Histoires de vignerons

Le Fief Noir : deux vignerons, le chenin et les schistes de l’Anjou noir

Publié le 2026-08-31 · 6 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

Alexis Soulas et Dominique Sirot ne sont pas nés dans les vignes de l’Anjou. Ils se sont rencontrés en Corse, ont appris le métier dans un grand domaine, puis ont cherché le lieu où construire le leur. En 2014, ils reprennent le Domaine des Chesnaies à Saint-Lambert-du-Lattay et lui donnent peu à peu un nouveau visage : le Fief Noir. Le nom parle du schiste sombre sous les ceps ; les vins, eux, font entendre le chenin, le cabernet franc, le grolleau et quelques compagnons ligériens. Nous suivons ce domaine parce que sa gamme explique l’Anjou sans le réduire à une seule couleur ni à un seul style.

De la Corse à Saint-Lambert-du-Lattay

Alexis Soulas grandit à Paris, avec des séjours réguliers à la campagne. Des études d’agronomie lui donnent une première voie, mais il cherche un métier plus manuel et plus sensoriel. Il rejoint alors une école d’ingénieur à Bordeaux, puis la faculté d’œnologie. Dominique Sirot arrive par un autre chemin : après une classe préparatoire littéraire et des études d’histoire, il se forme à la viticulture et à l’œnologie. Les deux hommes se rencontrent en Corse, où ils travaillent dans un domaine de 250 hectares.

Cette expérience leur apprend l’échelle, l’exigence et l’autonomie. Elle fait aussi naître l’envie de travailler pour leur propre compte. Ils visitent plusieurs dizaines de propriétés sur le continent avant d’arriver en Anjou. À Saint-Lambert-du-Lattay, le Domaine des Chesnaies réunit deux choses qu’ils cherchent : un vignoble à reprendre et un grand terrain d’expression pour le chenin. Ils s’y installent en 2014.

Le passage au nom « Fief Noir » ne relève pas seulement d’un changement d’étiquette. Il accompagne des travaux au domaine, une gamme resserrée et une conversion vers la culture biologique. Alexis et Dominique veulent préserver le caractère agricole du lieu tout en l’adaptant à leur façon de travailler. Le projet tient dans cet équilibre : reprendre une histoire déjà commencée, sans jouer les héritiers d’une tradition qui ne serait pas la leur.

Pourquoi l’Anjou est noir

Le domaine couvre 30 hectares à Saint-Lambert-du-Lattay, au sud d’Angers. Ici, « noir » ne décrit ni la robe des vins ni une humeur. Le mot désigne la partie angevine du Massif armoricain, où les schistes sombres dominent. À l’est, l’Anjou blanc repose davantage sur les roches calcaires du Bassin parisien. Cette frontière géologique donne une clé de lecture utile, à condition de ne pas transformer la roche en recette aromatique.

Le schiste se présente en feuillets et se fissure. Les racines peuvent emprunter ces passages ; les sols se réchauffent vite et demandent une observation attentive de l’eau. La parcelle, son exposition, l’âge des ceps et le travail du sol comptent autant que le nom de la roche. Au Fief Noir, le choix du cépage suit cette diversité de sols : chenin pour les blancs, cabernets et grolleau pour les rouges, avec aussi du gamay et du pineau d’Aunis.

Le domaine travaille ses vignes en agriculture biologique. Ce choix se voit surtout dans les gestes : entretenir la vie du sol, contenir l’herbe sans herbicide de synthèse, ameublir lorsque c’est nécessaire et adapter chaque intervention à l’année. Le but n’est pas d’afficher un mot à la mode. Il est de garder des sols capables de porter la vigne dans le temps et de récolter des raisins qui n’ont pas besoin d’être maquillés au chai.

Chenin, cabernet, grolleau : trois voix sur schiste

Le chenin est le fil blanc du Fief Noir. Dans un Anjou sec comme L’Échappée, il peut associer pomme fraîche, coing, agrumes et fleurs blanches, avec une bouche qui gagne en largeur sans perdre sa tension. L’acidité naturelle du cépage donne de l’allonge ; quelques années de bouteille peuvent amener des notes de cire, d’infusion et de fruit mûr. C’est un blanc qui accepte la table et le temps, loin de l’image d’un simple vin d’apéritif.

