Terroirs et savoir-faire

Monteraponi : un hameau de Radda, des vignes et une cave de pierre

Publié le 2026-10-27 · 6 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

À Monteraponi, le village et le vin occupent le même paysage. Un hameau ancien domine une vallée du Chianti, les vignes partagent les pentes avec les arbres et les caves se glissent dans les bâtiments de pierre. Nous aimons aborder ce domaine par cette continuité : avant les noms de cuvées, il y a un lieu habité, cultivé et adapté au travail. À Radda in Chianti, en Toscane, ce lien devient très concret lorsqu’on suit le trajet des raisins, du coteau aux cuves en béton, puis aux grands contenants de chêne.

Une tour ancienne au-dessus de la vallée de l’Arbia

Le hameau de Monteraponi se trouve sur une colline de 470 mètres, au-dessus d’une vallée qui descend vers l’Arbia. Son histoire remonte au Moyen Âge : à la fin du Xe siècle, le lieu appartient au comte Ugo, marquis et gouverneur de Toscane, avant d’être donné à une abbaye de Poggio Martori. Ce passé laisse surtout une présence physique, celle des bâtiments autour desquels s’organise encore le domaine.

Une tour de plan carré demeure au centre du village. Les ouvertures anciennes de sa partie haute et les caves voûtées installées dessous donnent au lieu une profondeur qui ne se résume pas à une date. Ici, les bouteilles reposent dans une architecture qui existait bien avant le vignoble tel qu’on le connaît aujourd’hui. Nous préférons ce détail à une longue succession de propriétaires : il dit comment un bâtiment ancien continue de servir.

Il faut toutefois séparer l’âge des pierres de celui des vignes et des vins. Un hameau médiéval ne signifie pas que la même cuvée y serait produite depuis mille ans. L’intérêt est ailleurs : des espaces hérités ont trouvé une fonction dans une activité agricole vivante, avec ses outils et ses choix contemporains.

Douze hectares de vignes dans un amphithéâtre boisé

Le domaine s’étend sur environ 200 hectares, mais les vignes en occupent douze. Huit hectares portent des oliviers ; les bois de chênes et de châtaigniers occupent une grande partie du reste. Ce rapport entre cultures et forêt change l’image que l’on peut se faire d’une propriété viticole : Monteraponi n’est pas une mer de ceps. Le vignoble forme une partie d’un ensemble beaucoup plus vaste.

Les terres dessinent un amphithéâtre naturel exposé au sud et protégé des vents du nord. L’altitude de la colline, l’ouverture de cette vallée et la présence des bois donnent des repères pour situer les vignes. Ils ne permettent pas, à eux seuls, de deviner le goût d’un verre. Le raisin reste soumis à la saison, au moment de la récolte et au travail qui suit.

Pour nous, raconter un terroir commence par cette échelle. Radda n’est pas seulement un nom sous celui du domaine : c’est un cadre dans lequel la vigne partage l’espace avec d’autres cultures et des arbres. Avant même de parler d’élevage, on comprend que le vin vient d’un paysage précis, et non d’une recette toscane appliquée partout.

Du raisin cueilli à la main aux baies triées

La récolte est manuelle et les raisins sont transportés dans de petites caisses. Au chai, plusieurs opérations se succèdent pour préparer les baies : passage sur un tapis, éraflage délicat, puis nouveau tri manuel sur une table vibrante. L’érafloir sert à détacher les grains de leur partie végétale, la rafle. Le tri qui suit permet encore de choisir ce qui entrera en vinification.

Cette précision compte notamment pour le sangiovese, au cœur de l’identité du Chianti Classico. Le matériel employé au domaine est conçu pour travailler délicatement les raisins. Nous retenons surtout l’enchaînement : vendanger à la main ne dispense pas d’un second regard à la cave, pas plus qu’une machine douce ne remplace le choix des baies.

Ces gestes sont moins spectaculaires qu’un grand foudre ou qu’une tour ancienne. Ils interviennent pourtant au moment décisif où une récolte devient la matière d’un vin. La suite ne commence pas avec une cuve vide que l’on remplirait indifféremment, mais avec des raisins déjà sélectionnés et manipulés avec attention.

Le béton pour fermenter, les grands chênes pour élever

La cave de vinification utilise d’anciennes cuves en béton ainsi que des cuves Nomblot de forme tronconique, à base elliptique. Elles ne disposent pas de système de thermorégulation. Les fermentations démarrent sans ajout de levures sélectionnées ; le domaine n’ajoute pas non plus d’activateurs, de nutriments de fermentation ni de bactéries pour la fermentation malolactique. Ce sont des choix précis de cave, pas une formule vague sur un vin qui se ferait tout seul.

Le bâtiment joue également son rôle. Ses murs épais contribuent à maintenir une température et une humidité stables. À côté, l’espace d’élevage occupe un autre bâtiment ancien, enterré aux trois quarts. On retrouve ici le lien entre architecture et vin : les caves ne sont pas seulement un décor patrimonial, elles accueillent différentes étapes du travail.

L’élevage se déroule dans de grands contenants de chêne venus d’Autriche et de Bourgogne. Fermentation et élevage ne désignent donc ni le même moment ni le même contenant. Nous faisons volontiers cette distinction en boutique : savoir qu’un vin passe sous bois renseigne sur son parcours, mais la taille du contenant, sa durée d’usage et le vin qu’il reçoit comptent aussi. Cela ne donne pas automatiquement un goût de vanille.

Des rouges à asseoir à table plutôt qu’à réchauffer

Le Chianti Classico de Monteraponi offre un point d’entrée dans cette famille de rouges. La cerise et la fraîcheur du fruit rouge en sont des repères utiles ; le 2019 associait notamment cerise rouge, framboise et violette. Une année ne fixe pas le profil de toutes les suivantes. Nous cherchons surtout à faire comprendre l’équilibre entre fruit, vivacité et texture, plutôt qu’à promettre exactement le même parfum dans chaque bouteille.

Nous partirions sur un service autour de 16 °C. Un rouge posé longtemps dans une pièce chauffée risque de paraître plus chaleureux et moins précis. Notre accord de départ serait une viande rôtie, des pâtes au ragù ou un plat de lentilles et de champignons : une cuisine qui donne de la matière au repas, sans couvrir le vin d’une sauce très sucrée. Nous aimons ces accords parce qu’ils laissent une place au fruit tout en répondant à la texture du rouge.

Pour la garde, nous distinguons le projet du domaine et la bouteille que l’on a devant soi. Le passage en grand chêne ne fournit pas à lui seul une échéance. Entre un Chianti Classico, une Riserva et une année déjà évoluée, la conversation n’est pas la même. Nous préférons choisir avec vous selon le repas et le temps que vous souhaitez laisser au vin, plutôt qu’attribuer une durée identique à tous les rouges de Monteraponi.

Les trois libellés Monteraponi que nous référençons

Nos catalogues portent les entrées « Chianti Clasico - Azienda Agricola Monteraponi », « Chianti Clasico Riserva "Il Campitello" - Azienda Agricola Monteraponi » et « IGT Toscana "Baron'Ugo" - Azienda Agricola Monteraponi ». Ces libellés permettent de retrouver la maison et d’ouvrir la discussion, du Chianti Classico à des expressions nommées du domaine. Le portrait du lieu reste le même fil conducteur : un hameau, des vignes dans les bois et des gestes de cave bien définis.

À Ferney-Voltaire ou à Saint-Genis-Pouilly, nous pouvons partir de votre table et de votre envie de découvrir la Toscane. La disponibilité des cuvées et des années se confirme avec nous en boutique.

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