López de Heredia : Cubillo, Bosconia et Tondonia, trois temps de Rioja
À Haro, certains vins prennent leur temps avant même de rencontrer leur premier verre. Chez López de Heredia, le passage en barrique ne sert pas à donner rapidement un goût de bois : il accompagne une évolution lente, poursuivie en bouteille. Cubillo, Bosconia et Tondonia portent ainsi trois noms de vignobles et trois rythmes différents. Le premier garde un fruit rouge alerte après trois ans de fût ; le deuxième gagne en corps pendant cinq ans ; le troisième attend six ans et développe une patine plus profonde. Nous aimons cette progression parce qu’elle rend très concrète une idée souvent abstraite : en Rioja, le temps d’élevage peut devenir une véritable façon de construire le vin.
Haro, le temps long depuis 1877
Rafael López de Heredia y Landeta commence à bâtir sa bodega vers 1877, dans le quartier de la gare de Haro. Le lieu n’est pas choisi au hasard. Au XIXe siècle, des négociants français viennent en Rioja chercher des raisins et du vin après les ravages du phylloxéra dans leurs vignobles. Haro devient alors un point de rencontre entre un paysage, un savoir-faire et le chemin de fer. Quatre générations plus tard, la maison demeure familiale et continue de travailler autour de ses propres vignobles.
La méthode repose sur des gestes patients : sélection des raisins, élevage dans les galeries souterraines, soutirages réguliers, collage au blanc d’œuf, puis repos en bouteille. Cela ne fige pas le vin dans le passé. Cela lui donne plutôt le temps de passer du fruit frais aux fruits séchés, des tanins fermes à un toucher plus fondu, et du bois perceptible à des nuances de vanille, d’épices, de cuir ou de sous-bois. Le vin n’est mis sur la table qu’après avoir déjà vécu une partie de son évolution à la cave.
Les mots Crianza et Reserva donnent un premier repère, mais ils ne racontent pas tout. En Rioja, un rouge Crianza doit vieillir au moins deux ans, dont un an en fût. Un Reserva demande au moins trois ans entre bois et bouteille, avec au minimum un an en fût et six mois en bouteille. López de Heredia va sensiblement plus loin : trois ans de barrique pour Cubillo, cinq pour Bosconia et six pour Tondonia. C’est cette durée supplémentaire qui rapproche les trois vins tout en les distinguant.
Cubillo : trois années de fût, encore du fruit
Viña Cubillo Crianza assemble majoritairement du tempranillo, complété par du garnacha, du mazuelo et du graciano. La maison donne comme proportion habituelle 65 % de tempranillo et 25 % de garnacha, les deux autres cépages se partageant le reste. Trois années de barrique, deux soutirages par an et un repos en bouteille lui apportent déjà une patine nette, mais son profil reste le plus direct des trois.
Dans le verre, Cubillo garde une robe rubis lumineuse, un fruit rouge frais, une touche de réglisse et une texture souple. Son élevage se lit sans couvrir le vin. Nous le servons autour de 16 ou 17 °C plutôt qu’à la température d’une pièce chauffée : il conserve ainsi son élan et ses tanins restent précis. Une ouverture d’une demi-heure suffit généralement. Une carafe large n’est utile que si la bouteille paraît vraiment refermée au premier nez.
À table, c’est le plus facile à placer. Une planche de jambon, des tapas, un poulet rôti, des côtelettes d’agneau ou des champignons grillés respectent son équilibre. Il a assez de fraîcheur pour accompagner la charcuterie et assez de fond pour une viande simplement cuisinée. Pour la garde, quelques années dans une cave stable lui permettent d’assouplir encore ses contours ; son intérêt principal reste néanmoins ce dialogue entre le fruit et une évolution déjà bien engagée.
