Boekenhoutskloof : de la syrah du Swartland au Wolftrap blanc
Boekenhoutskloof porte un nom difficile à prononcer, mais ses vins racontent une idée très claire : dans le Cap, la syrah peut être profonde sans perdre sa fraîcheur, et l’assemblage peut donner du relief plutôt que masquer les cépages. Entre la Syrah, The Chocolate Block et The Wolftrap White, nous suivons trois rythmes de table, du rouge de garde au blanc souple et frais.
De Franschhoek au Swartland, une maison sur deux paysages
La ferme de Boekenhoutskloof remonte à 1776, dans un vallon retiré de Franschhoek. Son nom signifie « ravin du boekenhout », un arbre indigène du Cap proche du hêtre. La propriété et la maison ont été restaurées en 1993, avec de nouvelles plantations de syrah, cabernet sauvignon, cabernet franc, grenache, sémillon et viognier. Cette histoire ancienne n’empêche donc pas le vignoble moderne de s’être construit par étapes.
La syrah en est devenue le fil rouge. Boekenhoutskloof a aussi cherché des raisins plus au nord, dans le Swartland, région chaude et sèche où de vieilles vignes et des sols variés donnent des rouges mûrs mais capables de garder de l’énergie. L’acquisition de Porseleinberg en 2009, puis de Goldmine en 2014, a renforcé ce lien. Depuis 2015, The Chocolate Block porte l’origine Swartland. La maison de Franschhoek et les vignobles du Swartland ne racontent donc pas deux domaines séparés : ils forment les deux points d’appui d’un même travail.
Nous trouvons ce passage d’un paysage à l’autre particulièrement parlant. La syrah seule permet de lire la profondeur et les épices du cépage. The Chocolate Block montre ce qu’un assemblage lui apporte en largeur et en souplesse. The Wolftrap White change de couleur, mais conserve la même logique : plusieurs cépages réunis pour construire un vin complet, pas pour effacer leurs différences.
La syrah garde le poivre et gagne la profondeur du Cap
La Syrah de Boekenhoutskloof cherche moins la puissance sucrée que la superposition des goûts. Le fruit noir ouvre la bouche — mûre, prune, cerise sombre — puis viennent le poivre, la violette, l’olive noire et une note fumée. La matière est dense, mais une acidité nette et des tanins fins évitent l’effet massif. C’est ce contraste qui la rend intéressante : elle a la chaleur du Cap sans devenir molle.
Nous la servons à 16 °C, dans un verre assez large. Une bouteille jeune gagne à être ouverte une heure avant le repas ; une carafe douce convient si le vin reste fermé, mais il n’a pas besoin d’être secoué. À table, il faut un plat savoureux plutôt qu’un accompagnement sucré : épaule d’agneau, côte de bœuf, canard rôti, champignons grillés ou aubergines fumées. Le poivre du vin répond aux sucs de cuisson, tandis que le fruit noir supporte les chairs goûteuses.
Dans une cave stable, six à douze ans forment un repère raisonnable. La jeunesse met en avant la mûre, la violette et le poivre ; le temps fait apparaître le cuir fin, l’olive, les herbes sèches et la fumée. Nous préférons donner cette fenêtre utile plutôt qu’un record de longévité : le bon moment dépend du goût recherché et de la façon dont la bouteille a été conservée.
The Chocolate Block : l’assemblage change, son équilibre demeure
The Chocolate Block est né en 2002. Son assemblage n’est pas figé : il évolue avec la récolte pour garder une même silhouette. En 2023, la syrah représentait 74 %, complétée par le grenache, le cabernet sauvignon, le cinsault et une petite part de viognier. La syrah donne la colonne vertébrale et le poivre ; le grenache apporte du fruit et de la rondeur ; le cabernet resserre la trame ; le cinsault allège le toucher ; le viognier relève le parfum.
Le nom peut faire attendre un goût de chocolat. Ce n’est pas la bonne clé. On trouve plutôt la cerise noire, la prune, la mûre, les épices et les herbes sèches, avec parfois une nuance de cacao liée à la maturité du fruit et à l’élevage. Le vin reste ample, mais l’assemblage lui donne plusieurs étages : fruit immédiat, milieu de bouche charnu, finale plus fraîche et épicée.
À 16 °C, il accompagne un agneau aux herbes, un bœuf braisé, des travers de porc peu sucrés, un tajine sans fruits confits ou un plat d’aubergines rôties. Nous l’ouvrons quarante-cinq minutes avant le service lorsqu’il est jeune. Quatre à huit ans de garde permettent au fruit de se fondre sans perdre son élan ; une bouteille plus âgée demande un service calme, car l’air fait alors évoluer rapidement les parfums. Le format de 375 ml arrive plus vite à maturité qu’une bouteille de 75 cl : il se montre pratique pour deux verres à table, mais il ne faut pas lui appliquer la même attente de garde.
The Wolftrap White réunit trois blancs sans les confondre
The Wolftrap White assemble viognier, chenin blanc et grenache blanc. Dans la composition 2024, leurs parts sont presque égales : 34 % de viognier, 33 % de chenin et 33 % de grenache blanc. Le viognier apporte la pêche, l’abricot et les fleurs ; le chenin garde la fraîcheur, les agrumes et une pointe de pomme ; le grenache blanc donne du volume et une finale souple. L’ensemble est plus expressif qu’un blanc strictement minéral, sans tomber dans la lourdeur.
Nous le servons à 9 ou 10 °C. Trop froid, il perd son parfum ; trop chaud, le viognier prend toute la place. Il convient à un poulet citronné, des crevettes grillées, un curry doux de légumes, un poisson au fenouil ou un fromage de chèvre peu affiné. Son fruit supporte les épices douces, tandis que le chenin rafraîchit les sauces crémeuses. C’est aussi un blanc simple à placer à l’apéritif lorsque la table réunit des goûts différents.
Deux à quatre ans de cave suffisent pour profiter de son équilibre entre fruit et fraîcheur. Il n’a pas besoin d’une longue garde pour devenir intéressant. Une ouverture de quinze minutes et un verre à blanc de taille moyenne lui donnent assez d’air. Cette façon de servir permet de sentir les trois cépages tour à tour, au lieu de réduire le vin à un blanc exotique et parfumé.
Ce que nous référençons de Boekenhoutskloof
Notre catalogue porte les libellés exacts « Syrah - Boekenhoutskloof, Franschhoek », « "The Chocolate Block" - Boekenhoutskloof, Franschhoek », « 375ml "The Chocolate Block" - Boekenhoutskloof, Franschhoek » et « The Wolftrap White - Boekenhoutskloof, Franschhoek ». Cette série permet de passer d’une syrah profonde à un rouge d’assemblage, puis à un blanc de trois cépages, sans quitter la même maison.
Dites-nous le plat, le nombre de convives et l’année de la bouteille : nous vous répondrons franchement sur la température, l’ouverture et le temps de garde. La disponibilité de ces cuvées varie selon les arrivages dans nos boutiques de Ferney-Voltaire et de Saint-Genis-Pouilly.
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