Domaine Gramenon : quatre rouges, du grenache croquant à la syrah de garde
À Montbrison-sur-Lez, le Domaine Gramenon donne plusieurs visages aux rouges du Rhône méridional. Poignée de Raisins mise sur l’élan du fruit ; La Sagesse et La Papesse prennent le temps des vieux grenaches ; L’Émouvante fait parler la syrah. Nous aimons cette gamme parce qu’elle ne range pas le Rhône dans une seule case chaleureuse et puissante. D’une cuvée à l’autre, l’âge des vignes, le lieu, la vendange entière et le contenant d’élevage changent le grain du vin autant que son horizon de garde.
À Montbrison-sur-Lez, un plateau de grès au nord du Rhône sud
Michèle Aubéry-Laurent et Philippe Laurent ont fondé Gramenon en 1978, avec douze hectares de vieilles vignes. Le domaine se trouve à Montbrison-sur-Lez, en Drôme provençale, à 350 mètres d’altitude, sur les premiers contreforts des Préalpes. C’est la partie la plus septentrionale du Rhône méridional : le soleil reste bien présent, mais l’altitude et la situation donnent de l’allant aux vins. Le vignoble compte aujourd’hui vingt-six hectares et la famille travaille toujours autour de Michèle Aubéry-Laurent et de ses enfants.
Sous les vignes, Gramenon repose sur des grès siliceux et coquilliers qui se détachent des safres sableux voisins. Ces anciennes formations marines ne dessinent pas un sol uniforme. Le plateau calcaire, les versants plus sablonneux et, du côté de Vinsobres, les marnes, les sables et les galets donnent au grenache des expressions différentes. C’est ce fil géologique qui relie La Sagesse à La Papesse sans les rendre interchangeables.
Les vignes sont certifiées en biodynamie depuis 2010. À la cave, les raisins sont récoltés et triés à la main, les fermentations partent avec les levures du raisin et les extractions restent mesurées. Nous retenons surtout la cohérence du travail : préserver le fruit sans faire des rouges fragiles, puis choisir pour chaque cuvée le temps et le contenant qui lui conviennent.
Poignée de Raisins, le rouge à ouvrir sans attendre
Poignée de Raisins vient de jeunes vignes de grenache et de cinsault âgées de cinq à quarante-cinq ans, sur des parcelles argilo-calcaires ou sableuses. La macération dure quinze jours en cuve béton, avec une vendange partiellement éraflée. Six mois de cuve béton suffisent ensuite : rien n’est ajouté pour donner artificiellement du volume ou un goût boisé.
Dans le verre, c’est le versant le plus immédiat de Gramenon. La cerise, la prune, les fleurs et les épices passent avant la puissance. La bouche reste vive, souple et mobile ; le cinsault allège le grenache au lieu de lui retirer sa gourmandise. Nous le servons autour de 14 à 15 °C, dans un verre assez large, sans grande carafe. S’il vient d’une cave fraîche, vingt minutes d’ouverture lui laissent le temps de se déployer.
Un pâté en croûte, des saucisses grillées, une côte de porc, une volaille rôtie ou des légumes farcis lui vont mieux qu’un plat trop solennel. Sa fenêtre la plus naturelle reste les trois premières années. C’est donc la cuvée à choisir pour le fruit et la conversation, non pour attendre un hypothétique apogée pendant une décennie.
La Sagesse et La Papesse, deux vieux grenaches qui demandent du temps
La Sagesse assemble trois parcelles de grenache : deux sur le plateau calcaire à 350 mètres et une sur un versant sud plus sablonneux. Les vignes ont cinquante à soixante-dix ans. Les grappes entières macèrent trois semaines dans le ciment brut, puis le vin passe douze mois entre demi-muids, œuf béton et jarre en grès. Ce partage des contenants évite de réduire l’élevage à un simple goût de bois. La Sagesse garde ainsi un grenache frais, fin et nuancé, avec des fruits rouges mûrs, des épices douces et une trame plus profonde que Poignée de Raisins.
La Papesse vient des coteaux nord de Vinsobres. Ses grenaches d’environ soixante ans plongent dans un ensemble d’argiles, de marnes blanchâtres, de sables et de galets. La vendange entière et les trois semaines de macération rappellent La Sagesse, tout comme l’élevage d’un an en demi-muids, jarre et œuf béton. Le lieu change pourtant la silhouette : le vin se montre plus charpenté, avec de la cerise noire, de la violette, une touche de réglisse et une texture qui peut devenir soyeuse après l’air et quelques années.
Nous les servons à 15 ou 16 °C. Une heure de carafe aide une bouteille jeune ; sur un vin arrivé à maturité, nous préférons une ouverture prudente et un service dans de grands verres. La Sagesse accompagne une épaule d’agneau, un canard rôti ou une aubergine confite. La Papesse tient un bœuf braisé, une pintade aux champignons ou un jus réduit. La première peut aller jusqu’à quinze ans dans les années qui s’y prêtent ; la seconde demande au moins trois ans de patience et se garde autour de dix ans dans une cave fraîche et stable.
L’Émouvante, la syrah du plateau
L’Émouvante quitte le grenache pour une parcelle de vieilles syrahs située sur le plateau de Gramenon, toujours à 350 mètres. Le sous-sol de grès siliceux et coquilliers reste le même fil conducteur, mais la syrah change le vocabulaire. La vendange manuelle macère longuement, la fermentation se fait avec les levures indigènes et l’élevage se déroule en demi-muids.
Le fruit va vers la myrtille et la mûre, avec la violette, le poivre et une fraîcheur plus droite. Nous ne cherchons pas ici la rondeur d’un grenache méridional : L’Émouvante a davantage de ligne, d’épice et de tenue. À 16 °C, après une heure de carafe lorsqu’elle est jeune, elle accompagne un magret, un onglet au poivre, des lentilles aux champignons ou un pigeon rôti. La dégustation commence à partir de l’automne qui suit la mise en bouteille, puis la garde peut atteindre dix ans.
Ces quatre rouges donnent un repère simple. Poignée de Raisins privilégie le fruit immédiat ; La Sagesse affine le vieux grenache du plateau ; La Papesse ajoute le relief de Vinsobres ; L’Émouvante apporte la verticale de la syrah. Il ne s’agit pas de monter une échelle de prestige, mais de choisir le bon rythme pour le repas et pour la cave.
Ce que nous référençons chez Gramenon
Notre catalogue cite exactement « Côtes du Rhône "Poignée de Raisins" - Domaine Gramenon », « Côtes du Rhône "La Sagesse" - Domaine Gramenon », « Côtes du Rhône "La Papesse" - Domaine Gramenon » et « Côtes du Rhône "L'Emouvante" - Domaine Gramenon ». Ces quatre libellés couvrent déjà une belle part du langage de la maison : le grenache croquant, deux vieux grenaches de lieux différents et une syrah de plateau.
Pour un repas simple, nous commençons volontiers par Poignée de Raisins à 14 ou 15 °C. Pour l’agneau ou le canard, La Sagesse donne plus de longueur. La Papesse convient quand le plat et la cave demandent davantage de profondeur. L’Émouvante est notre piste pour qui aime la violette, le poivre et les fruits noirs de la syrah.
La disponibilité de ces cuvées varie entre nos boutiques de Ferney-Voltaire et Saint-Genis-Pouilly ; dites-nous le plat, le style recherché et le temps que vous souhaitez laisser au vin, nous vous répondrons franchement.
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