Histoires de vignerons

Clément Bärtschi : le pinot noir et le chardonnay sous la falaise de Manicle

Publié le 2026-09-03 · 6 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

Manicle tient dans un paysage facile à reconnaître : une terrasse tournée vers le sud, serrée contre une falaise calcaire du Bugey. Le chardonnay y donne les blancs, le pinot noir les rouges. Clément Bärtschi s’y est installé en 2019 avec une solide formation d’œnologue et d’agronome, mais aussi avec l’envie très simple de revenir sur ses terres natales. Nous aimons ce domaine parce qu’il permet de parler du Bugey sans le réduire aux bulles : ici, un blanc ample garde de la fraîcheur et un pinot noir mûr conserve son grain, ses épices et son élan.

Manicle : une terrasse de calcaire tournée vers le sud

Le lieu-dit Manicle se partage entre Cheignieu-la-Balme et Pugieu, au sud du département de l’Ain. La vigne occupe une terrasse inclinée vers le sud, à environ 300 mètres d’altitude, avec une falaise dans le dos. Cette forme de cirque capte la lumière et protège le coteau, tandis que les éboulis calcaires assurent un drainage rapide. Le raisin peut mûrir franchement sans perdre toute sa fraîcheur, car les nuits du relief bugiste tempèrent les journées chaudes.

Le cadre de l’appellation est particulièrement lisible. Un Bugey Manicle blanc vient du chardonnay ; un Bugey Manicle rouge, du pinot noir. Deux cépages bourguignons, donc, mais un paysage différent : le Jura méridional, ses pentes, ses falaises et ses sols mêlant calcaire, marne et pierres descendues du rocher. Le mot « Manicle » sur l’étiquette désigne ce lieu précis, pas un style inventé au chai.

Cette simplicité nous plaît au comptoir. Elle permet de comparer deux expressions d’un même coteau. Le blanc peut associer agrumes, poire, fleurs et matière crayeuse ; le rouge va vers la cerise, le cassis, le poivre et parfois le sous-bois. La maturité solaire apporte du volume. Le calcaire et l’altitude gardent une ligne plus vive. Ce jeu entre chair et tension est le fil conducteur du domaine.

Clément Bärtschi, du Bugey au premier millésime 2019

Clément Bärtschi a grandi dans le Bugey. Avant de revenir à la vigne, il étudie la microbiologie à Lyon, obtient son diplôme d’œnologue à Bordeaux puis complète sa formation par un cursus d’ingénieur agronome en alternance. Son parcours passe par la Bourgogne et la vallée du Rhône. Il devient ensuite maître de chais pour les propriétés du groupe Chapoutier, travail qu’il mène encore en parallèle de son propre domaine.

L’occasion de s’installer se présente avec la vente de 2,5 hectares à Manicle. Il les achète en 2019 avant même d’avoir un chai à la mesure de la récolte. Le premier millésime est vinifié dans la cave de ses grands-parents. Ce départ raconte bien le projet : une formation très technique, mais aucune usine autour. Les parcelles, le matériel en place et le temps de travail fixent le rythme.

La conversion biologique commence dès l’installation ; la certification arrive en 2022. Chardonnay et pinot noir occupent le cœur du domaine. Après le gel sévère de 2021, Clément développe aussi un petit travail de raisins achetés à proximité, sur des parcelles conduites en agriculture biologique. Altesse, jacquère, mondeuse ou gamay élargissent alors la gamme sans brouiller son ancrage alpin. Nous y voyons deux lectures complémentaires : Manicle pour la précision d’un seul coteau, puis les IGP Vin des Allobroges pour explorer d’autres cépages du voisinage.

Pinot noir en grappes entières, chardonnay en grands fûts

Les blancs fermentent et s’élèvent dans des fûts de plusieurs vins, souvent de 300 à 400 litres, avec une part limitée de bois neuf. Le volume du contenant compte : plus grand qu’une barrique classique, il ménage le contact avec l’oxygène sans imposer trop vite le goût du chêne. Le Clos, chardonnay de Manicle, gagne ainsi de la largeur et une texture crémeuse tout en conservant l’acidité qui remet le vin en mouvement.

