Histoires de vignerons

Terra Vita Vinum : rhyolite et schistes noirs, du chenin au gamay

Publié le 2026-09-15 · 6 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

Au sud d’Angers, Terra Vita Vinum ne résume pas l’Anjou noir à une seule couleur de schiste. Le domaine distingue sept ensembles de parcelles, entre roches métamorphiques et anciennes roches volcaniques, puis adapte ses cuvées à ces lieux. Le chenin des Grandes Rogeries pousse sur la rhyolite ; le gamay de Chant de la Pierre plonge dans des schistes traversés de quartz. Nous aimons cette façon très lisible de parler du terroir : deux cépages, deux reliefs dans le verre, mais la même recherche de fraîcheur et de précision.

Bénédicte et Luc Briand, un domaine repris côté Anjou noir

Bénédicte et Luc Briand ont repris le domaine à la famille Richou. Luc est un enfant du pays ; leur choix s’est porté sur ce vignoble pour sa proximité avec la Loire, l’Aubance et le Layon, mais surtout pour la diversité géologique concentrée au sud d’Angers. Terra Vita Vinum se trouve à Mozé-sur-Louet et travaille une trentaine d’hectares. Le vignoble se partage en sept ensembles : Bigottière à Savennières, Pavillon, Gabouchons et ses parcelles voisines, Grandes Rogeries et Clos de la Noue, Grand Vau, Ronceray avec Chant de la Pierre, puis Le Réau et Chauvigné.

L’expression « Anjou noir » vient des roches sombres du Massif armoricain. Ici dominent plusieurs schistes, auxquels se mêlent gneiss, granite, rhyolite et autres roches volcaniques. Cela tranche avec les sols calcaires de l’Anjou blanc, vers Saumur. À l’échelle d’un seul domaine, cette mosaïque permet au chenin, au gamay et aux autres cépages de changer de texture sans changer de région. Les coteaux, les expositions et l’influence des cours d’eau ajoutent encore des nuances.

Le domaine choisit donc de séparer les parcelles plutôt que de fondre toutes leurs différences dans une cuvée unique. Cette logique donne des vins qui portent le nom d’un lieu — Grandes Rogeries, Clos de la Noue ou Chant de la Pierre — et d’autres qui réunissent plusieurs origines, comme Terre de 3. Nous y voyons un bon moyen de comprendre l’Anjou : non comme une recette, mais comme un paysage où cinquante mètres peuvent suffire à faire changer la roche.

Des raisins entiers aux élevages longs, la précision avant l’effet

Les vignes sont conduites en biodynamie, sans désherbage chimique. Le travail du sol varie selon le terroir, le cépage et l’année ; certains inter-rangs sont peu travaillés pour conserver davantage de vie, une parcelle est menée au cheval et des vaches naines pâturent dans les vignes en automne et en hiver. Les plantations reposent sur des sélections massales diversifiées. Le domaine ne vinifie que les raisins qu’il cultive.

Les vendanges des cuvées parcellaires sont manuelles. Pour les blancs, le tri commence sur pied puis les grappes arrivent au pressoir dans de petits plateaux ajourés de huit à dix kilos, afin de limiter l’écrasement avant le pressurage. Les jus fermentent avec les levures présentes sur les raisins. Les élevages sont volontairement longs : jusqu’à deux ans pour les Grandes Rogeries, Bigottière et Pavillon, dans des contenants qui peuvent associer barrique, œuf béton et amphore. Cette durée cherche moins à donner un goût de bois qu’à laisser le vin gagner en largeur et en stabilité.

Pour les rouges, la proportion de grappes entières et l’éventuelle macération à froid changent selon le sol, le cépage et le millésime. La ligne reste claire : garder le fruit, la fraîcheur et une extraction mesurée. Nous préférons cette finesse à un rouge d’Anjou inutilement massif. Elle rend le gamay plus naturel à table, tout en laissant apparaître les épices et la trame pierreuse du lieu.

