions distinctes du sangiovese.

Nos catalogues donnent un premier repère ; nous pouvons ensuite parler du repas et du caractère recherché, à Ferney-Voltaire ou à Saint-Genis-Pouilly. La page contact permet aussi de nous écrire. Pour les cuvées et les années disponibles, nous vous répondrons directement en boutique.

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