Histoires de vignerons

Troupis à Mantinia : les vignes familiales deviennent une cave

Publié le 2026-10-31 · 5 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

Une histoire de vin commence parfois bien avant le premier nom sur une étiquette. Chez Troupis, les vignes familiales précèdent de plusieurs décennies la création de la cave. À Mantinia, au cœur du Péloponnèse, le moschofilero donne le fil de cette aventure : un raisin gris, parfumé, que la famille explore de plusieurs façons. Nous aimons ce chemin qui part d’un travail agricole pour aboutir à des vins signés, sans couper le lien avec le lieu.

Des raisins vendus depuis les années 1970 à la cave de 2010

La famille Troupis cultive la vigne depuis les années 1970. Elle fait alors du vin pour sa propre consommation et vend les raisins restants. Ce fonctionnement rappelle une distinction importante : être vigneron ne signifie pas nécessairement mettre son vin en bouteille sous son propre nom. Le soin donné au raisin peut précéder de longtemps l’existence d’une marque ou d’une cave ouverte aux visiteurs.

En 2010, la famille choisit une autre voie. Elle investit dans ses propres vignes, qui représentent alors sept hectares, et lance la cave Troupis. Ce n’est donc pas la naissance de son lien avec la vigne, mais un changement de métier à l’intérieur de la même histoire : aller jusqu’au vin fini. La crise économique n’empêche pas ce départ.

Les investissements se poursuivent ensuite dans les bâtiments, le matériel et l’équipe. Pour nous, ce tournant donne au portrait son intérêt : derrière une étiquette grecque parfois difficile à prononcer, il y a une décision familiale très concrète. Garder les raisins, les vinifier et porter soi-même le résultat demande une autre organisation que leur vente.

Fteri et les hauteurs de Mantinia, loin d’une Grèce uniforme

La cave se trouve à Fteri, sur le plateau de Mantinia, à environ 700 mètres d’altitude. Les vignes familiales occupent notamment les secteurs de Litharakia, Katarrachia et Belberi, autour de 650 mètres. Ces repères suffisent à déplacer le paysage : nous ne sommes pas devant une vigne de bord de mer, mais dans un vignoble intérieur et élevé.

Le moschofilero en est le cépage central. Ses raisins ont une peau grise, et sa palette peut réunir fleurs et agrumes. Chez Troupis, les vendanges de ce cépage se déroulent en octobre. Il ne faut pas confondre cette maturité tardive dans le calendrier avec un vin nécessairement doux : un raisin parfumé peut parfaitement donner un blanc sec.

Nous préférons commencer par ce lieu plutôt que par une comparaison avec un sauvignon ou un muscat. Ces raccourcis peuvent aider à imaginer un parfum, mais ils effacent ce que l’on vient découvrir. Ici, un cépage local, un plateau et un calendrier de vendange forment un ensemble. Le vin n’est pas seulement une variété que l’on pourrait déplacer à volonté sur une carte.

Un raisin gris, plusieurs chemins dans la cave Troupis

La famille ne s’en tient pas à une seule manière de travailler le moschofilero. Dans la cave, les essais font intervenir des contenants en céramique, des cuves de béton, des fûts de chêne ou d’acacia. Certaines vinifications prolongent le contact avec les peaux pendant quelques heures, d’autres pendant plusieurs jours. Les levures indigènes font aussi partie de ces explorations.

Ces choix expliquent pourquoi un nom de cépage ne suffit pas à décrire tous les vins d’une maison. Le contact du jus avec les peaux et le contenant choisi participent à la construction du vin. Cela ne veut pas dire que chaque cuvée cumule toutes ces techniques : un blanc sec de la gamme ne devient pas, par association, un vin longuement macéré.

Le travail expérimental se poursuit aussi à la vigne, avec différents porte-greffes pour le moschofilero, et en cave avec d’autres cépages grecs, dont le kolliniatiko. Ce qui nous plaît dans cette démarche, c’est qu’un ancrage local n’oblige pas à répéter une seule recette. La fidélité à un raisin peut aussi passer par la recherche de plusieurs expressions, à condition de les distinguer clairement.

Pêche blanche et bergamote : le moschofilero rejoint la table

Pour se représenter le versant blanc sec de cette histoire, Tomi Mantinia donne un repère précis. Élaboré entièrement en moschofilero, il présente une robe jaune lumineuse aux reflets rosés. Son registre associe pêche blanche, cédrat et coing, puis bergamote et jasmin. La bouche garde de la fraîcheur sans se réduire à une sensation acide : elle possède aussi du volume.

Nous le servirions entre 10 et 12 °C. Un froid plus appuyé ferait passer au second plan ce que l’on cherche ici, le dialogue entre le parfum et la matière. À table, une volaille au citron, des coquillages ou un poisson grillé sont de bonnes pistes. Notre choix irait vers une sauce citronnée plutôt que sucrée, pour prolonger les agrumes du vin sans ajouter une concurrence aromatique trop forte.

La garde peut s’envisager sur trois ans dans de bonnes conditions de conservation. Ce repère concerne ce blanc, pas toute la production de Troupis. Pour découvrir son caractère, nous privilégions néanmoins le fruit et les fleurs de sa jeunesse plutôt qu’une longue attente systématique. Le plaisir de comprendre un vin ne demande pas toujours de le transformer en projet de cave.

Les deux repères Troupis de notre catalogue

Nous référençons deux libellés qui permettent d’aborder cette maison : « Moschofilero Tomh Matineia - Troupis Winery, Arcadie » et « Mavrodaphne-Agiogitiko "Route 111" - Troupis Winery, Arcadie ». Le premier nous ramène au cépage du plateau ; le second rappelle que la famille ne travaille pas uniquement des blancs. Nous gardons ici l’écriture de notre catalogue, pour que le lien avec les vins soit facile à retrouver.

L’intérêt n’est pas de choisir un camp entre une Grèce de blancs parfumés et une Grèce de rouges. C’est de suivre un producteur qui a changé d’échelle dans son propre métier, en passant des raisins vendus à la cave familiale. Nous pouvons ensuite partir de votre table : une sauce au citron, un poisson grillé, l’envie d’un blanc floral mais sec. Ce sont des points de départ plus utiles qu’une promesse d’exotisme.

À Ferney-Voltaire comme à Saint-Genis-Pouilly, nous vous préciserons les cuvées et les années selon leur disponibilité. L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

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