Histoires de vignerons

Simon Bize à Savigny-lès-Beaune : trois générations dans Les Grands Liards

Publié le 2026-09-18 · 6 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

À Savigny-lès-Beaune, un nom de lieu sur l’étiquette peut raconter une pente, un sol et plusieurs générations de vignerons. Le Domaine Simon Bize & Fils en donne une lecture très concrète : une cuvée village souple dans sa jeunesse, Les Grands Liards plantés en trois temps, puis Les Marconnets, premier cru plus tendu. Nous aimons cette progression parce qu’elle aide à comprendre la Bourgogne sans la réduire à une hiérarchie de prestige.

Savigny-lès-Beaune, un village entre deux rives

Le Domaine Simon Bize & Fils est installé à Savigny-lès-Beaune depuis 1880. L’essentiel de ses vignes se trouve autour du village, dans une vallée ouverte par le Rhoin avant son débouché sur la plaine de Beaune. Ce relief compte : les expositions, la profondeur des terres et la place de chaque parcelle de part et d’autre du cours d’eau donnent des rouges qui ne parlent pas tous avec la même voix.

L’appellation réunit des vins de village et vingt-deux climats classés en premier cru. Le pinot noir domine les rouges. Dans le verre, Savigny va volontiers vers la fraise, la mûre, la violette et les épices, avec des tanins perceptibles dans la jeunesse puis plus souples avec le temps. Ce profil n’est pas une formule imposée à chaque bouteille : un sol profond ne construit pas la même sensation qu’un terrain plus maigre, et un premier cru énergique ne se sert pas au même moment qu’un village déjà ouvert.

C’est précisément ce que nous cherchons à expliquer au comptoir. Le nom Savigny-lès-Beaune donne le cadre ; le lieu-dit précise l’endroit ; le travail du domaine fait le reste. Une étiquette devient alors une petite carte du vignoble plutôt qu’une suite de mots compliqués.

Les Grands Liards, une vigne écrite sur trois générations

Aux Grands Liards, les plantations du domaine datent de 1939, 1950 et 1979. Trois générations cohabitent donc dans la même vigne. Les ceps les plus anciens plongent dans le même paysage que les plus jeunes, mais ils ne réagissent ni à la sécheresse ni à la maturité de façon identique. Cette diversité d’âges ne garantit pas à elle seule un grand vin ; elle donne au vigneron une matière plus nuancée à assembler.

Le lieu-dit se situe sur la rive droite du Rhoin. Le Domaine Simon Bize décrit un sol argilo-calcaire caillouteux et bien drainé. Dans ce type de Savigny, nous attendons d’abord le fruit rouge, une trame fraîche et des tanins fins, puis des notes plus terriennes avec l’évolution. La bonne lecture n’est pas « vieux ceps égale puissance ». Les Grands Liards peut au contraire séduire par son mouvement, sa précision et une profondeur qui ne pèse pas sur le palais.

À table, cette combinaison appelle des plats savoureux mais pas massifs : volaille rôtie, filet mignon aux champignons, jambon persillé ou œufs en meurette. Nous le servons autour de 15 °C, dans un verre assez large pour laisser le pinot noir respirer. Une ouverture trente minutes avant le repas suffit souvent pour un vin jeune ; une longue carafe n’est utile que si la bouteille reste vraiment fermée. Pour la garde, cinq à huit ans constituent un repère raisonnable, à ajuster selon l’année et la cave.

Du village aux Marconnets, deux rythmes de pinot noir

Le Savigny-lès-Beaune rouge du domaine assemble plusieurs parcelles de la rive droite, plantées entre 1965 et 1978 sur des terres blanches argilo-calcaires de profondeur moyenne. Son fruit expressif et ses tanins souples le rendent accueillant assez tôt. C’est le vin que nous ouvrons volontiers quand le repas demande de la finesse plutôt qu’une longue attente : pâté en croûte, pintade, veau rôti ou champignons simplement poêlés. Servi à 14 ou 15 °C, il garde son élan et évite que l’alcool prenne le dessus. Trois à cinq ans de garde permettent généralement de profiter de son fruit, même si une bonne année peut aller plus loin.

Les Marconnets change le rythme. Cette vigne de premier cru, plantée en 1973, couvre 0,60 hectare sur la rive droite. Son terrain profond et sablonneux donne au domaine un vin marqué par la tension et l’énergie. Dans le verre, cela se traduit moins par une lourdeur supplémentaire que par une ligne plus ferme, une finale plus longue et une capacité à gagner en complexité. Nous pensons alors au canard rôti, au bœuf mijoté sans sauce sucrée, à un pigeon ou à un mont d’or servi avec mesure.

La température reste autour de 15 °C ; trop chaud, le pinot noir perd de sa netteté. Pour une bouteille jeune, une heure d’ouverture permet au fruit et aux épices de se mettre en place. Les Marconnets peut se boire sur son énergie, mais il mérite aussi six à dix ans de cave dans de bonnes conditions. Le choix entre village et premier cru n’est donc pas celui d’un petit vin contre un grand : c’est celui du moment, du plat et du temps que l’on souhaite laisser à la bouteille.

Le Suchot, face à la colline de Corton

La gamme suivie nous fait aussi sortir de Savigny pour rejoindre Aloxe-Corton. Le Suchot est un clos d’un hectare, planté en 1985 en contrebas de la colline de Corton, face au château. Son nom évoque une petite butte ; l’argile et les cailloux y donnent un autre relief au pinot noir. On quitte la souplesse immédiate du village pour un rouge qui peut montrer davantage de chair, de profondeur et d’épices.

À table, nous le plaçons sur une viande rôtie ou braisée : bœuf, canard, agneau peu épicé. Une garniture de champignons, de céleri ou de panais accompagne bien son registre sans masquer le vin. Le service à 15 ou 16 °C lui laisse assez de fraîcheur. S’il est jeune, une ouverture d’une heure est plus juste qu’un passage brutal en carafe ; avec l’âge, nous préférons verser doucement pour laisser le dépôt au fond de la bouteille.

La garde se pense ici sur six à dix ans, parfois davantage selon l’année. Ce repère ne doit pas faire oublier le plaisir du fruit : une bouteille n’a pas besoin d’atteindre son dernier stade d’évolution pour être intéressante. Nous aimons comparer ces quatre niveaux — village, lieu-dit, premier cru et Aloxe-Corton — parce qu’ils montrent comment le pinot noir change de texture sans perdre son identité.

Ce que nous référençons du Domaine Simon Bize

Notre catalogue cite exactement quatre cuvées : « Aloxe Corton "Le Suchot" - Domaine Simon Bize », « Savigny-lès-Beaune "Aux Grands Liards" - Domaine Simon Bize », « Savigny-lès-Beaune - Domaine Simon Bize » et « Savigny-lès-Beaune 1er Cru "Les Marconnets" - Domaine Simon Bize ». Elles forment une progression très lisible, du rouge de village accessible jeune au premier cru qui demande davantage de temps, avec deux lieux qui donnent chacun leur accent.

Pour un repas prochain, nous orientons volontiers vers le Savigny village ou Les Grands Liards. Pour une cave patiente, Les Marconnets et Le Suchot offrent une structure plus propice à l’évolution. Dites-nous le plat, l’année souhaitée et l’horizon de garde : nous vous répondrons franchement, y compris si une autre bouteille convient mieux. La disponibilité de ces cuvées change au fil de l’année.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

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