Giannikos : de la retsina au roditis et à l’agiorgitiko du Péloponnèse
À Corinthe, dans le nord-est du Péloponnèse, Giannikos travaille des cépages grecs avec une lecture très nette de leur caractère. Le même roditis donne un blanc sec vif, At Sea, et une retsina où la résine de pin rejoint le raisin pendant la fermentation. L’agiorgitiko ouvre un troisième registre, rouge cette fois, sur le fruit et les épices. Nous aimons cette gamme parce qu’elle permet de dépasser deux raccourcis : le vin grec ne se résume ni à la retsina, ni à des cépages difficiles à prononcer. Trois cuvées bien choisies suffisent pour en comprendre la diversité à table.
À Corinthe, trois chemins à partir de cépages grecs
Giannikos est une maison familiale installée à Corinthe. Ses vignes de roditis se trouvent du côté de Mycènes, tandis que l’agiorgitiko vient de Némée. Cette géographie resserrée produit pourtant des vins très différents : un blanc sec sans résine, un blanc résiné et un rouge élevé en fût. Le point commun est le choix de cépages ancrés en Grèce et une viticulture certifiée biologique.
Le roditis est un raisin blanc à peau rosée, capable de garder une acidité vive lorsqu’il est cultivé et récolté avec précision. Chez Giannikos, les raisins sont cueillis et triés à la main. At Sea fermente à basse température en cuve inox, après un contact avec les peaux. La retsina suit une voie proche, mais la résine de pin entre dans la fermentation. Ce n’est donc pas un arôme ajouté au verre ni un élevage dans du bois résineux : le vin et la résine travaillent ensemble, puis la matière solide est retirée.
L’agiorgitiko change la couleur et le rythme. Ce cépage rouge emblématique de Némée peut associer fruit mûr, tanins souples et épices. Dans la gamme de la maison, il macère deux à trois semaines sur les peaux avant un élevage de douze mois en fûts de chêne français. Nous passons ainsi d’un blanc immédiat à un rouge plus construit, sans quitter le Péloponnèse.
At Sea, la fraîcheur du roditis sans résine
At Sea est composé uniquement de roditis issu du vignoble de Mycènes, en indication géographique protégée Péloponnèse. Son profil va vers le pamplemousse, le melon frais et une acidité croquante. Le nom vient de l’expression grecque « en plo », employée pour un voyage qui progresse bien. L’image maritime est jolie, mais le vin n’a pas besoin d’un récit compliqué : c’est d’abord un blanc sec, aromatique et tendu.
Nous le servons entre 9 et 10 °C, pas glacé. À 6 °C, le froid masque le fruit et ne laisse que l’acidité ; autour de 10 °C, le pamplemousse et le melon retrouvent leur place. Un verre à blanc de taille moyenne lui convient mieux qu’une flûte étroite. Une ouverture au dernier moment suffit, sans carafe.
À table, sa vivacité répond aux crevettes grillées, aux poissons crus, au tarama, au tzatziki et aux légumes arrosés de citron. Dans un registre plus local, nous l’aimons aussi avec une féra fumée ou des filets de perche simplement citronnés. Ce n’est pas un blanc à attendre longtemps : deux à trois ans permettent de profiter de son fruit et de son élan. La cave doit rester fraîche et sombre, mais l’intérêt de la cuvée tient davantage à sa fraîcheur qu’à une lente évolution.
La retsina, un vin fermenté avec la résine de pin
La retsina possède une identité à part. La résine du pin d’Alep est ajoutée avant ou pendant la fermentation ; elle apporte des notes de pin, de sauge, de romarin, de mastic ou de gingembre, puis elle est retirée. Les versions actuelles les plus précises recherchent l’équilibre : la résine accompagne le raisin au lieu de le couvrir. Le roditis, avec sa fraîcheur naturelle, offre un support particulièrement adapté à ce dialogue.
Giannikos élabore sa retsina avec du roditis de Mycènes et de la résine récoltée sur ses propres pins conduits en agriculture biologique. Le vin associe agrumes, herbes et romarin, avec une bouche ample soutenue par une acidité rafraîchissante. Nous préférons parler d’un blanc méditerranéen aux accents résineux plutôt que d’une curiosité folklorique : son vrai intérêt apparaît quand un plat lui répond.
