Domaine Nicole Lamarche : des Chaumes aux Grands Échezeaux, la finesse de Vosne-Romanée
À Vosne-Romanée, quelques noms de climats suffisent à changer l’échelle d’un vin. Les Chaumes et Les Suchots sont deux premiers crus ; Échezeaux et Grands Échezeaux appartiennent au rang des grands crus. Pourtant, la hiérarchie ne raconte pas tout. Le parfum, la texture, l’énergie et la façon dont les tanins se posent comptent autant que le rang sur l’étiquette. Le Domaine Nicole Lamarche offre un fil particulièrement clair pour parcourir cette partie de la Côte de Nuits. Nous aimons l’aborder comme une suite de nuances, du vin le plus immédiat au plus profond, plutôt que comme une simple montée en prestige.
Nicole Lamarche, son nom au bas de l’étiquette
À l’été 2019, le prénom Nicole remplace celui de François au bas des étiquettes du domaine. Le changement paraît discret, presque typographique, mais il rend visible une responsabilité assumée depuis plusieurs années. Nicole Lamarche conduit alors un ensemble de 11,5 hectares et limite la production à environ 60 000 bouteilles dans une année complète. Lors des vendanges 2018, cinquante-six personnes ont rentré toute la récolte en cinq jours : un détail qui donne la mesure du travail nécessaire lorsque chaque parcelle doit arriver au chai au bon moment.
Son idée du pinot noir tient dans un équilibre précis. Une maturité généreuse ne doit pas effacer l’acidité, et les tanins venus des peaux doivent rester ronds. Cette recherche explique le visage des vins : de la chair, mais sans lourdeur ; un parfum lisible, sans que l’élevage prenne toute la place ; une structure faite pour la table et la garde. Nous retrouvons là une manière très bourguignonne de travailler : ne pas fabriquer un style uniforme, mais accompagner les différences entre une appellation régionale, un premier cru et un grand cru.
Le nom propre sur l’étiquette n’est donc pas un argument de communication. Il signe une continuité et une exigence. Pour nous, le plus intéressant commence ensuite : regarder comment le même pinot noir change de rythme entre les coteaux de Vosne-Romanée et ceux de Flagey-Échezeaux.
Vosne-Romanée, le pinot noir entre épices et velours
Vosne-Romanée et Flagey-Échezeaux partagent une mosaïque de coteaux où le calcaire se mêle aux marnes argileuses. Les sols peuvent être minces en haut de pente et plus profonds en contrebas ; l’exposition regarde principalement vers l’est. L’appellation Vosne-Romanée compte quatorze climats classés en premier cru. Autour d’eux se trouvent huit grands crus répartis entre les deux communes, dont Échezeaux et Grands Échezeaux. Cette proximité géographique n’efface pas les caractères propres à chaque lieu.
Le pinot noir y donne volontiers des rouges parfumés, épicés et veloutés. Dans la jeunesse, la fraise, la framboise, la cerise et le cassis peuvent se mêler à la violette et aux épices douces. Avec le temps viennent le fruit confit, le cuir fin et le sous-bois. La couleur n’annonce pas toujours la force : un rouge relativement clair peut porter une matière profonde et des tanins sérieux. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous évitons de juger ces vins à l’œil ou à la première gorgée.
La bonne température se situe autour de 15 °C, avec une marge de 14 à 16 °C. Trop chaud, le vin perd son élan et l’alcool prend le dessus ; trop froid, les tanins se durcissent et le parfum se ferme. Un grand verre resserré vers le haut suffit. Nous versons une petite quantité et laissons le vin gagner doucement un ou deux degrés : cette évolution dans le verre en dit souvent plus qu’une longue carafe imposée d’avance.
Les Chaumes et Les Suchots, deux premiers crus en contraste
Les Chaumes et Les Suchots portent le même niveau d’appellation, mais ils ne racontent pas la même chose. Les Chaumes se trouve au sud du village, dans le prolongement de La Tâche. Le vin peut privilégier le parfum, une entrée souple et une fraîcheur qui allonge la bouche. Dans le millésime 2018, cette cuvée associait un nez particulièrement fin à une matière large, vibrante et légèrement tannique. Elle illustre bien un premier cru qui séduit par l’équilibre plutôt que par la démonstration.
Les Suchots se situe plus au nord, entre des grands crus majeurs. Sur le même millésime 2018, le parfum paraissait plus profond et moins ouvert au départ, tandis que la bouche avançait avec davantage d’énergie et une finale plus longue. En 2022, le fruit évoquait la grenade et l’airelle, accompagné de fleurs et d’une touche fumée. Ces repères ne sont pas une recette valable pour toutes les années ; ils montrent pourquoi deux premiers crus voisins méritent d’être goûtés séparément.
