Rivetto : la Barbera mène au Barolo sur la colline de Lirano
Entre Sinio et Serralunga d’Alba, la colline de Lirano ne se limite pas à la vigne. Rivetto y cultive aussi des arbres fruitiers, des herbes et des céréales dans un ensemble certifié Demeter. Ce paysage aide à lire les vins de la maison : deux Barbera de parcelle, un Langhe Nebbiolo proche de la frontière du Barolo, puis deux rouges de Serralunga bâtis pour le temps. Nous aimons cette progression parce qu’elle montre le Piémont sans enfermer chaque cépage dans une seule idée.
Lirano, une colline cultivée comme un jardin
Rivetto travaille dans les Langhe depuis 1902. Aujourd’hui, Enrico Rivetto présente Lirano comme un jardin biodynamique posé sur la crête entre Sinio et Serralunga d’Alba, à mi-chemin entre l’Alta Langa et les collines du Barolo. La vigne y partage le terrain avec des arbres fruitiers, des plantes aromatiques et des céréales. La certification Demeter donne un cadre précis à ce choix agricole ; elle ne sert pas, à nos yeux, de raccourci pour promettre le goût d’une bouteille.
Ce qui nous intéresse est plus concret. Une parcelle ne vit pas seule : les haies, les arbres, les sols couverts et les autres cultures créent des abris, retiennent l’eau différemment et obligent à regarder le domaine comme une ferme entière. Cela ne remplace ni la maturité du raisin ni la précision de la cave, mais cela explique pourquoi Rivetto parle d’équilibre avant de parler de performance.
La géographie ajoute une tension utile. Sinio se trouve d’un côté de la crête ; Serralunga d’Alba, commune majeure du Barolo, de l’autre. La gamme que nous suivons traverse justement cette limite. La Barbera garde son fruit et son acidité, tandis que le nebbiolo passe d’un rouge des Langhe plus accessible à deux Barolo dont les tanins et l’élevage demandent davantage de patience.
Zio Nando et Loirano Soprano, deux Barbera qui ne jouent pas le même rôle
Zio Nando vient d’une parcelle de Sinio exposée à l’ouest, à 365 mètres d’altitude, sur un sol sablo-calcaire riche en magnésium. Un cinquième de la vigne a été planté en 1944 par l’homme qui a donné son nom à la cuvée. Le vin est élevé en grands foudres de 30 hectolitres. Ce volume de bois accompagne la Barbera sans chercher à lui donner le goût d’une barrique neuve.
Loirano Soprano naît un peu plus haut, à 390 mètres, dans la partie supérieure de la colline. Sous le sable et le calcaire apparaît une marne bleutée à environ un mètre de profondeur. Rivetto ne produit cette sélection que dans les années jugées les plus favorables et l’élève en fûts de chêne français. Le cépage reste le même, mais le choix de parcelle et le contenant changent le dessin : Zio Nando met en avant l’élan du fruit ; Loirano Soprano gagne une trame plus serrée et des épices de bois plus présentes.
La Barbera d’Alba va volontiers vers la cerise, la mûre, la fraise et les épices, avec une acidité qui allonge la bouche. Nous servons ces deux rouges autour de 15 °C. Zio Nando accompagne des agnolotti, une volaille rôtie, une charcuterie fine ou des légumes farcis. Loirano Soprano supporte un plat plus profond : joue de bœuf, canard aux herbes, polenta crémeuse aux champignons. Trois à six ans de cave conviennent à Zio Nando ; Loirano Soprano peut avancer vers six à dix ans selon l’année et les conditions de conservation.
Le nebbiolo avant la frontière du Barolo
Le Langhe Nebbiolo de Rivetto pousse à Sinio, entre 340 et 400 mètres, à quelques pas de la zone du Barolo. Son assemblage réunit 97 % de nebbiolo et 3 % de barbera. Cette petite part de Barbera n’efface pas les marqueurs du nebbiolo : couleur plutôt claire, parfum de cerise et de rose, tanins plus sensibles que la robe ne le laisse imaginer. Elle apporte un trait de fruit et de souplesse à un vin élevé sous bois mais conçu pour parler plus tôt que les Barolo de la maison.