Pour les rouges, les grappes entières entrent en cuve inox. Garder la rafle mûre peut apporter du relief, une fraîcheur aromatique et un tanin différent de celui des seules peaux. L’élevage se poursuit dans des fûts déjà utilisés. La Pendia montre un pinot noir sur le fruit frais, le cacao et le poivre. Pinot Droit pousse davantage la fraise, la cerise, le sous-bois et les épices, avec des tanins fins. Sous les Rochers la Vigne peut aller vers une matière plus dense : cerise et cassis au nez, touche fumée, bouche soyeuse et finale tenue par des tanins plus fermes.

Les cuvées voisines donnent d’autres rythmes. Gamay Bu ! cherche le fruit immédiat et la buvabilité. Coup de Foug’ assemble altesse et jacquère dans un blanc tendu, salin et alpin. Aux Marettes garde un peu de douceur, avec un élevage sur lies qui arrondit la bouche. Nous ne les servons pas tous de la même manière : le nom du domaine relie la gamme, mais le cépage, le lieu et le niveau de sucre décident du verre et du plat.

À table : servir le blanc et le rouge sans les figer

Un chardonnay de Manicle s’exprime bien entre 11 et 12 °C. Plus froid, sa texture se resserre et le relief du fût disparaît ; plus chaud, l’ampleur prend le dessus. Nous le choisissons avec un omble chevalier, une volaille à la crème, des quenelles de brochet, des champignons ou un comté encore jeune. Coup de Foug’ peut être servi un degré plus frais, autour de 10 ou 11 °C, avec une truite, des beignets de fleurs de courgette ou un fromage de chèvre.

Pour La Pendia et Pinot Droit, 15 °C suffit. Un passage d’une demi-heure dans un endroit frais remet souvent la bouteille à la bonne température. Ces pinots aiment un veau rôti, une pintade, un pâté en croûte ou une poêlée de champignons. Sous les Rochers la Vigne rouge, plus structuré, accepte 16 °C et un plat plus profond : canard, joue de bœuf longuement mijotée ou polenta aux cèpes. Nous ouvrons les vins jeunes une heure avant le repas, puis nous goûtons avant de décider de les carafer.

Nos repères de garde restent concrets. Gamay Bu ! donne son meilleur fruit dans les deux ou trois ans. Les blancs de Manicle peuvent gagner en noisette, en cire et en ampleur pendant cinq à huit ans dans une cave fraîche. La Pendia et Pinot Droit se suivent volontiers sur cinq à huit ans ; un rouge plus ferme comme Sous les Rochers la Vigne peut aller vers huit à dix ans. Une cave chaude raccourcit ces horizons. Nous préférons une bouteille ouverte au bon moment à une attente prolongée par principe.

Ce que nous référençons de Clément Bärtschi

Notre catalogue cite exactement « Bugey Manicle "La Pendia" - Domaine Clément Bartschi », « Bugey Manicle "Le Clos" - Domaine Clément Bartschi », « Bugey Manicle "Les Levroutés" - Domaine Clément Bartschi » et « Bugey Manicle "Sous les Rochers la Vigne" - Domaine Clément Bartschi ». Il comprend aussi « Bugey "Gamay Bu!" - Domaine Clément Bartschi » et « Bugey Brut Nature "Sur les Graviers" - Domaine Clément Bartschi ».

Le versant alpin de la gamme apparaît dans « IGP Vin des Allobroges "Aux Marettes" - Domaine Clément Bartschi », « IGP Vin des Allobroges "Coup de Foug' " - Domaine Clément Bartschi » et « IGP Vin des Allobroges "La Retardière" - Domaine Clément Bartschi ». Ces libellés ne racontent pas tous le même vin : dites-nous si le repas appelle un chardonnay de Manicle, un pinot noir épicé, un blanc d’altesse et de jacquère ou une bulle sèche, et nous choisirons avec vous.

Les cuvées exactes présentes dans nos boutiques varient selon les arrivages.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

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