À table, Les Chaumes appelle volontiers une volaille rôtie, un filet de veau, des champignons ou un risotto peu crémeux. Les Suchots supporte un plat plus terrien : canard, pigeon, agneau rôti ou bœuf servi rosé. Nous gardons les sauces courtes, peu sucrées, afin que les épices et le fruit du vin restent nets. Pour la cave, cinq à douze ans après la récolte constituent un repère raisonnable pour conserver encore du fruit ; une grande année bien stockée peut aller plus loin. Le millésime et les conditions de conservation restent décisifs.
Échezeaux et Grands Échezeaux, changer d’échelle sans perdre le trait
Échezeaux et Grands Échezeaux sont deux appellations distinctes de Flagey-Échezeaux. Le pluriel de Grands Échezeaux n’est pas une emphase : il appartient au nom du cru. Échezeaux couvre un ensemble plus vaste et plus morcelé ; Grands Échezeaux forme un climat plus resserré, placé entre Échezeaux et le Clos de Vougeot. Dans les deux cas, le pinot noir doit conjuguer profondeur et précision.
Sur l’Échezeaux 2018 du domaine, le parfum floral, une nuance saline et une structure plus affirmée composaient un vin ample sans devenir pesant. Grands Échezeaux ajoute généralement de la densité et une assise plus longue. Nous ne résumons pourtant pas la différence à « plus puissant ». Un grand cru réussi agrandit le vin dans toutes les directions : profondeur du parfum, texture, longueur et capacité à évoluer, tout en gardant un trait fin.
Ces vins aiment le temps. Pour Échezeaux, huit à quinze ans donnent souvent un bel équilibre entre fruit et premiers arômes d’évolution. Pour Grands Échezeaux, dix à vingt ans sont un repère utile, parfois davantage dans une cave stable. Il ne s’agit pas d’une date de péremption : une bouteille conservée debout dans la chaleur ne vieillira pas comme la même bouteille couchée, dans le noir, autour de 12 °C. À partir d’une dizaine d’années, nous préférons ouvrir une première bouteille d’un lot avant de fixer la suite. Le vin lui-même donne le calendrier le plus juste.
Du verre à la table : fraîcheur, air et patience
Un jeune Vosne-Romanée peut être ouvert une heure avant le repas. S’il reste serré, un passage bref en carafe l’aide à délier le fruit et les épices. Pour un premier cru ou un grand cru déjà évolué, nous faisons l’inverse : bouteille debout quelques heures pour déposer les éventuels sédiments, ouverture douce, puis service direct. Une carafe large peut fatiguer en quelques minutes un vieux pinot noir dont le parfum est devenu fragile.
À 15 °C, le vin gagne naturellement un peu de chaleur dans le verre. Nous évitons donc de le mettre sur une table proche d’un radiateur ou d’une cuisine chaude. Un seau avec un fond d’eau fraîche peut servir quelques minutes si la pièce dépasse 22 °C ; il ne s’agit pas de glacer le vin, seulement de conserver son équilibre. Cette attention simple préserve la cerise, la violette et les épices, tout en gardant les tanins souples.
Les accords les plus justes reposent sur la texture. Une volaille rôtie, un veau aux girolles, un canard rosé ou un pigeon créent un lien naturel avec le pinot noir. Pour une assiette végétale, nous choisissons des champignons, des lentilles brunes, une courge rôtie ou un jus d’oignon réduit. Les fromages très puissants ne sont pas toujours les meilleurs compagnons : un brillat-savarin, un chaource ou un comté pas trop vieux laissent davantage de place au vin qu’un fromage lavé très dominant.
Les cinq cuvées Nicole Lamarche que nous référençons
Notre catalogue nomme exactement « Hautes Côtes de Nuits - Domaine Nicole Lamarche », « Vosne Romanée 1er Cru "Les Chaumes" - Domaine Nicole Lamarche », « Vosne Romanée 1er Cru "Les Suchots" - Domaine Nicole Lamarche », « Échezeaux Grand Cru - Domaine Nicole Lamarche » et « Grands Échezeaux Grand Cru - Domaine Nicole Lamarche ». Cette suite permet de passer d’un rouge bourguignon plus accessible dans son architecture à deux premiers crus de Vosne-Romanée, puis à deux grands crus de Flagey-Échezeaux.
Nous choisissons selon le repas et le temps de cave. Les Hautes Côtes de Nuits conviennent à une table simple autour d’une volaille ou de champignons. Les Chaumes mise davantage sur le parfum et la souplesse ; Les Suchots apporte plus de profondeur et d’énergie. Échezeaux et Grands Échezeaux demandent une cuisine précise, une température juste et, surtout, de la patience. Le rang du cru ne remplace jamais la question essentielle : quand souhaitez-vous le boire, et avec quoi ?
La disponibilité de ces cuvées varie entre nos boutiques de Ferney-Voltaire et Saint-Genis-Pouilly ; dites-nous celle qui vous intéresse et nous vous répondrons franchement.
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