Zanatta : du Veneto à la Gallura, une histoire de patience
On peut venir d’une autre région et finir par consacrer sa vie à un paysage. C’est le chemin de Bruno Zanatta, œnologue originaire de Trévise, installé professionnellement en Sardaigne bien avant d’y créer son domaine familial. Nous aimons cette histoire pour son rythme : d’abord apprendre un territoire, ensuite planter, puis bâtir une cave. La Gallura en est le point d’ancrage, sans résumer à elle seule tous les vins de la maison.
1975 : apprendre la Sardaigne avant de devenir propriétaire
Bruno Zanatta commence sa carrière en Gallura en 1975. Il vient du Veneto, cette région du nord-est de l’Italie dont Trévise fait partie. Le domaine familial, lui, naît en 2003. Entre les deux dates, il y a presque trente années de métier sur place : le projet n’est donc pas celui d’un nouvel arrivant découvrant une île au moment d’y acheter des vignes.
Cette chronologie donne une autre lecture du nom Zanatta sur une étiquette sarde. Le nom de famille conserve son origine vénitienne ; le travail du vin s’enracine dans le nord-est de la Sardaigne. Pour nous, l’intérêt est là : une histoire viticole ne se réduit ni au lieu de naissance du vigneron ni au nombre de générations inscrit sur une façade. Le temps passé à connaître un terrain compte aussi.
Il serait tentant de raconter une recette venue du nord et appliquée au sud. Ce serait manquer le sujet. Les premières plantations réunissent au contraire vermentino et cannonau, deux cépages autour desquels se construit l’identité sarde de la maison.
Des premières collines à la cave d’Olbia
En 2003, les premiers vingt hectares sont acquis dans une zone de collines, à 300 mètres d’altitude. Ils accueillent vermentino et cannonau. Deux ans plus tard, cent hectares supplémentaires sont achetés sur la commune d’Olbia, puis plantés progressivement. La cave de vinification est réalisée en 2008 : la famille dispose alors du lieu où mener la transformation de ses raisins.
Ces étapes sont plus parlantes qu’une simple date de fondation. Acheter la terre, établir les vignes et construire l’outil de cave sont trois gestes différents, répartis ici sur plusieurs années. Le vignoble prend forme avant que l’ensemble du cycle de production soit réuni. Nous retenons cette progression plutôt que l’image d’un domaine apparu tout équipé en une seule saison.
La relève s’inscrit ensuite dans ce parcours. Marco rejoint l’entreprise en 2009 et y tient le rôle d’œnologue. Elena arrive en 2017 et travaille au développement commercial. Autour de Bruno, la dimension familiale repose donc aussi sur des métiers complémentaires : élaborer les vins et les faire connaître. La transmission ne concerne pas seulement les rangs de vigne.
La Gallura comme ancrage, pas comme origine de chaque cuvée
La Gallura occupe le nord-est de la Sardaigne. Le granite, les terres sableuses et pauvres en matière organique, la végétation méditerranéenne et les bois de chênes-lièges y composent le paysage. Autour d’Olbia, mer et montagnes encadrent le territoire du domaine. C’est dans ce décor que se trouvent les plantations qui ont lancé l’histoire familiale.
Pourtant, lire tous les vins Zanatta comme des vins de Gallura serait une erreur. Le Monica Renarossa est produit dans la région de Cagliari. La gamme relie donc plusieurs lieux de l’île, et pas seulement le paysage qui entoure la cave. Voilà une distinction utile au moment de découvrir un producteur : l’adresse de la maison ne donne pas automatiquement l’origine de chaque vin.
Nous préférons garder ces lieux séparés dans le récit. Le cannonau et le vermentino éclairent les débuts du vignoble ; le monica ouvre une autre porte sur la Sardaigne. Les réunir sous un même nom de famille n’efface ni leurs cépages ni leurs provenances.
Deux rouges sardes pour sentir autre chose que le soleil
Le Cannonau Salana a une robe grenat et un parfum intense, ample et persistant. C’est un rouge que nous placerions du côté des plats de caractère plutôt que des préparations très délicates. Viande rouge, gibier à plume ou à poil et pecorino lui donnent des partenaires cohérents : la structure du plat répond à celle du vin, sans devoir ajouter une sauce sucrée.
Le Monica Renarossa joue une partition plus précise sur le plan aromatique : herbes méditerranéennes, petits fruits rouges, bouche ronde et complexe. Ces repères permettent de sortir de l’idée trop courte du « rouge du soleil ». Il y a un parfum végétal et fruité à chercher, pas seulement de la chaleur ou de la puissance. Pour la table, nous l’imaginerions avec des aubergines rôties, des pâtes au jus de viande ou un agneau aux herbes. Ces accords gardent les herbes et le fruit au centre de l’assiette, sans couvrir le vin d’une sauce trop puissante.
Nous ne choisirions donc pas entre les deux à partir d’une hiérarchie de prestige. Une envie de fruits rouges et d’herbes mène vers le monica ; un plat plus structuré donne au cannonau une place naturelle. Le menu devient un meilleur guide que la seule notoriété du cépage.
Garder le parfum dans le verre, sans surchauffer le rouge
Pour le service, nous partirions autour de 17 à 18 °C, dans un verre à vin rouge assez ouvert. C’est notre conseil de table pour laisser le parfum se déployer tout en évitant qu’une pièce chauffée ne pousse rapidement le vin vers une sensation trop chaleureuse. Une bouteille n’a pas besoin d’être à la température du salon pour accompagner un repas d’automne.
Un premier petit verre permet ensuite de suivre son ouverture pendant le plat. Nous ne préconisons pas une longue carafe par principe : le millésime et l’évolution de la bouteille comptent davantage qu’une règle appliquée à tous les rouges sardes. Le but reste de retrouver les arômes, pas de rendre chaque cuvée plus imposante.
Pour la cave, le cannonau peut évoluer avec le temps, mais nous préférons conseiller une année précise plutôt que promettre une durée identique à toutes les bouteilles. Une cave fraîche, sombre et stable reste le bon cadre. Pour le monica, l’envie de profiter des petits fruits rouges est déjà une raison suffisante d’ouvrir la bouteille à table, sans attendre un anniversaire lointain.
Ce que nous référençons de cette famille sarde
Notre catalogue Vins du monde réunit deux libellés Zanatta : Cannonau di Sardegna "Salana" - Zanatta et Monica di Sardegna "Renarossa" - Zanatta. Ils prolongent concrètement cette histoire chez nous : deux cépages, deux expressions de l’île, un même nom de famille.
À Saint-Genis-Pouilly comme à Ferney-Voltaire, nous pouvons partir d’un plat ou d’un goût aimé pour vous aider à les situer parmi d’autres rouges italiens. La disponibilité et les années se confirment simplement avec nous en boutique.
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