Nous le servons à 15 ou 16 °C, dans un verre assez large, après une ouverture d’une demi-heure. Trop chaud, le nebbiolo paraît plus alcooleux et ses tanins deviennent secs ; trop froid, son parfum se referme. À table, il trouve un bon équilibre avec des pâtes au ragù, un rôti de veau, un risotto aux cèpes ou des lentilles brunes aux légumes rôtis. Les sauces très sucrées et le piment appuyé durcissent inutilement sa finale.
C’est aussi la bonne porte d’entrée pour comprendre le cépage sans attendre une occasion solennelle. Les fruits rouges et les fleurs dominent d’abord ; quelques années font apparaître des notes de thé, d’épices et de sous-bois. Nous visons trois à sept ans de garde pour préserver son allant, plutôt que de lui demander la longue évolution d’un Barolo Riserva.
Serralunga et Leon Riserva, le temps change l’échelle
Le Barolo del Comune di Serralunga d’Alba assemble des raisins de Serra, Manocino et San Bernardo, entre 320 et 420 mètres d’altitude. Les sols d’origine serravallienne mêlent argile et calcaire. Le vin est issu entièrement de nebbiolo, fermenté avec les levures du domaine puis élevé en grands foudres. Le Barolo doit patienter au moins trois ans avant sa commercialisation, dont dix-huit mois sous bois ; la mention Riserva porte ce temps total à cinq ans.
Ce temps se goûte d’abord dans la structure. Le nebbiolo de Serralunga associe cerise, rose, épices et parfois réglisse à des tanins droits. Avec l’âge viennent la feuille sèche, le cuir fin et le sous-bois. Nous servons le Barolo communal vers 16 °C. Jeune, il gagne à être ouvert une à deux heures avant le repas ; plus âgé, il faut au contraire le verser doucement et limiter l’air. Un bœuf braisé, un pigeon rôti, des pâtes aux cèpes ou un fromage piémontais affiné lui donnent la profondeur nécessaire.
Leon Riserva est sélectionné parmi les foudres qui montrent le plus grand potentiel d’évolution. Rivetto situe sa meilleure expression après quinze à vingt-deux ans. Ce repère ne commande pas d’attendre mécaniquement : l’année, la cave et le goût recherché comptent. Pour le Barolo communal, huit à quinze ans offrent déjà une belle fenêtre. Pour Leon, dix à vingt ans et davantage ont du sens dans une cave sombre et stable. Dans les deux cas, nous préférons une cuisine simple et savoureuse à une sauce puissante qui couvrirait les nuances du vin.
Ce que nous référençons chez Rivetto
Notre catalogue cite exactement cinq cuvées : « Barbera d'Alba "Loirano Soprano" - Rivetto », « Barbera d'Alba "Zio Nando" - Rivetto », « Barolo "Commune del Serralunga d'Alba" - Rivetto », « Barolo "Leon Riserva" - Rivetto » et « Langhe Nebbiolo - Rivetto ». Ensemble, elles permettent de suivre deux cépages et trois rythmes : le fruit vif de la Barbera, le nebbiolo des Langhe à boire plus jeune, puis la structure patiente du Barolo.
Pour un repas prochain, nous commençons volontiers par Zio Nando ou le Langhe Nebbiolo. Loirano Soprano prend le relais quand le plat appelle davantage de profondeur. Le Barolo communal et Leon Riserva conviennent à une cave plus patiente, sans qu’il soit nécessaire de transformer leur ouverture en cérémonie. Dites-nous le plat, l’année recherchée et le temps que vous souhaitez attendre : nous vous répondrons franchement. La disponibilité de ces cuvées change au fil de l’année.
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