Bosconia et Tondonia : cinq ou six ans en barrique
Viña Bosconia Reserva change de registre. Le tempranillo prend une place plus large, autour de 80 %, avec du garnacha, du mazuelo et du graciano. Cinq années de barrique donnent un rouge plus charnu, plus persistant, où le fruit mûr rencontre des nuances orangées, des épices et une texture ronde. Bosconia garde pourtant une vraie fraîcheur. Nous le voyons volontiers avec une épaule d’agneau, un canard rôti, un plat de gibier ou une sauce aux champignons. Servi vers 17 °C après une heure d’ouverture, il montre mieux sa profondeur sans paraître lourd.
Viña Tondonia Reserva pousse la patience un cran plus loin. L’assemblage associe tempranillo, garnacha, graciano et mazuelo, puis passe six ans en barrique avec deux soutirages annuels. La couleur tire progressivement du rouge vers l’ambre. Les fruits séchés, la vanille et les épices s’installent, tandis que les tanins restent fermes mais polis. Ce n’est pas un rouge démonstratif : sa longueur vient davantage de l’équilibre et de la persistance que de la puissance. Un gigot d’agneau au romarin, une joue de bœuf, une pintade rôtie ou un plat de lentilles aux champignons lui conviennent bien.
Bosconia et Tondonia peuvent continuer à évoluer une dizaine d’années dans une cave fraîche et régulière. La garde fait alors glisser le fruit vers le tabac blond, le cuir fin, les herbes sèches et le sous-bois. Une vieille bouteille mérite d’être redressée quelques heures avant le repas pour que le dépôt se pose. Nous évitons ensuite le carafage systématique : un vin patiné peut gagner en précision dans le verre, mais perdre vite son parfum dans une grande carafe.
Les servir sans effacer leur patine
Ces trois Rioja ne demandent ni cérémonial compliqué ni service brûlant. Entre 16 et 18 °C, le fruit, les épices et les notes d’évolution restent lisibles. Au-dessus, l’alcool et le bois prennent plus de place ; trop froids, les tanins se durcissent et les parfums se ferment. Nous préférons sortir la bouteille d’une cave fraîche peu avant le repas, puis laisser le vin monter doucement dans le verre. Un verre à rouge de taille moyenne suffit : assez large pour l’aération, pas au point de disperser les arômes.
Le temps d’ouverture dépend davantage de l’âge que du nom de la cuvée. Un Cubillo jeune peut respirer trente minutes. Bosconia et Tondonia apprécient souvent une heure, mais une bouteille ancienne se traite avec plus de retenue. Après avoir retiré le bouchon, nous goûtons d’abord. Si le vin est net mais réservé, un service lent fait le travail. S’il est encore compact et solide, un passage mesuré en carafe peut l’aider. Le dépôt, lui, n’est pas un défaut : c’est une conséquence normale d’un vin non filtré et longuement élevé.
À table, leur progression permet aussi de construire un repas. Cubillo ouvre sur la charcuterie ou les tapas. Bosconia prend le relais sur une viande rôtie. Tondonia accompagne le plat le plus longuement mijoté. Il n’est pas nécessaire de chercher des recettes espagnoles à tout prix : une volaille du dimanche, un gratin de champignons ou un morceau d’agneau du Pays de Gex suffisent à montrer ce que le temps a apporté au vin.
Les trois Rioja que nous référençons
Notre catalogue réunit trois libellés exacts de la maison : « Vina Cubillo Crianza - Lopez de Heredia », « Vina Bosciona Reserva - Lopez de Heredia » et « Vina Tondonia Reserva - Lopez de Heredia ». Ils dessinent une progression simple. Cubillo met le fruit et la souplesse au premier plan ; Bosconia apporte davantage de corps ; Tondonia donne la lecture la plus patinée du temps long à Haro.
Dites-nous le plat, l’âge de la bouteille recherché et le style que vous aimez : nous vous orienterons franchement vers le plus vif, le plus charnu ou le plus évolué. La disponibilité de ces cuvées change au fil de l’année.
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