Histoires de vignerons

Bénédicte et Stéphane Tissot : l’Arbois parcelle par parcelle

Publié le 2026-08-27 · 6 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

À Arbois, deux vignes voisines peuvent donner des vins très différents. Une marne lourde retient l’eau, un éboulis calcaire draine davantage, une exposition décale la maturité : le nom de la parcelle n’est pas un ornement sur l’étiquette. Bénédicte et Stéphane Tissot ont construit leur travail autour de cette lecture précise du lieu. Leur gamme est large, mais son fil reste lisible : laisser parler Les Bruyères, La Mailloche, En Barberon ou le Clos de la Tour de Curon sans les fondre dans un goût unique. Nous aimons cette approche parce qu’elle rend le Jura concret, verre après verre.

Montigny-les-Arsures, au cœur de l’Arbois

L’appellation Arbois s’étend sur douze communes et 766 hectares. Montigny-les-Arsures en fait partie, au nord d’Arbois, dans un relief où les marnes profondes rencontrent des éboulis calcaires. Les cinq cépages jurassiens y ont leur place : chardonnay et savagnin en blanc, poulsard, trousseau et pinot noir en rouge. Cette diversité suffit déjà à écarter une idée reçue : l’Arbois n’est pas un seul style de vin.

Le poulsard donne souvent des rouges pâles, souples, portés par la groseille, la fraise, les épices légères et parfois une note de sous-bois. Le trousseau apporte davantage de couleur, de poivre et de chair. Le pinot noir garde un fruit rouge plus droit. Côté blanc, le chardonnay peut aller de l’élan citronné à une matière plus ample, tandis que le savagnin change profondément de visage selon son élevage.

Nous lisons donc une bouteille d’Arbois sur trois plans : le cépage, le lieu et la manière dont le vin a été élevé. Chez Bénédicte et Stéphane Tissot, les noms de parcelles aident précisément à faire ce lien. Ils ne promettent pas qu’un sol se goûte comme un ingrédient ; ils permettent de comparer plusieurs expressions nées dans le même paysage.

Les Bruyères et La Mailloche : la parcelle avant la recette

Le domaine travaille 35 hectares en biodynamie certifiée Demeter et produit 28 cuvées. Ce nombre n’est pas une course à la nouveauté : il vient d’une volonté de séparer des terroirs plutôt que de tout assembler. Les Bruyères, La Mailloche, En Barberon et Curon reviennent ainsi comme des repères. Une partie du travail consiste à entretenir des sols vivants, à labourer les vignes et à accompagner les fermentations avec les levures présentes sur les raisins et dans la cave.

Les Bruyères reposent sur des argiles du Trias. La Mailloche est marquée par les argiles du Lias ; son nom évoque d’ailleurs un sol si dur en été qu’il rappelait une masse. Sur le papier, la nuance semble géologique. Dans le verre, elle devient une question de texture, de tension et de longueur. Un chardonnay de parcelle n’est pas recherché pour un parfum spectaculaire, mais pour la façon dont le fruit, l’acidité, l’élevage et la matière restent liés.

Nous retrouvons là une idée simple du métier de vigneron : intervenir avec précision sans effacer les différences. La biodynamie ne remplace ni le goût ni le jugement. Elle décrit une méthode de culture certifiée ; la qualité se mesure ensuite à l’équilibre du vin. Cette distinction compte, car un label ne dispense jamais de goûter, de comparer et de choisir.

Ouillé, sous voile : deux chemins pour le savagnin

L’ouillage consiste à compléter régulièrement le fût pour maintenir le vin au contact du bois et du liquide, avec très peu d’air. Le savagnin ouillé conserve ainsi un profil tendu : citron mûr, fleurs blanches, herbes fines, pierre humide et une salinité qui allonge la bouche. Il peut surprendre ceux qui associent tout le Jura aux noix et aux épices.

Un élevage sous voile suit une autre route. Le fût n’est pas complété ; une pellicule de levures se forme à la surface et protège partiellement le vin tout en transformant ses arômes. Le savagnin va alors vers la noix fraîche, le curry doux, les épices, la pomme sèche et une finale très persistante. Le vin jaune pousse cette logique beaucoup plus loin : il est élevé au moins six ans et trois mois avant d’être présenté dans son clavelin de 62 centilitres.

Ces deux familles ne s’opposent pas. Nous choisissons un savagnin ouillé quand nous cherchons de la netteté, de l’énergie et un blanc facile à placer à table. Nous allons vers un vin sous voile lorsque le plat peut répondre à son intensité aromatique. Le domaine permet justement de parcourir les deux chemins, du libellé ARBOIS « Savagnin Ouillé » - Domaine Bénédicte & Stéphane TISSOT aux vins jaunes parcellaires.

À table : servir les blancs et les rouges du domaine

Nous servons un chardonnay ou un savagnin ouillé entre 11 et 13 °C. À cette température, le vin garde son élan sans perdre sa texture. Leur goût d’agrumes, de fleurs et de pierre accompagne une truite, une féra du Léman, une volaille rôtie, des quenelles ou un comté encore jeune. Une ouverture trente minutes avant le repas suffit souvent. Dans une bonne cave, un blanc ouillé sérieux peut évoluer cinq à dix ans : le fruit devient plus mûr, la cire et les épices apparaissent, mais il reste inutile d’attendre lorsque la fraîcheur fait déjà plaisir.

Le vin jaune demande un autre rythme. Nous le plaçons autour de 15 ou 16 °C et nous lui laissons une à deux heures d’air. Sa puissance de noix, d’épices et de fruits secs appelle une poularde aux morilles, un comté affiné ou un poisson à la crème. Sa garde se compte en décennies lorsque la bouteille a été conservée au frais et dans l’obscurité.

Pour le trousseau, le poulsard et le pinot noir, 14 ou 15 °C donnent un fruit plus net qu’une température de pièce. Le poulsard convient aux charcuteries fines et aux volailles ; le trousseau aime une viande rôtie, des lentilles ou des champignons ; le pinot noir se place naturellement avec un veau ou un canard peu saucé. Nous donnons un repère de trois à huit ans pour ces rouges, avec une marge plus large pour les cuvées les plus structurées. L’année et la conservation gardent toujours le dernier mot.

Ce que nous référençons chez Bénédicte et Stéphane Tissot

Notre catalogue permet de suivre plusieurs facettes du domaine. Pour les blancs de parcelle, nous référençons les libellés exacts ARBOIS « La Mailloche » - Domaine Bénédicte & Stéphane TISSOT et ARBOIS « Les Bruyères » - Domaine Bénédicte & Stéphane TISSOT. Ils donnent un point de départ clair pour comparer deux sols sans réduire le vin à la géologie.

Le catalogue comprend aussi ARBOIS « Savagnin Ouillé » - Domaine Bénédicte & Stéphane TISSOT, ARBOIS « Trousseau Singulier » - Domaine Bénédicte & Stéphane TISSOT et ARBOIS Pinot Noir « Sous la Tour » - Domaine Bénédicte & Stéphane TISSOT. Pour le registre sous voile, les libellés ARBOIS Vin Jaune « En Spois » - Domaine Bénédicte & Stéphane TISSOT et ARBOIS Vin Jaune « Les Bruyères » - Domaine Bénédicte & Stéphane TISSOT montrent jusqu’où cette lecture parcellaire peut aller.

La disponibilité varie avec les arrivages ; dites-nous la cuvée et l’année recherchées, nous vous répondrons franchement — y compris quand la réponse est non.

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