Le grolleau apporte un autre rythme. Cocagne, annoncé comme pur grolleau par le domaine, se place du côté du fruit rouge, du poivre et d’une matière légère. Nous aimons ce genre de rouge quand la fraîcheur passe avant la démonstration. Somnambule réunit cabernet franc et grolleau en Anjou rouge : le premier apporte davantage de structure, de violette et de fruit noir ; le second détend l’ensemble et garde du mouvement. Le résultat ne doit pas être servi chaud, sous peine de rendre l’alcool plus visible et le fruit moins précis.

Contact ouvre encore une autre porte. Ce chenin vinifié avec les peaux prend une teinte ambrée et une légère accroche tannique, inhabituelle pour un blanc. Les agrumes, le thé, les épices douces et le fruit sec peuvent s’y rencontrer. Le mot « orange » décrit ici une méthode de macération, pas un arôme ajouté. Révolution, issue du pineau d’Aunis, complète le tableau avec un cépage ligérien capable de donner des rouges fins, poivrés et très vivants à table.

À table, du blanc droit au rouge de cabernet

Nous servons un chenin sec comme L’Échappée à 10 ou 11 °C. Trop froid, il perd son volume et ses nuances ; trop chaud, il paraît plus large qu’il ne l’est. Une féra du Léman, un sandre au beurre blanc, une volaille à la crème, un fromage de chèvre ou des légumes rôtis lui donnent un terrain naturel. Dans une cave fraîche, sombre et stable, trois à six ans constituent un bon repère ; un millésime tendu et une bouteille bien conservée peuvent aller plus loin.

Cocagne mérite 13 ou 14 °C et un repas simple : charcuterie, pâté en croûte, saucisse grillée, tarte aux légumes ou poulet rôti. Nous ne le carafons pas par principe. Un grand verre et vingt minutes d’air suffisent souvent à libérer le fruit. Sa garde se pense plutôt sur deux à quatre ans, pour conserver ce qui fait son charme : le croquant et le poivre.

Somnambule peut être servi à 15 ou 16 °C avec un filet mignon, des lentilles, un canard rôti ou un plat de champignons. Le cabernet franc lui donne assez de fond pour évoluer cinq à huit ans dans de bonnes conditions. Sur une bouteille jeune, une demi-heure d’ouverture assouplit la trame sans effacer les parfums. Sur une bouteille plus âgée, nous préférons servir doucement plutôt que la secouer en carafe.

Contact se place entre 11 et 12 °C. Sa texture accompagne une courge rôtie, un curry doux, un comté affiné ou une volaille aux épices. Trois à cinq ans de cave permettent au fruit, au thé et aux amers de se fondre. Cette cuvée montre bien pourquoi la couleur ne suffit pas à choisir un accord : la macération lui donne une présence à table que beaucoup de blancs pressés directement n’ont pas.

Ce que nous référençons du Fief Noir

Notre catalogue cite exactement « ANJOU "Cocagne" - Domaine du FIEF NOIR », « ANJOU "Contact" Vin Orange - Domaine du FIEF NOIR », « ANJOU "L'Echappée" - Domaine du FIEF NOIR », « ANJOU "Somnambule" - Domaine du FIEF NOIR » et « IGP VAL DE LOIRE "Révolution" - Domaine du FIEF NOIR ». Ces cinq libellés racontent déjà une gamme très ouverte : chenin sec ou macéré, grolleau léger, assemblage rouge et pineau d’Aunis.

Au comptoir, nous partons du plat et de l’envie. L’Échappée convient quand il faut de la tension et de la profondeur ; Cocagne quand le fruit et la légèreté doivent mener ; Somnambule quand le repas appelle davantage de structure ; Contact quand une texture de macération peut répondre aux épices ou à un fromage affiné. Dites-nous ce que vous cuisinez et nous choisirons avec vous. Les cuvées exactes présentes dans nos boutiques varient selon les arrivages.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

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