Histoires de vignerons

Au Bon Climat : de la Bourgogne à Santa Barbara, le chemin de Jim Clendenen

Publié le 2026-10-27 · 6 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

Un nom français sur une étiquette californienne pourrait n’être qu’un clin d’œil. Chez Au Bon Climat, il raconte un choix de vie. Jim Clendenen a regardé du côté de la Bourgogne pour apprendre à faire des vins dans un paysage tout différent, celui de Santa Barbara. Nous aimons cette histoire parce qu’elle ne consiste pas à reproduire une origine : elle montre comment un apprentissage devient une manière personnelle de travailler, puis se transmet à une équipe.

Un projet né des vendanges bourguignonnes

Jim Clendenen arrive en Californie pour étudier à l’université de Santa Barbara. La diplomatie fait alors partie de ses projets ; un séjour en France déplace son intérêt vers le vin. À la fin des années 1970, il travaille à Zaca Mesa, dans une région viticole encore jeune. Il y côtoie notamment Adam Tolmach et Bob Lindquist. Les discussions et les bouteilles partagées leur servent d’école : ils cherchent ce qui donne aux vins français leur fraîcheur, leur équilibre et leur capacité à évoluer.

Un apprentissage en Bourgogne rend ce désir plus concret. Avec Adam Tolmach, Clendenen rencontre des vignerons grâce à Becky Wasserman. Gérard Potel, à La Pousse d’Or, compte parmi ces rencontres décisives. Il ne s’agit plus seulement d’admirer un pinot noir : il faut comprendre les gestes qui le font naître. Au retour, le projet prend forme. Au Bon Climat est fondé en 1982 par Clendenen et Tolmach. Les premières vinifications se font dans un ancien bâtiment laitier, avec les moyens du bord.

Ce début modeste éclaire la suite. La référence bourguignonne n’est pas un décor ajouté à une marque ; elle précède la création de la cave. Ce sont le chardonnay, le pinot noir et une certaine idée de la texture qui guident le projet, avant les étiquettes et la réputation.

Santa Barbara, une Californie ouverte au Pacifique

L’image d’une Californie uniformément chaude explique mal ces vins. Dans le comté de Santa Barbara, des vallées orientées d’est en ouest laissent pénétrer l’air frais du Pacifique. Cette ouverture vers l’océan, associée à des sols d’origine marine, donne un autre point de départ au chardonnay et au pinot noir. Le nom Au Bon Climat exprime justement cette recherche d’un lieu propice.

Le raisin reste californien, dans son paysage et sous sa lumière. L’ambition n’est donc pas de faire oublier son origine pour lui donner une identité française. Elle consiste à préserver un équilibre où le fruit trouve sa place sans tout occuper. C’est une distinction utile à garder en tête devant une carte des vins : un cépage voyage, mais son lieu de culture continue de compter.

Nous préférons aborder ces vins avec cette question simple : comment la fraîcheur accompagne-t-elle la matière ? Elle permet de sortir du raccourci qui opposerait des vins européens toujours fins à des vins américains toujours puissants. Ici, l’histoire du domaine et la géographie invitent précisément à ne pas confondre origine nationale et style dans le verre.

Les lies et le fût, au service de la texture

Chez Au Bon Climat, la fermentation en fût, le pressurage des grappes entières et l’élevage sur lies font partie des pratiques qui construisent le style, notamment pour les blancs. Les lies sont les dépôts issus de la fermentation, composés en particulier de levures. Leur présence pendant l’élevage contribue au travail de la matière et de la texture. Le vin ne se résume alors plus au seul parfum du raisin.

Les fûts de François Frères appartiennent aussi à cette continuité. Le bois est un contenant d’élevage, pas un arôme à rechercher pour lui-même. L’enjeu est de tenir ensemble le relief du fruit, la structure et le temps passé en cave. Ces choix demandent de la patience ; ils ne se lisent pas seulement au premier nez.

Le parcours de Clendenen rappelle ainsi que la finesse n’est pas forcément synonyme de vinification minimale. Elle peut venir de nombreux gestes, pensés ensemble, dont aucun ne devrait prendre toute la place. Nous y voyons une bonne manière de parler d’élevage : commencer par ce qu’il apporte à l’équilibre plutôt que par un pourcentage de bois neuf détaché du vin.

Après Jim, une équipe plutôt qu’une page blanche

Jim Clendenen meurt en 2021. La suite ne repose pourtant pas sur une nouvelle équipe arrivée pour changer de direction. Des collaborateurs de longue date, dont Jim Adelman et Enrique Rodriguez, portent déjà une part essentielle du savoir-faire de la cave. Les enfants de Clendenen, Isabelle et Knox, prolongent également l’aventure familiale ; Knox rejoint le travail de cave à partir des vendanges 2022.

Cette continuité humaine compte autant que les contenants. Un élevage sur lies s’apprend aussi en observant, en comparant et en échangeant au fil des récoltes. La transmission ne tient pas dans une recette suffisante pour refaire automatiquement le même vin. Elle passe par une mémoire de travail et par une idée partagée de l’équilibre recherché.

C’est ce qui nous intéresse dans ce domaine : derrière une personnalité très marquante, il existe un collectif. L’histoire continue parce que les gestes ont été pratiqués ensemble, pas seulement racontés.

Du chardonnay au pinot noir, nos repères pour la table

Pour situer le registre, nous parlerions d’un chardonnay où le fruit blanc et les agrumes peuvent rencontrer une matière plus enveloppante, nourrie par l’élevage. Du côté du pinot noir, les fruits rouges, les épices et une structure plus délicate donnent des repères utiles. Ce sont des points de lecture, pas le compte rendu d’une dégustation de l’équipe ni une promesse identique pour chaque année.

À table, nous servirions le chardonnay vers 11 à 12 °C, avec une volaille rôtie, une sauce crémée ou des champignons. Trop froid, il perdrait une partie de son relief. Pour le pinot noir, 15 à 16 °C constituent un bon départ : canard rôti, veau aux champignons ou lentilles accompagnées de légumes rôtis lui laissent de l’espace. Nous préférons ces accords qui relient texture du plat et structure du vin à une recherche de puissance pour elle-même.

La garde fait partie du projet de la maison, mais nous ne donnerions pas une durée unique pour toute la gamme. Un chardonnay et un pinot noir n’évoluent pas au même rythme ; cuvée, année et conditions de cave changent la perspective. Pour un repas proche ou une mise en cave, notre conseil commence donc par le vin précis, plutôt que par une durée plaquée sur le nom du producteur.

Les trois libellés Au Bon Climat que nous référençons

Notre catalogue réunit « Chardonnay - Au Bon Climat, Santa Barbara County », « Pinot Noir - Au Bon Climat, Santa Barbara County » et « Pinot Noir "Bauge Au-Dessus" - Au Bon Climat, Santa Barbara County ». Ces trois entrées permettent d’aborder la maison par ses deux cépages centraux, sans réduire son histoire à une seule cuvée.

À Ferney-Voltaire ou à Saint-Genis-Pouilly, nous pouvons partir de votre plat ou de votre goût pour les blancs de texture et les rouges fins pour vous orienter. Pour les disponibilités, dites-nous simplement la cuvée et l’année recherchées : nous vous répondrons en boutique.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

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