Nous la servons à 10 ou 11 °C. Elle accompagne un bar grillé, une daurade, des sardines, un agneau au romarin ou des fromages relevés. Les plats frits, les herbes et l’ail lui vont également bien, car sa fraîcheur nettoie le palais tandis que la résine prolonge les saveurs végétales. Mieux vaut la boire jeune, dans les deux ans, quand l’accord entre agrume, herbes et acidité reste le plus lisible. Une fois ouverte, elle peut tenir jusqu’au lendemain au réfrigérateur avec un bouchon adapté.
L’agiorgitiko de Némée, du fruit rouge aux épices
L’agiorgitiko montre le versant rouge de la maison. Celui travaillé par Giannikos vient du vignoble de Némée et porte l’indication géographique Péloponnèse. La robe rubis annonce un profil de prune et de cerise, relevé par la muscade. Les tanins restent souples, l’acidité équilibre la matière et l’élevage apporte de la profondeur sans transformer le vin en démonstration de bois.
Nous le servons autour de 15 ou 16 °C. Une bouteille jeune gagne à être ouverte une heure avant le repas ; une carafe n’est utile que si le vin paraît encore serré après le premier verre. À 20 °C, l’alcool et le boisé prennent trop de place. Légèrement rafraîchi, le fruit garde son éclat et les tanins semblent plus précis.
Un agneau grillé, des boulettes aux herbes, une volaille rôtie, des saucisses peu fumées ou des pâtes à la tomate lui conviennent. Nous éviterions seulement les sauces très sucrées, qui rendent le rouge plus sec. Dans une cave stable, un horizon de quatre à sept ans est raisonnable : le fruit frais évoluera vers la prune assagie, les épices douces et une texture plus fondue. Ce repère reste volontairement mesuré ; l’agiorgitiko est aussi très agréable dans sa jeunesse.
Un repas grec en trois températures
Ces trois vins peuvent accompagner un repas entier sans se marcher dessus. Nous commencerions par At Sea à 9 ou 10 °C avec des mezzés frais, des crevettes ou un poisson cru. La retsina suivrait à 10 ou 11 °C sur un poisson grillé, des légumes frits ou une assiette marquée par le romarin. L’agiorgitiko, servi à 15 ou 16 °C, prendrait ensuite le relais sur l’agneau ou une volaille rôtie.
L’ordre tient à l’intensité aromatique autant qu’à la couleur. At Sea doit passer avant la retsina, dont les notes de pin et d’herbes laisseraient le roditis sec plus discret. Le rouge arrive en dernier pour que ses tanins et son élevage ne durcissent pas les blancs. Entre les vins, un peu d’eau et du pain suffisent ; il n’est pas nécessaire de changer toute la table.
Nous conseillons également de ne pas enfermer la retsina dans l’apéritif. Son caractère résineux devient plus harmonieux avec un plat salé, citronné ou grillé. À l’inverse, At Sea peut très bien rester à table sur une entrée légère. Le bon geste n’est pas de chercher l’accord le plus exotique, mais de faire correspondre fraîcheur, herbes, fumé et intensité.
Les trois vins de Giannikos que nous référençons
Notre catalogue nomme exactement « Retsina - Giannikos », « "At Sea" Roditis - Giannikos, Peloponnese » et « Agiorgitiko - Giannikos, Peloponnese ». Nous y voyons trois portes d’entrée complémentaires : le roditis sec pour la fraîcheur, la retsina pour le dialogue entre agrumes, herbes et pin, puis l’agiorgitiko pour le fruit rouge, les épices et une garde plus longue.
Nous vous orienterons volontiers selon le plat : poisson cru ou crevettes pour At Sea, grillades aux herbes pour la retsina, agneau ou volaille rôtie pour l’agiorgitiko. La disponibilité de ces cuvées varie entre nos boutiques de Ferney-Voltaire et Saint-Genis-Pouilly ; dites-nous ce que vous préparez, nous vous répondrons franchement.
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