Elian Da Ros : l’abouriou donne l’accent aux Côtes du Marmandais
Entre Bordeaux et Agen, les Côtes du Marmandais parlent une langue familière avec le merlot et les cabernets, puis prennent un accent bien à elles grâce à l’abouriou. Chez Elian Da Ros, ce cépage local ne sert pas de curiosité folklorique : il donne du fruit, une épice sombre et une charpente souple à des assemblages construits pour des moments très différents. Nous suivons quatre cuvées du domaine, de la franchise de Ce Vin est une Fête à la profondeur de Clos Baquey. Les comprendre permet de choisir un rouge pour la table, mais aussi de savoir lequel ouvrir jeune et lequel laisser gagner en nuance.
À Cocumont, des graves et des argilo-calcaires sur la rive gauche
Le domaine se trouve à Cocumont, sur la rive gauche de la Garonne. Elian Da Ros a grandi sur une ferme où son père cultivait notamment tomates, céréales, tabac et vignes, dont les raisins partaient alors à la cave coopérative du village. Il commence sa formation en viticulture et œnologie à quatorze ans, travaille ensuite cinq années en Alsace, puis revient sur les terres familiales en 1997. Le premier millésime du domaine naît en 1998.
Les vingt-deux hectares occupent des coteaux de graves et d’argilo-calcaires. Cette alternance compte dans le verre. Les graves se réchauffent et se drainent vite ; les argiles gardent davantage d’eau et donnent de l’assise ; le calcaire tend la finale. À l’échelle de l’appellation, les deux rives de la Garonne offrent justement des terroirs complémentaires. L’abouriou en est le cépage autochtone emblématique, au milieu d’une famille plus large où l’on retrouve merlot, cabernet franc, cabernet sauvignon, malbec et syrah.
Les vignes du domaine sont conduites en agriculture biologique depuis 2000 et en biodynamie depuis 2002. Environ 95 % de la vendange est récoltée à la main, avec un tri à la vigne puis au chai. Les fermentations démarrent avec les levures indigènes. Les vins descendent ensuite dans une cave enterrée pour des élevages d’un à trois ans selon les cuvées, en foudres ou en fûts ayant déjà contenu du vin, sans bois neuf. Nous aimons cette logique : le contenant accompagne le fruit et le lieu au lieu de leur imposer un parfum de chêne.
L’abouriou apporte le fruit et le relief marmandais
L’abouriou mûrit tôt, donne de la couleur et possède une trame tannique bien présente. Mal conduit, il pourrait paraître rustique. Ici, la macération semi-carbonique et l’extraction douce font ressortir son côté croquant, ses fruits noirs et ses épices sans raidir la bouche. Il ne remplace pas les cépages bordelais : il change leur équilibre.
Ce Vin est une Fête l’explique très clairement. L’assemblage présenté par le domaine réunit 40 % d’abouriou, 40 % de cabernet franc et 20 % de merlot sur des sols argilo-limoneux posés sur une argile grise. Merlot et cabernet franc sont égrappés et passent dix à quinze jours en cuves béton ouvertes, tandis que l’abouriou reste en grappes entières pour une macération semi-carbonique. Dix mois de foudre et de fûts de plusieurs vins, puis un mois de béton, préservent le fruit. Le résultat cherche la fraîcheur et la rondeur, avec assez de tanin pour tenir un plat, mais sans exiger une cérémonie.
Dans les rouges plus ambitieux, l’abouriou devient un accent plutôt que le centre du discours. Clos Baquey en contient 15 % aux côtés du cabernet franc, du merlot et du cabernet sauvignon. Cette part suffit à donner du mouvement à un vin issu d’une parcelle argilo-calcaire exposée au sud. C’est toute l’identité des Côtes du Marmandais : une base que l’on pourrait croire bordelaise, réveillée par un cépage qui appartient intimement au bassin de la Garonne.
Quatre assemblages pour quatre rythmes de table
Ce Vin est une Fête est la porte d’entrée la plus spontanée. Son fruit frais, son toucher rond et sa fine ossature tannique appellent une planche de charcuterie, une tourte, un poulet rôti ou des légumes farcis. Nous le conseillons à 14 ou 15 °C, simplement ouvert une demi-heure avant le repas. Sa raison d’être est l’éclat du fruit : mieux vaut le boire dans ses premières années que lui demander de devenir un vin méditatif.
