Histoires de vignerons

Les Petits Riens : Petit Rouge et Cornalin sur les hauteurs d’Aoste

Publié le 2026-09-20 · 5 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

Deux hectares, douze cépages et une colline plein sud entre 600 et 800 mètres : Les Petits Riens porte bien son nom. Stefania Galimberti et Fabien Bonnet ont créé le domaine en 2013, après des parcours passés par Milan, Beaune, la Bourgogne et le Valais. Leur petite mosaïque au-dessus d’Aoste donne des rouges très différents, du fruit délicat du Petit Rouge à la profondeur épicée du Cornalin. Nous en suivons quatre qui racontent, chacun à sa manière, ce vignoble alpin.

Une vigne alpine au soleil, pas un vignoble froid

La Vallée d’Aoste est étroite, haute et entourée de sommets, mais cela ne suffit pas à définir ses vins. Les vignes des Petits Riens regardent le sud, sur la rive gauche de la vallée. Elles reçoivent le soleil une grande partie de la journée, tandis que l’altitude et la ventilation rendent les nuits plus fraîches. Les précipitations annuelles, autour de 400 millimètres, sont faibles. Le vrai sujet est donc l’équilibre entre lumière, sécheresse, air et fraîcheur nocturne, plutôt qu’une simple idée de montagne froide.

Le sol mêle surtout sable et éboulis. Il draine vite et oblige la vigne à chercher ses ressources. Sur seulement deux hectares, douze cépages cohabitent, indigènes ou venus des régions voisines. Cette diversité n’est pas un décor : elle permet de garder le Petit Rouge et le Cornalin seuls dans certaines cuvées, puis de faire dialoguer Syrah et Mondeuse ou plusieurs vieilles variétés dans d’autres.

À la cave, les fermentations démarrent avec les levures présentes sur le raisin. Les vins ne sont ni collés ni filtrés et passent deux hivers avant la mise. Ce choix peut laisser un léger dépôt ; il ne demande pas de cérémonie. Nous posons simplement la bouteille debout quelques heures, puis nous versons doucement. Une carafe énergique risquerait davantage de fatiguer le fruit que de l’aider.

Si, le Petit Rouge dans sa forme la plus lisible

Le Petit Rouge est le cépage rouge le plus répandu de la Vallée d’Aoste. Il supporte bien le froid et la sécheresse, deux qualités précieuses sur ces coteaux. Dans la cuvée Si, il est vinifié seul. Le profil va vers la cerise, la fraise des bois, la prune fraîche et les fleurs séchées, avec une trame plus vive que massive. La couleur peut rester claire sans que le vin manque de caractère.

Nous le servons autour de 15 °C, légèrement rafraîchi, dans un verre de taille moyenne. Une ouverture d’une demi-heure suffit. À cette température, le fruit reste net et les tanins gardent leur souplesse ; à 18 ou 20 °C, l’alcool prend trop facilement le dessus. La charcuterie valdôtaine lui va naturellement, tout comme une terrine, des ravioles au beurre noisette, une volaille rôtie ou une polenta aux champignons.

Si n’est pas seulement un rouge léger à boire vite. Trois à six ans de garde lui laissent le temps de mêler ses fruits à des notes de feuille sèche et d’épices douces. Nous préférons néanmoins conserver son élan plutôt que d’attendre une patine profonde. C’est la cuvée la plus claire pour découvrir le cépage avant de passer aux assemblages du domaine.

Le Cornalin de L’Essence de la Forêt gagne avec le temps

Le Cornalin valdôtain est proche du Petit Rouge, mais son tempérament est différent. Jeune, il peut montrer un tanin plus anguleux, du poivre, de la réglisse et une touche végétale. Avec quelques années, la griotte et la prune prennent davantage de place. L’Essence de la Forêt le garde seul, sans bois marqué : la cuvée joue donc sur le relief du cépage, pas sur un parfum de barrique.

Nous le servons à 16 °C et l’ouvrons une heure avant le repas lorsqu’il est jeune. Une bouteille plus âgée demande moins d’air : on la redresse, on goûte, puis on décide. Le gibier à plume, un filet de cerf, un boudin aux pommes, une poitrine de porc rôtie ou un plat de lentilles aux champignons répondent bien à son mélange de fruit noir, d’épices et de fraîcheur. Une sauce sucrée masquerait sa ligne ; une cuisson lente et peu chargée lui convient mieux.

Cinq à huit ans constituent un repère raisonnable dans une cave stable. Le Cornalin peut aller plus loin, mais il faut alors accepter que le fruit frais cède la place aux feuilles sèches, à la terre humide et aux épices. Nous aimons ce passage parce qu’il montre un rouge alpin capable d’évoluer sans devenir lourd.

Ici & Maintenant et Au Coin du Feu, deux façons d’assembler la montagne

Ici & Maintenant réunit Syrah et Mondeuse. Les deux cépages partagent un goût pour le poivre et les fruits noirs, mais la Mondeuse tend le vin là où la Syrah apporte davantage de chair. Le résultat appelle une table généreuse sans exiger une viande puissante : carré d’agneau aux herbes, saucisse fumée, gratin de crozets, chou rôti ou tomme de montagne. Nous le servons à 16 °C, après quarante-cinq minutes d’ouverture. Quatre à huit ans de garde gardent son équilibre entre fruit, épices et tanins.

Au Coin du Feu suit une autre logique. Il rassemble plusieurs variétés valdôtaines et voisines issues d’une vieille parcelle en gobelet, plantée sur les hauteurs de Saint-Christophe. L’élevage sous bois et la longue macération donnent un rouge plus sombre, plus terrien, avec des épices chaudes et une matière faite pour le repas. Un agneau braisé, une joue de bœuf, un lapin aux olives ou une polenta crémeuse ont assez de profondeur pour l’accompagner.

Nous le servons lui aussi vers 16 °C, jamais chambré près d’un radiateur. Une heure d’air convient à une bouteille jeune ; avec l’âge, nous préférons goûter dès l’ouverture. Cinq à dix ans de cave peuvent assouplir l’ensemble et fondre le bois. Ces deux cuvées ne racontent donc pas la même montagne : l’une reste droite et poivrée, l’autre avance par couches, entre fruits noirs, herbes et épices.

Ce que nous référençons chez Les Petits Riens

Notre catalogue cite exactement quatre cuvées : « "Au Coin du Feu" - Les Petits Riens », « 100% Cornalin "Essence de la Forêt" - Les Petits Riens », « 100% Petit Rouge "Si" - Les Petits Riens » et « 80% Syrah 20% Mondeuse "Ici & Maintenant" - Les Petits Riens ». Cette série permet de passer d’un cépage local délicat à un Cornalin plus structuré, puis à deux assemblages aux accents différents.

Pour une première bouteille, nous orientons volontiers vers Si avec une planche ou une volaille. L’Essence de la Forêt convient à qui aime les rouges épicés et souhaite les laisser évoluer. Ici & Maintenant trouve facilement sa place sur une cuisine de montagne, tandis qu’Au Coin du Feu appelle une cuisson lente. Dites-nous le plat et le temps que vous souhaitez garder le vin : nous vous répondrons franchement. La disponibilité de ces cuvées varie selon les arrivages.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

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