Terroirs et savoir-faire

Oratoire Saint-Martin : le mourvèdre prend racine à Cairanne

Publié le 2026-11-06 · 5 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

Dans le Rhône méridional, le grenache occupe souvent le devant de la scène. À l’Oratoire Saint-Martin, il partage pourtant une place importante avec le mourvèdre. Pour comprendre ce choix, nous aimons remonter des vins vers les coteaux de Cairanne : des vignes âgées, des terres argileuses et calcaires, puis un travail de cave qui cherche à extraire doucement. L’histoire du domaine apporte un autre fil, celui d’une famille qui a choisi ses parcelles avant de transmettre son œuvre à une autre maison.

Le pari des Alary sur les coteaux de Saint-Martin

Les Alary s’installent à Cairanne en 1692. Pendant longtemps, la vigne côtoie d’autres activités : moutons, vers à soie et culture de la garance font partie de cette économie paysanne. La spécialisation viticole vient ensuite. Frédéric Alary, le grand-père des frères Frédéric et François, choisit de consacrer son travail au vin et de vinifier séparément ses parcelles.

En 1953, une vente aux enchères lui donne l’occasion d’agrandir son implantation à Saint-Martin. Il vend ses autres vignes, à l’exception de celles qu’il possède déjà sur ce lieu-dit, pour financer l’acquisition. Le nom du domaine garde la mémoire de ce pari et de l’oratoire élevé en hommage à saint Martin. Derrière le symbole religieux, il y a donc aussi une décision très concrète de vigneron : concentrer son travail sur un endroit plutôt que disperser ses terres.

Ses petits-fils Frédéric et François reprennent l’exploitation en 1984. En 2020, ils passent le relais à la famille Abeille-Fabre, propriétaire de Château Mont-Redon. Nous trouvons cette transmission intéressante parce qu’elle ne suit pas seulement un arbre généalogique : la continuité d’un domaine peut aussi passer par une autre famille, avec un vignoble et des gestes à préserver.

À Cairanne, une montagne à deux cents mètres

Les 25 hectares de l’Oratoire se trouvent sur la seule commune de Cairanne. Une grande partie des vignes occupe les collines du nord-est, autour de 200 mètres d’altitude, sur les lieux-dits Saint-Martin, Les Douyes et Coustias. Ici, la « montagne » est le nom donné à ce relief de coteaux, pas l’annonce d’un vignoble alpin. Certaines pentes imposent l’emploi de tracteurs à chenilles.

Le sol change en montant. En bas et à mi-coteau, les colluvions mêlent galets, graviers calcaires et marnes jaunes ou grises. Plus haut, les marnes lacustres se combinent avec des bancs de cailloutis calcaires. Cette diversité explique pourquoi le domaine distingue les origines de ses vins au lieu de raconter Cairanne comme un terrain uniforme.

Les argiles prennent une importance particulière dans ce paysage soumis aux sécheresses. Les vieilles vignes comptent elles aussi dans le patrimoine du domaine : beaucoup dépassent quarante ans, et certaines sont centenaires. Nous préférons regarder ce lien entre âge des ceps, pente et nature du sol plutôt que faire du seul mot « calcaire » une promesse de goût.

Un quart du vignoble rouge consacré au mourvèdre

Le grenache noir représente environ 55 % de l’encépagement rouge du domaine, le mourvèdre 25 % et la syrah 20 %. De petites quantités de counoise, de vaccarèse ou de muscardin complètent ce paysage. Le mourvèdre n’est donc pas ici un cépage ajouté à la marge : il appartient pleinement à l’identité de la maison.

Il faut distinguer cette répartition dans les vignes de la composition d’un assemblage. Dans Haut-Coustias rouge, le mourvèdre et le grenache peuvent se retrouver à parts égales, à 45 % chacun, avec 10 % de syrah. Réserve des Seigneurs rouge réunit plutôt grenache, mourvèdre et syrah, complétés par carignan et counoise. Les proportions peuvent changer avec le millésime.

Ces deux chemins ne racontent pas une opposition entre un petit et un grand vin. Réserve des Seigneurs vient des vieilles vignes de bas et de mi-coteau ; Haut-Coustias des hauts coteaux, avec des ceps de plus de soixante-dix ans. L’origine des raisins et leur assemblage donnent deux rythmes à une même maison.

Sous les claies, extraire sans brusquer les raisins

Le domaine est certifié en agriculture biologique et en biodynamie. Dans les vignes, le travail comprend notamment le maintien des vieux ceps, la plantation de jeunes pieds parmi eux et l’apport de fumier provenant d’éleveurs locaux. Les vendanges sont manuelles, avec un tri à la vigne puis à la cave.

Pour les deux rouges, les raisins sont éraflés sans être foulés ; le carignan de Réserve des Seigneurs fait exception et est vinifié en grappes entières. La fermentation utilise les levures indigènes. La cuvaison se déroule sous claies : ce dispositif maintient le chapeau de peaux dans le jus et permet de travailler l’extraction sans multiplier les manipulations. C’est un geste de cave plus parlant qu’une formule vague sur la puissance.

L’élevage sépare ensuite les parcours. Réserve des Seigneurs passe neuf à douze mois en cuve. Haut-Coustias reste environ douze à dix-huit mois en foudres, selon l’année. Nous y voyons une manière d’accompagner des matières différentes, pas un classement automatique où davantage de bois signifierait davantage de qualité.

Fruits rouges ou fruits noirs, deux façons de rejoindre la table

Réserve des Seigneurs rouge se situe dans un registre de fruits rouges, de tabac blond et d’épices, avec une trame tannique soyeuse. Haut-Coustias va vers les fruits noirs, la violette, le poivre et une matière plus dense. Ces repères décrivent leurs styles ; ils ne remplacent pas les nuances propres à chaque année et à l’âge de la bouteille.

Nous conseillerions un service autour de 16 °C pour laisser le fruit s’exprimer sans accentuer la chaleur du vin. Une bavette grillée ou un jarret de porc confit donnent de belles pistes pour Réserve des Seigneurs. Avec Haut-Coustias, un gigot d’agneau à l’ail ou une côte de bœuf ont assez de relief pour accompagner la densité du rouge.

La Réserve se prête à une découverte plus jeune, avec un repère de deux à six ans ; Haut-Coustias demande davantage de patience, autour de six à dix ans. Ces horizons supposent une cave adaptée et se comptent depuis le millésime, pas depuis l’achat. Pour une bouteille déjà ancienne, nous partirions de son année et de ses conditions de conservation avant de conseiller une aération.

Les deux Cairanne de l’Oratoire que nous référençons

Notre catalogue comprend « Cairanne "Haut Coustias" - Oratoire Saint Martin » et « Cairanne "Réserve des Seigneurs" - Oratoire Saint Martin ». Nous les rapprochons volontiers pour parler des coteaux, de la place du mourvèdre et des choix d’élevage. Ils donnent une entrée précise dans le domaine sans réduire toute son histoire à une seule cuvée.

À Ferney-Voltaire ou à Saint-Genis-Pouilly, nous pouvons poursuivre cette conversation à partir du plat que vous préparez et de votre goût pour les rouges jeunes ou plus évolués. Pour leur disponibilité actuelle, nous vous répondrons directement en boutique.

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