Crissante à La Morra : des raisins vendus au domaine familial
Un domaine ne commence pas toujours par l’achat d’une vigne. Parfois, les ceps sont déjà là : ce qui change, c’est la décision de garder les raisins pour en faire son propre vin. En 1958, à Santa Maria di La Morra, Crissante et Teresa Alessandria franchissent ce pas. Nous aimons cette histoire parce qu’elle ramène le Barolo à une réalité de famille et de ferme, avant les noms prestigieux. La suite se construit autour de la Cascina Roggeri, de parcelles proches et de plusieurs générations qui apprennent à les distinguer.
1958 : garder les raisins et signer le vin
Crissante Alessandria est fils de vignerons. Avec Teresa, surnommée Gina, il dispose de raisins issus des vignes familiales, jusque-là vendus aux grandes caves historiques des Langhe. Leur décision de les vinifier change la nature de leur travail : la récolte n’est plus seulement une matière première confiée à une autre maison. Le couple accompagne désormais le raisin jusqu’au vin qui portera son nom.
Les premières vinifications prennent place dans les caves souterraines de la Cascina Roggeri. Le premier Barolo réunit des nebbiolos de plusieurs lieux, notamment Roggeri et Capalot. Son élevage se fait dans de grands contenants de chêne de Slavonie. Il n’est pas nécessaire d’imaginer une rupture spectaculaire : cette naissance tient à un déplacement très concret de la responsabilité, du vignoble jusqu’à la bouteille.
Nous y voyons une bonne manière d’aborder une signature moins familière. Avant de comparer les étiquettes, il y a cette question simple : qu’a voulu faire une famille de ses propres raisins ? Ici, la réponse n’est ni une marque créée de toutes pièces ni une collection de vins achetés ailleurs, mais le prolongement d’une activité viticole déjà enracinée à La Morra.
La Cascina Roggeri, point fixe de trois générations
Le domaine reste attaché à Santa Maria, dans la commune de La Morra. Les vignes se répartissent notamment entre Capalot, Galina et Roggeri ; la cave et les maisons de la famille se trouvent dans ce dernier secteur. Cette proximité donne une échelle lisible à l’ensemble : plusieurs lieux de vigne, mais un même centre de travail et de vie.
Avec le développement de l’exploitation, de nouvelles parcelles sont acquises dans la commune. Michele et Roberto, les fils de Crissante, poursuivent le travail ; les vins de Capalot et de Roggeri commencent à être vinifiés séparément. Puis Alberto et Luca, fils de Michele, rejoignent à leur tour la maison. La transmission ne consiste donc pas seulement à conserver un nom sur une porte : elle passe aussi par une lecture plus détaillée des récoltes.
Pour nous, c’est le fil intéressant de ce portrait. Le premier vin rassemblait plusieurs provenances. Au fil des générations, certaines sont distinguées et deviennent des expressions à part entière. Les deux démarches peuvent coexister : réunir des parcelles pour raconter une commune, ou en isoler une pour rendre son caractère plus lisible. Ce n’est pas une opposition entre un vin simple et un vin sérieux, mais deux façons de travailler une même géographie.
Galina et le Barolo communal : isoler un lieu ou les réunir
Le Barolo del Comune di La Morra assemble des nebbiolos de Roggeri, San Biagio et Bettolotti. Les terres ne sont pas identiques : argile et calcaire à Roggeri, argiles légères et sable pour les deux autres origines. Le vin communal construit ainsi sa personnalité avec plusieurs pièces du paysage. Son nom parle de La Morra dans son ensemble plutôt que d’une seule parcelle.
Galina resserre le regard sur un secteur situé au sud de la colline de La Morra. On y trouve un sol calcaire mêlé de sable fin et une exposition au sud. La vinification comporte environ quatre semaines de macération en cuve inox, avec remontages. Ce contact entre jus et peaux participe à l’extraction des tanins : le temps compte, mais les gestes qui accompagnent ce temps comptent tout autant.
L’élevage de Galina se poursuit en grand fût de chêne non toasté. Nous retenons surtout le choix du contenant, pas une recette à appliquer à tous les Barolo. Un grand volume de bois et une petite barrique ne mettent pas le vin dans les mêmes conditions. Dans cette famille, la distinction des lieux reste accompagnée par un travail patient de cave ; elle ne se réduit pas au mot ajouté sur l’étiquette.
Des fruits mûrs, de la réglisse et une table sans sucre
Dans le registre de Galina, les fruits mûrs côtoient la mûre, l’abricot et la réglisse, avec une nuance vanillée. La bouche est ample, avec des tanins souples. Le Barolo communal va davantage vers la cerise et la fraise mûre, sur un fond d’abricot séché et une touche goudronnée. Ces profils permettent de situer les deux approches : davantage d’ampleur pour Galina, un fruit rouge plus apparent dans le vin communal.
À table, nous proposons un service autour de 16 à 17 °C, dans un verre à vin assez large. Une pièce chauffée peut vite donner trop de place à l’alcool ; un léger rafraîchissement aide à préserver le relief du fruit. Nous préférons commencer par un verre, puis décider d’une aération supplémentaire selon la façon dont le vin s’ouvre. Une carafe n’est pas une obligation liée au seul nom Barolo.
Un bœuf braisé, des champignons rôtis ou une volaille avec un jus réduit constituent de bons points de départ. Le sel, le jus et les textures fondantes accompagnent mieux les tanins qu’une sauce très sucrée. Pour la garde, le Barolo communal possède un véritable horizon d’évolution : la maison recommande de le boire dans les dix à quinze années suivant la mise en bouteille. Nous gardons ce repère attaché à cette cuvée, et le choix du moment se précise avec l’année et le parcours de la bouteille.
Les trois libellés Crissante que nous référençons
Dans notre catalogue, la famille apparaît sous trois libellés exacts : « Barbera d'Alba - Crissante Alessandria », « Barolo "Galina" - Crissante Alessandria » et « Barolo del Commune Di La Morra - Crissante Alessandria ». Ces noms permettent de retrouver la maison, du barbera aux deux lectures du nebbiolo ; nous ne confondons pas pour autant notre Barbera d’Alba avec la cuvée Superiore Rugè, qui porte un autre nom au domaine.
Pour découvrir cette histoire, nous partirions volontiers du Barolo communal : il garde quelque chose du geste fondateur qui réunit plusieurs provenances. Galina permet ensuite de suivre le choix d’un lieu. Dites-nous le repas et l’envie d’ouvrir maintenant ou de laisser évoluer le vin ; nous vous aiderons à choisir entre ces approches dans nos boutiques du Pays de Gex. La disponibilité des cuvées se confirme auprès de nous selon les arrivages.
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.
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