Terroirs et savoir-faire

Clos du Lucquier : à chaque vin son temps de cuvaison

Publié le 2026-10-26 · 5 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

Une même cave peut donner naissance à plusieurs façons de boire le vin. Pas seulement parce que les raisins changent : le temps passé avec les peaux et la manière d’accompagner l’élevage comptent aussi. À Jonquières, dans l’Hérault, le Clos du Lucquier offre un exemple concret de ces choix. Nous aimons cette porte d’entrée dans le travail du vigneron : partir de gestes compréhensibles, puis revenir à ce que l’on cherche dans le verre, un rouge souple pour le repas ou une matière plus ample.

Quinze hectares sous les reliefs de Saint-Guilhem et d’Arboras

Le vignoble du Clos du Lucquier s’étend sur quinze hectares de terrasses argilo-calcaires, au nord de Montpellier. Les reliefs de Saint-Guilhem et d’Arboras, dominés par le mont Baudile, se dressent au-dessus de ces terres. L’alternance du gel et du dégel a fragmenté les massifs calcaires ; les galets entraînés vers le bas participent aujourd’hui aux sols des parcelles. Le paysage n’est donc pas seulement un arrière-plan : une part de ce qui s’est défait plus haut se retrouve au pied des vignes.

Quatre cépages rouges y sont cultivés : syrah, grenache, mourvèdre et cinsault. Le domaine possède aussi du grenache blanc, du vermentino, du viognier et de la roussanne. Cette diversité laisse plusieurs directions possibles à la cave. Elle ne dit pas, à elle seule, la composition de chaque cuvée : nous préférons garder distincts l’encépagement d’un vignoble et l’assemblage précis d’un vin.

Le nom Terrasses du Larzac désigne par ailleurs une appellation de vins rouges reconnue en 2014, sur les contreforts du plateau. L’influence du Larzac tempère les chaleurs méditerranéennes. Ce cadre aide à comprendre le paysage du domaine, mais tous ses vins ne portent pas nécessairement cette appellation : une maison peut travailler plusieurs expressions et plusieurs dénominations.

Benoît règle la cuvaison selon le rouge recherché

Au Clos du Lucquier, Benoît, fils aîné et œnologue, définit les vinifications. Le choix annoncé est très concret : une cuvaison longue pour Philippe, Les Louloups et Les Loustics, plus courte pour l’IGP Mont Baudile. Il ne s’agit donc pas d’appliquer une durée unique à toute la vendange, puis de distinguer les bouteilles seulement au moment de leur donner un nom. La différence commence pendant leur élaboration.

La cuvaison est la période pendant laquelle le jus reste en contact avec les parties solides du raisin, notamment les peaux. Dans un rouge, ce contact participe à l’extraction de la couleur et des tanins. Ceux-ci contribuent à la sensation de relief et, parfois, d’accroche sur les gencives. Nous les comparons volontiers à la trame d’un tissu : elle peut être légère ou serrée, sans que la seconde soit automatiquement préférable.

Une cuvaison longue ne garantit pourtant ni un meilleur vin, ni une puissance supérieure dans tous les cas. La maturité du raisin, la température et les gestes d’extraction entrent aussi en jeu. Ce qui nous intéresse ici est l’intention : choisir un chemin de vinification pour un style de rouge, plutôt que considérer la concentration comme une qualité à augmenter sans fin.

L’élevage cherche un équilibre, pas un parfum de bois obligatoire

Après la vinification vient un autre temps de travail. Au Clos du Lucquier, l’élevage en chêne français s’accompagne de dégustations régulières. Le vin est suivi jusqu’à l’équilibre recherché entre l’apport du bois et le fruit, avant le soutirage et la mise en bouteille. Le soutirage consiste à séparer le vin des dépôts accumulés dans son contenant.

Nous retenons surtout cette idée d’observation. Un contenant et un calendrier ne suffisent pas à raconter un élevage : il faut aussi décider du moment où leur action convient au vin. À table, nous cherchons une matière qui reste lisible, pas une démonstration de vanille ou de toast. Le boisé peut accompagner le fruit ; il devient moins intéressant lorsqu’il occupe toute la conversation.

Il faut également séparer deux durées souvent confondues : celle de l’élevage chez le vigneron et celle du séjour futur dans votre cave. Un vin passé en fût n’a pas, pour cette seule raison, besoin d’attendre dix ans. La décision d’ouvrir repose sur sa cuvée, son année et son évolution, ainsi que sur le plaisir recherché. Nous pouvons aimer le fruit d’un rouge jeune autant que les nuances d’une bouteille plus évoluée.

Du rouge souple à la matière ample, deux envies de repas

Pour aborder cette famille de rouges méditerranéens, nous proposons des repères de style plutôt qu’un arôme promis à chaque bouteille. Fruits rouges ou noirs, épices et tanins plus ou moins présents forment un vocabulaire utile. Le vin exact et son année préciseront ensuite la place de chacun. Nous ne présentons pas ces repères comme le compte rendu d’une dégustation de toutes les cuvées du domaine.

Sur un rouge souple, une volaille rôtie, des légumes grillés ou une tarte aux champignons permettent de conserver un repas sans lourdeur. Quand la matière est plus ample et les tanins plus sensibles, nous allons plutôt vers une épaule d’agneau, une viande mijotée ou des lentilles accompagnées d’un jus savoureux. La texture du plat compte autant que la couleur de la viande.

Notre conseil de départ est un service autour de 16 °C. Le vin se réchauffe ensuite progressivement dans le verre. Une pièce très chaude peut donner une impression d’alcool plus forte ; un rouge glacé paraît plus fermé et ses tanins plus raides. Nous préférons commencer un peu frais plutôt que chercher à refroidir une bouteille déjà trop chaude au milieu du repas. La carafe, elle, reste une décision prise après un premier verre, pas un passage obligé.

Les trois chemins du Clos du Lucquier dans notre catalogue

Nous référençons exactement « IGP Mont Baudile "La Foulée" - Clos du Lucquier », « IGP Pays d'Hérault "La Fugue" - Clos du Lucquier » et « Terrasses du Larzac "Cuvée Philippe" - Clos du Lucquier ». Ces intitulés donnent trois points de départ pour parler du domaine, sans transformer une liste de catalogue en classement. Nous gardons aussi leur dénomination propre : La Foulée et La Fugue ne deviennent pas des Terrasses du Larzac parce qu’elles viennent de la même cave.

À Ferney-Voltaire comme à Saint-Genis-Pouilly, nous pouvons partir du plat et du style que vous aimez pour préciser le choix, puis le service. La disponibilité de ces cuvées se vérifie avec nous au moment de votre demande.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

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