Le Vignoble d’Elian change de registre avec 50 % de cabernet franc, 30 % de merlot et 20 % de syrah. Les vignes les plus âgées ont trente à quarante ans et plongent dans des sols argilo-limoneux sur un sous-sol marqué par l’alios de fer ; de jeunes vignes du Clos Baquey complètent l’ensemble. Chaque cépage est vinifié puis élevé séparément avant l’assemblage. Le cabernet franc apporte la fraîcheur végétale noble et la ligne, le merlot le milieu de bouche, la syrah le poivre et le fruit noir. Une pintade rôtie, des lentilles aux champignons ou un filet de bœuf lui donnent un cadre juste.
Chante Coucou associe merlot, cabernet sauvignon, malbec et syrah. L’argilo-graveleux repose ici sur des molasses marneuses grises ou une marne bleue selon les parcelles. Le malbec et le merlot donnent de la matière ; la syrah épice l’ensemble ; le cabernet sauvignon maintient la fraîcheur. Vingt mois d’élevage en fûts de plusieurs vins, puis une mise en masse avant la bouteille, polissent les tanins sans effacer la structure. C’est le rouge des plats en sauce : joue de bœuf, canard aux olives ou champignons longuement mijotés.
Clos Baquey vient d’une seule parcelle exposée au sud, sur un sol argilo-calcaire et des molasses calcaires. Cabernet franc et merlot forment le cœur de l’assemblage, complété par l’abouriou et le cabernet sauvignon. L’élevage est long : pièces, cuve béton, puis repos en bouteille. Le profil gagne en délicatesse sans perdre sa profondeur, avec un fruit noir précis, une tension calcaire et un grain de tanin fin. Nous le réserverions à une épaule d’agneau, un paleron braisé ou un pigeon rôti, quand le plat peut répondre à la longueur du vin.
Ouvrir et garder ces rouges sans durcir leurs tanins
La température fait une vraie différence. Ce Vin est une Fête supporte mal une salle trop chaude : à 14 ou 15 °C, le fruit reste net et les tanins paraissent plus souples. Le Vignoble d’Elian peut monter à 15 °C. Pour Chante Coucou et Clos Baquey, 16 °C suffit ; au-delà, l’alcool prendrait trop de place et le relief du vin se tasserait. Il est plus simple de servir légèrement frais et de laisser le verre se réchauffer que de tenter de rafraîchir un rouge déjà lourd.
Une grande carafe n’est pas obligatoire pour la cuvée la plus fruitée. Une ouverture trente minutes en avance convient. Chante Coucou jeune peut gagner à passer une heure en carafe. Clos Baquey demande davantage de discernement : jeune, l’air desserre sa structure ; après plusieurs années, une ouverture calme et un service en grands verres protègent mieux ses arômes qu’une aération brutale.
Pour la garde, nous distinguons trois horizons. Ce Vin est une Fête vise surtout les quatre ou cinq premières années, lorsque son fruit mène encore la danse. Le Vignoble d’Elian et Chante Coucou peuvent évoluer autour de six à dix ans dans une cave fraîche, sombre et stable. Clos Baquey est construit pour patienter davantage ; sa parcelle, sa structure et son élevage long lui permettent de gagner en nuances pendant une dizaine d’années, parfois plus selon le millésime. Une cave à 12 ou 13 °C et sans variations brusques compte alors davantage qu’un chiffre absolu inscrit sur un calendrier.
Ce que nous référençons chez Elian Da Ros
Notre catalogue cite exactement « Côtes du Marmandais "Ce Vin est une Fête" - Domaine Elian Da Ros », « Côtes du Marmandais "Le Vignoble d'Elian" - Domaine Elian Da Ros », « Côtes du Marmandais "Chante Coucou" - Domaine Elian Da Ros » et « Côtes du Marmandais "Clos Baquey" - Domaine Elian Da Ros ». Ensemble, ces quatre libellés montrent une progression lisible : le fruit immédiat, l’équilibre de plusieurs terroirs, la structure d’un rouge de table et la profondeur d’une parcelle.
Nous orientons volontiers vers Ce Vin est une Fête pour un repas simple et généreux, vers Le Vignoble d’Elian pour une volaille ou des légumes terriens, puis vers Chante Coucou ou Clos Baquey quand le plat et le temps de cave demandent plus de fond. La disponibilité varie entre nos boutiques de Ferney-Voltaire et Saint-Genis-Pouilly ; dites-nous le plat et l’horizon de garde, nous vous répondrons franchement.
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