Histoires de vignerons

Giuseppe Rinaldi : Brunate, Tre Tine et Barbera à Barolo

Publié le 2026-10-08 · 6 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

Chez Giuseppe Rinaldi, la tradition ne consiste pas à répéter un décor ancien. Elle tient dans des choix très concrets : faire fermenter longtemps, élever le nebbiolo en grands foudres et chercher l’équilibre en réunissant plusieurs coteaux. Depuis la disparition de leur père Beppe en 2018, Marta et Carlotta Rinaldi poursuivent ce travail à Barolo, l’une surtout en cave, l’autre dans les vignes. Nous aimons cette continuité sans tapage, car elle permet de lire trois vins très différents : une Barbera vive et immédiate, puis deux Barolo qui demandent du temps, Brunate et Tre Tine.

Une famille de Barolo, de Battista à Marta et Carlotta

La cave porte le prénom de Giuseppe Rinaldi, arrière-grand-père de la génération actuelle. La famille travaille le vin à Barolo depuis la fin du XIXe siècle, mais c’est dans la première moitié du XXe siècle que la maison prend la forme que nous lui connaissons. Battista Rinaldi, fils de Giuseppe, reprend ensuite le domaine. Œnologue formé à Alba, il devient aussi maire de Barolo de 1970 à 1975 et participe à l’installation de l’Enoteca Regionale dans le château du village. Le vin, ici, reste lié à la vie locale autant qu’à la réputation internationale de l’appellation.

Son fils Beppe suit d’abord une autre voie. Vétérinaire de formation, il travaille longtemps auprès des animaux avant de prendre pleinement les rênes de la cave à la mort de Battista, en 1992. Il conserve les longues macérations, les levures indigènes et les grands contenants de bois. Dans une période où les petits fûts neufs et les Barolo plus rapides à boire gagnent du terrain, il défend au contraire des vins fermes dans leur jeunesse, capables de s’ouvrir lentement. Son surnom, « Citrico », dit assez bien son goût pour la parole franche.

Marta rejoint la cave après ses études de viticulture et d’œnologie ; sa première vendange au domaine date de 2009. Carlotta, formée en agronomie puis passée par la France, la Nouvelle-Zélande et l’Australie, revient quelques années plus tard. Aujourd’hui, Marta suit principalement les fermentations, l’élevage et la mise en bouteille, tandis que Carlotta conduit le travail des vignes. Cette répartition n’efface pas la dimension familiale : les décisions se croisent du rang de nebbiolo jusqu’au dernier soutirage.

Le grand foudre garde le bois derrière le vin

Le style Rinaldi repose d’abord sur le temps. Une macération longue met le jus en contact avec les peaux du nebbiolo et construit progressivement couleur, parfum et tanins. L’élevage se poursuit dans de grands foudres de chêne, et non dans de petites barriques neuves. Le rapport entre le bois et le vin est ainsi moins important : l’oxygène accompagne l’évolution, mais les arômes de vanille ou de chauffe ne doivent pas prendre le dessus sur la rose, la cerise, les épices et la terre.

Cette méthode convient au Barolo, qui naît exclusivement du nebbiolo. L’appellation impose au moins trois ans et deux mois d’élevage après la vendange, dont dix-huit mois sous bois ; la mention Riserva attend cinq ans. Ces durées ne garantissent pas qu’un vin soit prêt à boire dès sa sortie. Elles lui donnent le temps réglementaire nécessaire avant la commercialisation. Chez Rinaldi, l’acidité et les tanins restent volontairement présents : la bouteille continue ensuite le travail dans une cave fraîche et stable.

Nous ne traduisons pas « traditionnel » par lourd ou rustique. Un nebbiolo peut avoir une couleur claire, un parfum très floral et une bouche tendue tout en possédant une forte charpente. C’est même l’un de ses contrastes les plus intéressants. Le foudre n’arrondit pas tout ; il laisse la structure se fondre sans maquiller le vin. À table, cette fermeté devient un atout dès qu’elle rencontre un jus, une viande ou un fromage assez savoureux.