Grandes Rogeries, le chenin posé sur la rhyolite

Grandes Rogeries occupe le haut de la butte des Rogeries, sur une parcelle exposée au sud et au sud-ouest. Le sous-sol est formé de rhyolite, une roche volcanique. Le chenin est récolté à la main, puis vinifié sans bâtonnage, collage ni filtration. L’élevage dure vingt-huit mois et la fermentation malolactique est complète. Ce long repos élargit le vin sans lui retirer sa tension.

Dans le verre, le registre associe fleurs sauvages, fruits à noyau et agrumes, avec une impression nette et pierreuse en finale. Nous ne le servons pas glacé : autour de 10 °C à la sortie de cave, il monte tranquillement vers 12 à 14 °C dans le verre. C’est là que le chenin montre à la fois son énergie, son volume et ses nuances. Une ouverture d’une demi-heure convient à une bouteille jeune ; une grande carafe n’est utile que si le vin reste vraiment fermé.

À table, nous l’associons à un sandre au beurre blanc, une volaille rôtie, des noix de Saint-Jacques ou un comté affiné. L’acidité porte les sauces et le temps d’élevage répond aux chairs délicates sans les écraser. Huit ans et davantage forment un repère raisonnable pour une cave fraîche et stable : le fruit frais évoluera alors vers le coing, les fleurs sèches et des notes plus miellées, tout en gardant l’amertume fine du chenin.

Chant de la Pierre, un gamay frais sur schistes et quartz

Chant de la Pierre vient d’une parcelle exposée au nord, sur des schistes gris, verts, rouille et parfois violacés, traversés de filons de quartz. Le gamay est vendangé manuellement dans les mêmes petits plateaux. Une partie des grappes reste entière pendant la macération ; la fermentation se fait avec les levures du raisin, sans collage ni filtration. Cette combinaison explique un rouge davantage construit sur l’éclat que sur la force.

Le goût va vers les fruits rouges, les fleurs et les épices. La bouche réunit concentration et fraîcheur, avec un fruit gourmand et une finale digeste. Nous le sortons à 12 °C pour le laisser atteindre 15 à 16 °C à table. Ce léger départ au frais évite que le gamay paraisse mou ou chaleureux. Une carafe n’est pas systématique : un grand verre et vingt minutes d’air suffisent le plus souvent à un rouge jeune de ce style.

Un pâté en croûte, un jambon persillé, un boudin noir, des rognons ou une volaille aux champignons lui conviennent particulièrement bien. Le fruit allège les préparations riches, tandis que les épices rejoignent les sucs grillés. Le potentiel de garde est long, mais le plaisir n’exige pas d’attendre une décennie. Nous l’ouvrons volontiers jeune pour son croquant ; quelques années de cave arrondiront la matière et feront glisser le fruit vers des notes plus terriennes.

Ce que nous référençons chez Terra Vita Vinum

Notre catalogue cite exactement « Anjou "'Grandes Rogeries" - Terra Vita Vinum », « Anjou "Chant de la Pierre" - Terra Vita Vinum », « Anjou "Clos de la Noue" - Terra Vita Vinum » et « Anjou "Terre de 3" - Terra Vita Vinum ». Ces quatre libellés racontent déjà l’amplitude du domaine : deux lieux de chenin, un gamay de parcelle et un assemblage de chenins venu de trois terroirs.

Pour un blanc de table ample et tendu, nous commençons par Grandes Rogeries, servi entre 12 et 14 °C avec un poisson, une volaille ou un fromage affiné. Chant de la Pierre prend le relais sur une charcuterie chaude, des abats ou une viande blanche, autour de 15 °C. Clos de la Noue permet de poursuivre la lecture parcellaire du chenin ; Terre de 3 montre ce que l’assemblage de plusieurs sols apporte à l’équilibre.

La disponibilité de ces cuvées varie entre nos boutiques de Ferney-Voltaire et Saint-Genis-Pouilly ; dites-nous le repas et le style recherchés, nous vous répondrons franchement.

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