Histoires de vignerons

Château Yvonne : la renaissance d’un vignoble de Parnay

Publié le 2026-09-24 · 5 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

Château Yvonne porte un prénom parce qu’Yvonne et Jean-François Lamunière ont redonné vie à ce vignoble de Parnay en 1997. Mathieu Vallée en a repris la suite dix ans plus tard, puis Stéphanie l’a rejoint en 2015. Nous aimons cette histoire sans rupture : un domaine jeune par sa forme actuelle, mais installé dans un village où la vigne accompagne la Loire depuis des siècles. Dans le verre, cette continuité se partage entre deux cépages, le chenin blanc et le cabernet franc, et deux cuvées parcellaires qui rendent le paysage très concret : Le Gory en blanc, Le Beaumeray en rouge.

De la maison de vigneron au domaine de Mathieu Vallée

Le logis de Château Yvonne date du XVIe siècle. Son histoire viticole devient plus lisible au XIXe : un vigneron y habite en 1813, puis d’autres lui succèdent jusqu’à la Première Guerre mondiale. Le fil se rompt avant de reprendre en 1997, lorsque Yvonne et Jean-François Lamunière recréent le vignoble avec l’aide de Françoise Foucault. Le nom du domaine garde la mémoire de cette relance.

Mathieu Vallée reprend Château Yvonne en 2007. Il conserve ce nom par reconnaissance pour le travail accompli et ajoute cinq hectares sur le village de Champigny. Le vignoble, d’abord remarqué pour ses blancs secs de chenin, prend alors une dominante rouge. Stéphanie rejoint Mathieu en 2015. Quatre ans plus tard, le nouveau chai apporte davantage d’inertie thermique et un contrôle plus précis des températures, sans effacer le rôle des caves creusées dans le tuffeau.

Le domaine poursuit depuis un développement mesuré. Quatre hectares de Parnay sont repris en 2021, dont le Clos de la Pouge, planté en chenin en 1947. Des arbres entrent aussi dans les parcelles afin de créer de l’ombre, de couper certains vents et d’enrichir la biodiversité. Nous retenons surtout la logique d’ensemble : protéger les vieilles vignes, adapter la taille à chaque parcelle et laisser le lieu décider du style plutôt que lui imposer une recette unique.

Le tuffeau relie les blancs et les rouges de Parnay

Les seize hectares de Château Yvonne se répartissent entre Parnay, Champigny, Turquant et Montsoreau : dix hectares de cabernet franc, cinq de chenin et un demi-hectare de pineau d’aunis. Le vignoble est conduit en agriculture biologique certifiée depuis 1997. Le travail du sol, la protection des ceps anciens et les préparations de plantes accompagnent cette continuité sans transformer le vin en discours militant.

Sur la Côte de Saumur, la roche mère est une craie tendre appelée tuffeau. Elle affleure sous des couches d’argile ou de sable et garde une partie de l’eau avant de la restituer progressivement. Le chenin trouve sur les argiles calcaires de la côte une tension qui équilibre sa matière. Le cabernet franc y donne des rouges plus profonds que ne le laisse penser leur fruit immédiat. Plus au sud de Parnay, les sols sableux et plus tardifs favorisent des expressions plus souples et croquantes.

Le Gory et Le Beaumeray permettent de voir la nuance à l’échelle d’une parcelle. Le premier vient d’argiles rouges et jaunes profondes posées sur le calcaire turonien, avec beaucoup de pierres en surface. Le second associe des sables éoliens au même socle de tuffeau. Nous ne parlons donc pas d’un blanc et d’un rouge qui partageraient seulement une adresse : chacun traduit une couche de sol, une exposition et un rythme de maturité particuliers.

Yvonne Blanc et Le Gory : deux rythmes de chenin

Le Saumur blanc du domaine réunit plusieurs parcelles de Parnay, Turquant et Montsoreau. Le chenin y mêle fruits blancs, fleurs, agrumes et une finale fraîche. Nous le servons autour de 10 ou 11 °C, assez frais pour garder son élan mais pas glacé. Un sandre au beurre blanc, une volaille à la crème, des champignons ou un chèvre affiné lui donnent de la matière sans masquer sa vivacité. Cinq à huit ans dans une cave stable lui permettent de gagner des notes de cire, de coing et de fruits secs.

Le Gory resserre la lecture sur une seule parcelle dominant la Loire à Parnay. Les argiles profondes donnent davantage d’amplitude. Le profil associe agrumes compotés, fleurs blanches, épices douces et une nuance légèrement miellée, avec une nervosité qui tient la longueur. Nous le servons vers 11 ou 12 °C dans un verre de blanc assez large. Un poisson rôti, une volaille aux morilles, des noix de Saint-Jacques ou un comté affiné répondent mieux à sa densité qu’une entrée très acide.

C’est aussi le blanc qui demande le plus de patience. Huit à quinze ans constituent un horizon cohérent dans une cave fraîche, sombre et sans variations brutales. Le chenin passe alors du citron et des fleurs vers le coing, la cire et les épices, tout en conservant son ressort. Une bouteille jeune gagne simplement à être ouverte vingt minutes avant le repas ; une carafe énergique risquerait de réduire trop vite la tension qui fait son intérêt.

Saumur-Champigny et Beaumeray : le cabernet franc change de profondeur

Le Saumur-Champigny de Château Yvonne donne la lecture la plus immédiate du cabernet franc : fruits rouges et noirs, violette, tanins fins et finale fraîche. Nous le servons à 15 ou 16 °C avec une volaille rôtie, un veau aux herbes, des lentilles ou des champignons. Trois à huit ans de garde préservent son fruit tout en laissant apparaître des notes plus épicées. Le mettre légèrement au frais avant le service lui rend souvent plus de précision qu’une longue aération.

Le Beaumeray vient d’une parcelle unique de Parnay, sur des sables éoliens posés sur le tuffeau. Les raisins macèrent quatre semaines dans une cuve tronconique, sans levurage, et la fermentation se déroule dans la cave troglodyte sans thermorégulation. Le vin garde le fruit du cabernet franc — fraise, framboise, fruits noirs — mais ajoute une bouche plus pleine, une trame acide nette et des nuances grillées. Ici, la finesse du sable ne signifie pas légèreté : elle rend plutôt les tanins plus déliés.

Nous le servons à 16 °C avec un canard rôti, un pigeon, une joue de bœuf peu sucrée ou des cèpes. Une ouverture d’une heure suffit dans sa jeunesse ; la carafe reste une décision prise après le premier verre, pas un réflexe. Dix à quinze ans dans une bonne cave laissent le fruit évoluer vers le sous-bois, le cuir fin et les épices. Le Beaumeray garde ainsi l’accent souple du Saumur-Champigny tout en prenant la place d’un rouge de garde à table.

Ce que nous référençons de Château Yvonne

Notre catalogue porte les libellés exacts « Saumur - Château Yvonne », « Saumur "Le Gory" - Château Yvonne », « Saumur Champigny - Château Yvonne » et « Saumur Champigny "Beaumeray" - Château Yvonne ». Ils composent un parcours clair : le blanc d’assemblage pour l’élan, Le Gory pour l’amplitude du chenin, le rouge d’appellation pour le fruit et Beaumeray pour une garde plus longue.

Dites-nous le plat, le moment prévu pour l’ouverture et les conditions de cave : nous vous répondrons franchement sur la cuvée la plus juste. La disponibilité de ces vins varie selon les arrivages dans nos boutiques de Ferney-Voltaire et de Saint-Genis-Pouilly.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

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