Brunate et Tre Tine, deux façons d’assembler les coteaux

Beppe Rinaldi tenait à l’assemblage de plusieurs parcelles. Il ne cherchait pas à isoler chaque coteau pour en faire une collection de crus, mais à réunir leurs qualités afin de construire un vin plus complet. À partir de 1993, la maison proposait notamment Brunate–Le Coste d’un côté, Cannubi San Lorenzo–Ravera de l’autre. La reconnaissance officielle des mentions géographiques supplémentaires en 2010 a limité l’usage de plusieurs noms de lieux sur une même étiquette. Les deux vins sont alors devenus Brunate et Tre Tine, sans abandonner l’idée d’équilibre qui les avait fait naître.

Brunate vient principalement du coteau du même nom, complété dans la limite autorisée par Le Coste. Il donne généralement le Barolo le plus ample des deux : cerise sombre, rose séchée, réglisse, épices, parfois tabac et cuir fin avec l’âge. Les tanins occupent largement la bouche, puis la fraîcheur allonge la finale. Ce n’est pas une masse compacte ; les meilleurs équilibres associent profondeur et parfum.

Tre Tine réunit des raisins de Ravera, Cannubi San Lorenzo et Le Coste. Son nom signifie « trois cuves ». Il apparaît souvent plus droit et plus aérien, avec la cerise rouge, la violette, les herbes et une trame tannique précise. Selon l’année, il peut pourtant se montrer tout aussi fermé dans sa jeunesse. Nous ne plaçons donc pas Brunate au-dessus de Tre Tine : l’un élargit la matière, l’autre tend davantage la ligne. Deux assemblages, deux rythmes, et la même idée du Barolo patient.

Du fruit de la Barbera au temps long du Barolo

La Barbera d’Alba change immédiatement de registre. Elle possède naturellement plus d’acidité et moins de tanins que le nebbiolo. Chez Rinaldi, elle donne un rouge sur la cerise, la prune fraîche, les herbes et les épices, avec une bouche vive qui appelle le repas. Nous la servons à 15 °C, après une ouverture d’une demi-heure. Elle accompagne des agnolotti, une volaille rôtie, une saucisse aux lentilles, des pâtes à la tomate ou une polenta aux champignons. Dans une bonne cave, trois à six ans permettent de conserver son fruit tout en laissant les arômes gagner en profondeur.

Pour Brunate et Tre Tine, nous partons plutôt de 16 °C et d’un grand verre resserré au bord. Une bouteille jeune peut être ouverte deux ou trois heures avant le repas, sans carafage violent. Nous préférons goûter d’abord : si le vin reste compact, une carafe large pendant une heure l’aide ; s’il montre déjà des parfums fins, le verre suffit. Sur une bouteille ancienne, nous décantons seulement pour séparer un éventuel dépôt, juste avant le service.

Le Barolo aime les plats où le gras et le jus répondent aux tanins : joue de bœuf, veau braisé, canard rôti, tajarin aux cèpes, risotto aux champignons ou parmesan affiné. Brunate accepte volontiers une cuisson longue et un jus concentré. Tre Tine, souvent plus élancé, trouve une belle place avec un veau rôti ou des pâtes aux champignons. Pour la garde, sept à quinze ans après le millésime ouvrent souvent une première fenêtre harmonieuse ; les années solides et les bouteilles bien conservées peuvent aller nettement plus loin. Le niveau, le bouchon et la température de cave comptent alors autant que le nom du cru.

Les trois Giuseppe Rinaldi que nous référençons

Notre catalogue cite exactement « Barbera d'Alba - Giuseppe Rinaldi », « Barolo "Brunate" - Giuseppe Rinaldi » et « Barolo "Tre Tine" - Giuseppe Rinaldi ». Ces trois libellés racontent une progression utile plutôt qu’une échelle de prestige. La Barbera met le fruit et l’acidité au premier plan ; Tre Tine donne une lecture plus droite et florale du nebbiolo ; Brunate apporte davantage d’ampleur et de profondeur.

Nous choisissons entre eux selon le repas et le temps disponible. Pour des pâtes à la tomate ou une volaille, la Barbera possède l’élan juste. Pour un veau rôti ou des champignons, Tre Tine garde de la finesse. Avec une viande braisée et plusieurs années de cave devant soi, Brunate prend naturellement sa place. Leur présence dans nos boutiques varie avec les arrivages ; dites-nous le plat, l’année recherchée et le temps de garde envisagé, nous vous répondrons franchement.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

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